American Journal of Science and Arts , mai 1861. Rood
LA DÉGRADATION DES TEINTES
les images des points colorés se superposent plus ou moins entre elles sur la rétine, et par conséquent sont vues l’une à travers l’autre : à la distance régulière, nous nous apercevons d’un certain défaut d’uniformité, parce que la fusion des couleurs n’est pas égale partout. D’après la théorie de Dove, ce sont là les conditions nécessaires pour la production d’un lustre plus ou moins doux. Des couleürs complémentaires brillantes nous donnent le lustre le plus grand possible; lorsque les couleurs sont voisines les unes des autres sur le cercle chromatique, ou ternes et pâles, l’effet est peu marqué, mais est encore assez grand pour faire paraître la surface un peu transparente. En remplaçant les deux couleurs simplement par du blanc et du noir, on obtient encore la même apparence lustrée. Sir David Brewster a décrit une expérience qui a un certain rapport avec ce phénomène. Si l’on choisit un papier de tenture dont le dessin se répète à un intervalle d’environ un décimètre, on peut, après quelques tâtonnements, disposer ses yeux de manière que les parties adjacentes et correspondantes du dessin semblent s’unir et former une nouvelle image, qui sera sous presque tous les rapports identique à celle que donne la vision ordinaire. Cette nouvelle image ne semblera pas être à la même distance de l’œil que les objets réels, et se déplacera au plus léger mouvement de la tête; mais, ce qui nous intéresse ici, c’est qu’elle a un air de transparence et de beauté qu’on ne retrouve pas dans l’original. Dans cette expérience, deux faisceaux lumineux un peu différents viennent frapper les deux yeux, et il en résulte un air de transparence, en prenant ce mot dans son sens artistique.
Mais revenons à notre sujet : cette fusion imparfaite des couleurs ou du noir et du blanc par l’œil a pour résultat de donner à la surface un air de limpidité, et d’en écarter toute idée de dureté ou d’aspect crayeux ; cet aspect nous est si familier que nous l’acceptons comme tout naturel, et ne nous apercevons de son charme que lorsqu’il a disparu. Comme exemple de cet effet fourni par la nature, nous pouvons citer la mer vue d’un peu loin sous un ciel bleu éclatant : les vagues sont vertes pour la plupart, séparées par des intervalles bleus ; ces deux couleurs se fondent alors en un bleu verdâtre éclatant qu’il est impossible d’imiter par un simple mélange de couleurs. De même quand on regarde de loin les herbes d’une prairie : les teintes vert jaunâtre, vert bleuâtre, rougeâtres, pourprées et brunes, et la lumière qu’elles reflètent se fondent plus ou moins ensemble, et produisent un effet qu’un seul coup de pinceau ne peut jamais imiter. Les feuil-