‹ Théorie scientifique des couleursChapitre 158 sur 218 · Discours de M. le professeur Stephen Alexander · texte numérisé non relu

Discours de M. le professeur Stephen Alexander

LA PEINTURE ET L’ART DÉCORATIF

traités consacrés à l’étude mathématique de ce sujet. Le spectre solaire a été, bien des années avant les découvertes de Kirchhoff et de Bunsen, un sujet favori d’études pour les physiciens ; cette affection & dû attendre près d’un demi-siècle avant d’obtenir sa récompense ; mais s’il n’avait eu le charme de ses couleurs, s’il avait été moins étudié, le spectre serait peut-être resté pour nous une énigme pendant un siècle de plus.

La couleur est moins importante que la forme, mais elle lui prête un charme particulier. Si un peintre a mal vu ou mal représenté la< forme, il nous semble que « les bases mêmes sont ébranlées; » si la couleur est mauvaise, nous sommes simplement rebutés. La couleur n’est d’aucun secours pour faire reconnaître la forme ; elle l’orne et en même temps la déguise légèrement ; nous consentons à perdre un peu du modelé d’un beau visage en faveur des gradations de couleurs qui l’ornent et l’embellissent.

Le but de la peinture et celui de l’art décoratif sont bien différents l’un de l’autre, et, comme conséquence logique, il en résulte que la manière dont ils emploient la couleur est essentiellement différente. Le but de la peinture est de produire, au moyen des couleurs, des représentations plus ou moins parfaites des objets réels. Ces tentatives sont toujours faites sérieusement ; je veux dire qu’elles sont toujours accompagnées d’un effort énergique pour réussir. Si le travail est fait directement d’après nature et qu’il soit en même temps compliqué, le peintre cherchera à représenter, non tous les faits que lui présente son modèle, mais seulement une certaine catégorie de faits, ceux qu’il considère comme les plus importants, les plus pittoresques ou le mieux en harmonie entre eux. S’il ne s’agit que d’une simple esquisse, elle contiendra bien moins de faits; enfin une note jetée* rapidement sur la toile ne contiendra peut-être que quelques indications appartenant à une seule catégorie. Mais dans tout ce travail, qui semble négligé et imparfait, le peintre s’occupe réellement d’mrn manière sérieuse de la forme, de la lumière, de l’ombre et de la' couleur, et ce qu’il met de conventionnel dans son œuvre est exigé par le manque de temps ou par le choix de certaines catégories de faits à l’exclusion des autres. Il en est de même de la peinture d’imagination : la forme, la lumière, l’ombre et la couleur sont celles qui pourraient exister ou dont on pourrait imaginer l’existence; rien n’est en contradiction avec nos idées fondamentales sur ces détails. Il en résulte que le peintre n’est pas libre dans le choix de ses teintes; il ne peut

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