LE LUSTRE DES SURFACES
qui n’aient la même qualité. La fusion parfaite des couleurs, par exemple, dans le ciel ou dans les tableaux qui le représentent avec le plus de perfection, produit un effet d’une douceur et d’une beauté merveilleuses, et les teintes s’y fondent les unes dans les autres avec la facilité qu’offrirait le mélange de deux liquides. La dégradation et la douceur parfaites des couleurs du ciel indiquent bien la nature de notre atmosphère, ce gaz impalpable, mobile et pour ainsi dire sans bornes.
Mais il existe un autre genre de dégradation de degré inférieur qui a un charme tout particulier, et qui est très précieux dans les arts et dans la nature. Nous voulons parler de l’effet qui se produit lorsqu’on juxtapose des couleurs différentes en lignes continues ou pointillées, et qu’ensuite on les regarde d’assez loin pour que leur fusion soit opérée pour l’œil du spectateur. Dans ce cas, les teintes se mélangent sur la rétine et produisent des couleurs nouvelles, identiques à celles qu’on obtient par la méthode des disques tournants (voy. le chap. X). Si les lignes ou les points colorés sont situés à une grande distance de l’observateur, le mélange est évidemment parfait et n’offre rien de remarquable dans son aspect ; mais, avant d’atteindre cette distance, on passe par un point où les couleurs se mêlent d’une manière un peu imparfaite, de sorte que la surface semble vaciller. Cet effet vient sans doute de ce que de temps en temps on subit l’impression des éléments colorés distincts. Ceci communique à la surface un éclat d’une douceur particulière, et lui donne un certain air de transparence, comme si notre vue pouvait la pénétrer. La théorie de Dove sur le lustre des surfaces s’applique peut-être à ce phénomène bien connu. D’après cet auteur, lorsque deux faisceaux de lumière agissent à la fois sur nos yeux, ils produisent l’effet appelé lustre, pourvu que quelque chose nous avertisse qu’il y a réellement deux faisceaux lumineux. Lorsque nous regardons une table polie et vernie, nous en voyons la surface à cause de ses défauts, des rayures et de la poussière qui peuvent s’y trouver, et en outre nos yeux sont frappés par un autre faisceau de lumière qui est régulièrement réfléchi par cette surface : alors la table nous semble avoir du lustre. Nous-même, et Dove après nous par un autre procédé, avons réussi à obtenir cette apparence de lustre en regardant avec un œil seulement, c’est-à-dire sans le secours de la vision binoculaire i. Dans le cas qui nous o