COMBINAISONS TERNAIRES
est une combinaison médiocre, non par effet de contraste, mais parce qu’elle contient deux couleurs froides, dont l’une est la plus froide que contienne le cercle chromatique.
La combinaison
Vermillon, vert et bleu violet
a été fort employée dans quelques-unes des écoles italiennes. Il semble à première vue que nous ayons ici deux couleurs froides ; mais, comme le vert était un vert olive, la combinaison est réellement la même que
Vermillon, jaune verdâtre foncé et bleu violet,
et correspond en principe à celle que nous avons indiquée ci-dessus .
En employant une quelconque de ces combinaisons ternaires, pour la peinture ou l’ornement, le peintre peut évidemment faire varier la nuance des trois couleurs dans les limites du petit intervalle sans détruire le caractère défini de la composition chromatique ; il peut aussi y ajouter de petites quantités de couleurs étrangères. Mais, lorsque ces couleurs prennent une certaine importance dans la combinaison, elles en détruisent le caractère particulier. On peut y introduire du blanc ou du gris, qui font souvent très-bon effet, surtout dans les combinaisons
Orangé, vert, violet;
Rouge pourpre, jaune, bleu cyané.
Il est à peine nécessaire d’insister sur l’avantage qu’il y a à étudier les rapports des couleurs entre elles en combinaisons binaires et ternaires avant d’essayer d’assemblages plus compliqués. Un grand nombre de couples nous fournissent de très belles compositions chromatiques, et nous ne saurions trop recommander l’étude pratique des couleurs en combinaisons binaires et ternaires. Lorsqu’on entreprend une composition chromatique, il est aussi d’une importance majeure de déterminer dès le début quels en seront les éléments principaux : cela fait, il sera relativement facile de voir quelles variations sont permises et quelles autres doivent être interdites. Les compositions les plus frappantes et les plus belles ne sont pas du tout celles qui contiennent le plus de couleurs ; on arrive à des effets bien plus puissante en employant un très petit nombre de couleurs convenablement choi-
COMBINAISONS DES COULEURS
sies, variées et répétées avec différentes nuances, depuis la plus lumineuse jusqu’à la plus foncée.
Après avoir ainsi examiné en détail les combinaisons bonnes ou mauvaises des couleurs, nous devons ajouter ici un mot sur l’équilibre des couleurs, car il est bon que nous sachions non seulement bien choisir nos couleurs, mais encore les employer dans les proportions qui peuvent donner le meilleur effet. Parmi les écrivains anglais qui ont traité cette question, la plupart enseignent que pour obtenir les meilleurs résultats il faut que les surfaces occupées par les diverses couleurs d’un tableau soient entre elles dans un rapport tel que leur mélange pût donner du gris naturel. Il est bien vrai qu’une telle répartition des couleurs donnerait l’équilibre dans le sens optique de ce mot ; mais y aurait-il pour cela équilibre esthétique? Ce n’est nullement prouvé. Dans sa « Théorie des couleurs », M. Field, après avoir donné certaines règles pour obtenir l’équilibre optique, admet à priori que l’équilibre optique et l’équilibre esthétique sont une seule et même chose. Il dit, par exemple, que si l’on prend du rouge, du jaune et du bleu de même intensité, 5 parties de rouge, 3 de jaune et 8 de bleu se neutraliseront dans un mélange et produiront du gris ; de même, 8 parties d’orangé avec 11 de vert et 13 de pourpre produiront le même résultat; de même encore pour 19 parties de couleur citrine, — composé d’orangé et de vert, — 21 de roussette — orangé et pourpre — et 24 parties d’un mélange de vert olive et de pourpre. Ces règles sont fondées sur l’hypothèse que le rouge, le jaune et le bleu sont les sensations de couleur fondamentales, et que leur mélange donne du blanc, hypothèse tout à fait inexacte, comme nous l’avons vu au chapitre IX. Dans un mélange de rouge, de jaune et de bleu, le jaune neutralise le bleu, puisque ces couleurs sont complémentaires, et le rouge qui se trouve en plus modifie vivement la lumière grise ou blanche qui résulte des deux premières, et lui donne une teinte rougeâtre très marquée. M. Field a fait ses expériences sur le mélange des couleurs en faisant passer de la lumière blanche à travers des coins de verre creux remplis de liquides colorés ; mais nous avons vu au chapitre X qu’il est impossible de mélanger ainsi des faisceaux de lumière colorée. Ainsi la lumière qui traverse un coin jaune et un coin bleu juxtaposés, est simplement celle qui n’est absorbée ni par l’un ni par l’autre de ces coins, c’est-à-dire celle que tous deux laissent passer. Tous deux laissent passer de la lumière verte, et arrêtent presque tous les autres rayons ; mais il n’est pas permis d’en con-