PRÉFÉRENCE GÉNÉRALE POUR LES COULEURS CHAUDES
Ajoutons qu’une fidélité évidente à reproduire la nature fait quelquefois pardonner ou excuser un contraste défavorable ; au contraire, des teintes impures ou sales, des couleurs ou des formes en contradiction avec la nature, des touches indécises, le rendent bien plus difficile à .supporter.
Une combinaison peut aussi être très médiocre parce que les intensités réelles des deux couleurs sont trop différentes, bien que leur position sur le cercle chromatique soit avantageuse; par exemple, l’introduction dans une peinture d’une grande quantité de jaune de chrome produit un effet dur, que l’on éviterait en employant l’ocre jaune, qui est plus modeste. Lorsque ce défaut est très marqué, la couleur disparate frappe ordinairement tout d’abord l’œil du spectateur, avant qu’il ait bien vu aucune des autres couleurs. C’est une chose difficile que de réussir à appuyer sans exagération sur telle ou telle couleur, et tout manque de tact en ce genre produit dans une peinture un effet comparable à celui que produit le défaut de mesure chez celui qui lit à haute voix ou qui déclame un morceau.
Une combinaison peut encore être médiocre parce qu’elle ne contient aucun représentant bien marqué des couleurs chaudes, en comprenant parmi celles-ci le jaune et le pourpre, avec les couleurs intermédiaires. Il y a lieu de croire que les couleurs chaudes dominent réellement dans les peintures les plus attrayantes et les plus brillantes ; mais, quoi qu’il en soit, il est certain que les compositions qui s’appuient presque exclusivement sur les couleurs les plus froides, telles que le vert jaunâtre, le vert, le bleu et le violet, semblent médiocres, et éveillent presque toujours dans l’esprit du spectateur un sentiment de mécontentement plus ou moins prononcé. La préférence générale pour les couleurs chaudes est un peu analogue à celle qui se manifeste pour les aliments dont le goût est plutôt sucré qu’amer ; mais, quelque intéressante que puisse être la recherche des causes antérieures qui ont amené ce résultat, elle ne nous serait évidemment que d’un faible secours pour le sujet qui nous occupe ici; nous nous contenterons donc d’accepter le fait, et d’en tirer tout le parti que nous permettront notre habileté et notre sentiment des couleurs.
Nous avons jusqu’ici considéré les effets que produisent les combinaisons des couleurs deux à deux ; mais on peut aussi les combiner trois à trois. Grâce aux études que nous avons faites avec le diagramme des contrastes (fig. 131), il ne nous sera pas difficile de choisir une série de combinaisons ternaires qui ne présentent pas de contraste Rood. 17
COMBINAISONS DES COULEURS
défavorable : il suffira pour cela de prendre des couleurs équidistantes entre elles sur le diagramme, c’est-à-dire séparées par un angle de 120° ; et, si nous examinons les combinaisons ternaires les plus employées par les peintres et les décorateurs, nous reconnaîtrons que cette règle a réellement été suivie avec plus ou moins de fidélité. Voici les combinaisons ternaires qui ont été le plus employées :
Rouge spectral, jaune, bleu ;
Rouge pourpre, jaune, bleu cyané ;
Orangé, vert, violet;
Orangé, vert, violet pourpre.
Dans la seconde combinaison ternaire, les couleurs se trouvent presque exactement à 120° l’une de l’autre; dans la première, le jaune est à un peu moins de 90° du rouge, et forme en réalité avec lui une combinaison douteuse, qui n’est rendue bonne que par la présence du bleu. Dans la troisième combinaison ternaire, l’orangé et le violet sont à environ 90° l’un de l’autre, mais sont tous deux presque également distants du vert, avec lequel chacun d’eux forme une bonne combinaison.
Dans le choix des couleurs pour ces combinaisons, un autre principe encore semble avoir guidé les peintres : ils ont évidemment visé dans chaque cas à ce que deux des couleurs fussent des couleurs chaudes, et, dans deux des combinaisons, l’effet de contraste a été un peu sacrifié pour atteindre ce but. Le désir de satisfaire à ces deux conditions à la fois limite nécessairement beaucoup le nombre des combinaisons ternaires, comme le montre l’examen du diagramme des contrastes ; et, en réalité, dans certaines combinaisons ternaires inférieures qui ont été employées, l’un de ces principes, ou tous deux à la fois ont été nécessairement fort négligés.
La combinaison
Carmin, jaune et vert
était, selon Brücke, fort employée au moyen âge, bien que cette combinaison nous paraisse un peu dure et grossière. Nous avons ici deux couleurs chaudes, mais aussi l’effet de contraste est sacrifié deux fois : d’abord légèrement entre le carmin et le jaune, et d’une manière plus marquée entre le jaune et le vert.
La combinaison
Jaune orangé, violet et vert bleuâtre