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ACTION ÉNERGIQUE DE CERTAINES COULEURS

parmi d’autres sensations plus faibles; ainsi Helmholtz a prouvé que le désaccord en musique est dû à l’existence de battements, lesquels sont simplement des alternances rapides de sons et de silences , se suivant à des intervalles qui permettent à la sensibilité de l’oreille de conserver son maximum, et qui par conséquent produisent des sensations d’une intensité désagréable. Un effet du même genre est produit par l’action d’une lumière vacillante, laquelle est à la fois désagréable et fatigante pour l’œil. Ce principe général, ce nous semble, s’applique aussi à la question actuelle : un vert qui peut être l’équivalent optique d’un rouge, d’un jaune, d’un bleu ou d’un violet, produit néanmoins sur les nerfs de l’œil une sensation plus vive et plus fatigante que ces couleurs, et par conséquent est en désaccord avec elles. En outre, et en laissant de côté ces considérations, le vert n’est pas une couleur qui rappelle la lumière ou la chaleur; c’est ce que les peintres appellent une couleur froide ; l’action particulière dont nous venons de parler le rend intense aussi bien que froid, et par conséquent les peintres ne peuvent s’en servir qu’avec beaucoup de ménagements. Le jaune nous donne l’idée de lumière, le rouge celle de chaleur ; si dans un tableau il y a trop de l’un ou de l’autre, cela nuit nécessairement à l’effet général; mais un petit excès de vert suffit pour tuer un tableau.

Après le vert, la couleur qui agit avec le plus de force sur les nerfs de l’œil est le violet; ensuite vient le violet bleu (bleu d’outremer artificiel). Il se trouve que, parmi les matières colorantes dont dispose le peintre ou le décorateur, le violet n’est représenté que par des substances ternes; il est donc un peu moins facile de pécher par son emploi que par celui du vert, car, pour obtenir un violet qui puisse prétendre à être l’équivalent optique du vermillon ou du vert émeraude, il faut avoir recours aux couleurs d’aniline. Le violet bleu ou le bleu d’outremer artificiel donne facilement des combinaisons froides et dures, et les surfaces un peu étendues qui en sont couvertes paraissent souvent désagréables si la nuance est un peu vive. Les ciels d’un bleu trop intense deviennent facilement mauvais, et les fautes dans ce sens ne se voient pas que dans les œuvres des commençants ou des amateurs.

Si l’on range les couleurs d’après l’ordre dans lequel elles épuisent les forces nerveuses de l’œil, on verra que le vert est en tête de la liste ; le violet, le violet bleu et le bleu viennent ensuite ; puis suivent le rouge et l’orangé, et enfin le jaune. C’est à peu près là aussi

COMBINAISONS DES COULEURS

l’ordre dans lequel nous pouvons tolérer les couleurs positives d’une peinture ou en jouir : le rôle des grandes niasses de nuances jaunes ne semble souvent être que de donner de la luminosité à l’ensemble, tandis que les nuances de l’orangé ou de l’orangé rouge, rendues un peu sombres, prennent le nom de brun et ne sont guère considérées comme plus positives que des gris chauds. Mais il ne faudrait pas en conclure que l’introduction dans un tableau de grandes masses de vert positif doive toujours être évitée ; seulement nous ne la conseillons que si elle peut se faire avec succès et sans nuire à l’effet chromatique de l’ensemble. L’habileté avec laquelle un peintre sait résoudre ce problème est un des signes qui indiquent un coloriste accompli; et, si le vert se combine avec du bleu, la tâche devient plus difficile encore, et le succès n’en est que plus méritoire. Mais l’emploi des combinaisons du jaune terne, du brun, du gris ou du gris bleuâtre est bien plus facile, et c’est en réalité le premier pas par lequel les commençants doivent s’approcher des couleurs plus positives.

Nous l’avons déjà dit, le contraste défavorable est une des raisons qui rendent souvent mauvaises certaines combinaisons de couleurs; nous en citerons comme exemples l’orangé et le carmin, le jaune et le vert jaunâtre, le vert et le bleu cyané. Toutes les couleurs du diagramme des contrastes (fig. 131) dont la distance angulaire est de moins de 80 ou 90°, sont plus ou moins dans le domaine du contraste défavorable. Ces effets deviennent encore plus prononcés lorsque les couleurs ont des luminosités qui s’écartent notablement de celles que présente le spectre, où le jaune est la couleur la plus brillante, et le violet la plus sombre (voy. chap. III). Toutefois il existe plusieurs manières de mitiger beaucoup les effets du contraste défavorable : l’une des plus usitées consiste à rendre une des couleurs ennemies plus foncée que sa rivale, ou à lui attribuer un espace bien plus petit ; on fait aussi quelquefois intervenir une troisième couleur située fort loin des deux autres sur le cercle chromatique. Par exemple, le jaune et le vert jaunâtre gagnent à ce qu’on ajoute à leur combinaison une petite quantité de violet ou de violet pourpré ; de même encore, il y a avantage à ajouter du pourpre ou de l’orangé à la combinaison du vert et du bleu cyané. Le contraste défavorable des couleurs peut aussi quelquefois être dissimulé par un effet marqué de clair obscur, ou par une longue série de gradations, qui tend à permettre à toutes les couleurs de résister à son influence; la beauté et la variété des formes peuvent aussi jusqu’à un certain point en masquer les effets.

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