‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 95 sur 99 · L'AMOUR ET L'AME, GOGNITIFS ET MOTEURS · texte numérisé non relu

L'AMOUR ET L'AME, GOGNITIFS ET MOTEURS

C, 894 C, E-895 B, E-898 C). Il semble donc qu'il y ait là une idée qui appartient en propre aux dernières expressions de la pensée platonicienne.

Or il est à peine besoin de rappeler, d'autre part, que ce caractère intellectuel et moteur de TAme est très explicitement affirmé dans la définition fameuse qu'en donnait Xénocrate et qu'AniSTOTE, quand il parle de TAme selon Platon, n'entend pas les choses autrement -^\ Il me paraît même très hautement probable qu'AniSTOTE a eu plus d'une fois en vue les expositions mêmes du Phèdre-^^, Peut-être même ne seraitil pas téméraire de chercher dans ce dialogue, en même temps que dans le Timée, l'indication ou l'esquisse de théories platoniciennes auxquelles Aristote et ses commentateurs ont donné une forme définie, relativement aux rapports de la connaissance avec la constitution des figures géométriques. Selon le Phèdre en effet le mouvement circulaire appartient à l'âme universelle (246 B) et aux âmes divines, quand elles accomplissent, guidant ceux qui peuvent les suivre, leur révolution autour du lieu supra-céleste (247 CD, 248 A). Pareillement Aristote attribue le mouvement circulaire à l'âme du monde, et en tant précisément qu'elle est la même chose que l'Intellect {De An. I, 3, 407 ff, 3-5). Mais la dégradation des âmes commence par un mouvement désordonné qui tantôt les conduit vers les essences éternelles, tantôt les en éloigne, et elle s'achève par leur chute dans ce qui est solide et pesant, c'est-à-dire dans l'existence sensible où l'opinion leur apparaît comme la pâture à laquelle elles peuvent aspirer (246 C, 247 B, 248 A-C). Tout cela ne ressemble-t-il pas, mieux encore qu'aucun passage du Timée ou des Lots^ à cette conception platonicienne selon laquelle, d'après Aristote,

247. Voir Théorie platon, des Idées et des Nombres etc., § 220, 223- 225 et, pour les textes, principalement les notes 417, 418, 419 et43i.

248. Comp. 245 A-E avec Top. VI, 3, 140 6, 3 sq. ; Phys, VIII, 9, 265 6, 32-266 a, 1 ; Metaph. A, 8, 1071 6, 37-1072 a, 2 et surtout avec De An. It 2, 404 a, 20-25. Le premier et le troisième de ces textes sont seuls mentionnés par Bonitz comme se rapportant au Phèdre^ cf. Ind, 598 b, 26 sq.

Topinion aurait pour symbole la surface et le nombre trois, la sensation le solide et le nombre quatre^*^?

Nous sommes donc doublement autorisés à signaler le rapport entre une doctrine de TAmour à la fois principe de connaissance et de mouvement, et la détermination de la nature de TA me à la fois comme cognitive et motrice : ne venonsnous pas en effet de retrouver Tune et l'autre dans le Phèdrf, en corrélation avec les expositions d'AniSTOTE pour ce qui concerne le second point? La conséquence d'un tel rapprochement est très importante. C'est que, comme nous l'avons déjà remarqué, l'Intellect n'est pas du tout pour Platon ce qu'il est pour Aristote, un moteur immobile, identique à Tlntelligible et séparé comme est l'Intelligible lui-même. L'Inteilect de Platon est à la fois moteur et mû; ainsi lié au monde, il n'est pas, en lui-même, étranger au monde ; il n'est pai> les Idées mêmes, mais, comme il a vécu parmi elles, il conserve la possibilité de s'en ressouvenir. Quand Aristote loue certains philosophes, qui sans doute sont des Platoniciens, d'avoir appelé l'âme t^ttcç elBwv, on pourrait donc accepter cette formule. Il faudrait cependant rejeter la critique qui vient tout aussitôt restreindre l'éloge : Aristote blâme en effet les philosophes dont il s'agit de n'avoir point spécifié qu'il s'agissait de l'âme noétique seule et que les formes n'étaient

249. Sur l'exposition de celle théorie par Arist., De An. I, 2, 404 6, 21- 27, et par ses commentateurs, voir mon livre § 141 et n. 274. On pourrait signaler d'autres rapports entre rexposilion aristotélicienne du Platonisme et le Phèdre, Le ciel du Phèdre, intermédiaire entre le monde d'ici-bas et le monde des Idées, est sans aucun doute celle des sphères de l'existence où les relations mathématiques se réalisent de la façon la plus rigoureuse. De même, Aristote, en exposant que, d'après Platon, les choses mathématiques sont des [isia^u, semble bien admettre que les spéculations astronomiques sont un exemple de cette doctrine {Metaph, B, 2, 997 6, 12-19; 6, 34 sq. ; cf. mon livre, p. 207, p. 211 sq.). Le Phèdre, dans la démonstration qu'il donne de l'immortalité de l'âme, semble à la fois admettre l'éternité du mouvement et attribuer à l'Ame l'origine du mouvement; mais, d'autre part, selon le Timèe, l'âme apparaît avec le ciel et l'organisation de l'Univers. Or c'est précisément une telle contradiction que Aristote reproche à Platon d'avoir commise, Meiaph, A, 6, 1071 6, 31-33, 37 -1072 a, 2 (cf. op. cit. p.91sq.el n. 100, p. 480 et n. 417, p. 494 sq.).

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