Grammar of ornament, Londres
l’ornementation polychrome
même noirs. Si l’ornement est plus clair que le fond, le contour devra être encore plus clair ; si l’ornement est plus foncé, le contour sera plus foncé encore. Dans la bonne décoration, les figures d’hommes et d’animaux qu’on y fait entrer sont entourées de contours marqués, pour bien indiquer qu’il ne s’agit pas de les représenter telles qu’elles sont dans la nature. On trace aussi les contours en blanc ou en or; ils deviennent alors une partie indépendante de l’ornementation. On emploie souvent des contours.composés de plusieurs lignes d’or et d’argent, de blanc et de noir pour séparer des couleurs qui ne vont pas très-bien ensemble, bien que, considérées d’une manière générale, elles puissent appartenir au même tout. Ces contours prononcés ne sont jamais destinés à disparaître quand on les regarde de loin, mais forment un nouvel élément décoratif, de sorte que leurs formes peuvent souvent s’écarter plus ou moins de celles des espaces qu’ils enveloppent.
Dans la polychromie très riche, les figures sont surtout exécutées en couleurs intenses ou saturées, et rehaussées d’or et d’argent, de blanc et de noir. On y introduit peu de teintes foncées et pâles proprement dites ; celles qui s’y trouvent sont produites par des lignes noires ou blanches sur le fond coloré. De même, les variations des couleurs dominantes s’obtiennent, non en y introduisant des nuances nouvelles, mais en mettant de petites quantités de couleur pure sur un fond de couleur différente ; les deux couleurs se fondent alors sur la rétine du spectateur et donnent naissance à la couleur voulue. Nous avons remarqué, par exemple, sur un tapis de table du Caire d’un dessin très riche, que l’emploi de lignes blanches très fines sur un fond bleu produisait l’apparence d’un bleu plus clair, qui persistait à distance; sur la bordure, un rouge pur prenait un aspect rouge orangé, grâce à la présence de lignes jaunes ; dans d’autres parties, de petits ornements rouges et blancs sur fond bleu produisaient de loin l’effet d’une teinte violet clair.
Dans la magnifique décoration de l’Alhambra, les couleurs employées dans le stuc sont le rouge, le bleu et l’or ; le pourpre, l’orangé et le vert ne se trouvent que dans les dados de mosaïque. Les couleurs sont ou séparées directement par d’étroites lignes blanches, ou indirectement par les ombres que donnent les ornements en saillie. Les masses colorées ne se trouvent nulle part en contact. Néanmoins le bleu et l’or sont souvent entrelacés à dessein, de manière à produire de loin une douce teinte violette ; sur ce fond sont tracés des dessins
LA PEINTURE ET l’aRT DÉCORATIF
or et rouges, ceux en or bien plus grands que les rouges ; ou quelquefois encore on trouve sur le même fond des figures en blanc avec de petites touches de rouge. La règle que nous avons indiquée plus haut pour la production de nouvelles couleurs est constamment suivie : le bleu et le blanc se fondent en bleu clair; le bleu, le blanc et le rouge donnent une teinte claire violette ou pourpre ; le rouge et l’or se fondent en un riche orangé adouci. Quelquefois l’or domine dans ces ornements, comme on le voit dans la salle des Ambassadeurs ou dans la cour des Lions ; ce sont alors des masses de dessins d’or merveilleux, incrustées seulement de petites portions de rouge et de bleu. Sur les dados, les mosaïques sont souvent composées de pourpre rouge, de vert, de jaune orangé et d’un bleu foncé peu intense, sur fond gris ; d’étroits contours blancs séparent les figures colorées du fond. A cette série vient quelquefois s’ajouter du bleu clair ; il y a aussi des combinaisons de jaune orangé, de bleu foncé et de vert ou de pourpre ; du bleu foncé avec du jaune orangé, ou simplement du jaune orangé et de petits espaces de bleu foncé, le fond étant toujours un gris adouci. L’effet général de la couleur des mosaïques est frais et un peu maigre ; il repose l’œil de la vue des splendeurs prodiguées au-dessus, ou le prépare par contraste à une jouissance nouvelle.
La polychromie véritable n’a pas été cultivée avec beaucoup de succès en Europe depuis l’époque de la Renaissance, parce qu’elle a été presque partout supplantée par la peinture. Depuis les temps modernes, non seulement nos porcelaines, nos tapis, nos stores, mais encore les murs mêmes, et en un mot tout ce qu’il est possible de décorer, sont couverts de bouquets, de groupes de figures, de paysages, de specimens d’architecture, de copies de tableaux célèbres, tous exécutés avec autant de fidélité prétendue que l’acheteur veut bien en payer. Il est à peine nécessaire d’ajouter que le goût qui produit ou qui demande des ornements si faux peut bien être excusable, mais n’a que peu de raisons en sa faveur ; et nous ne pouvons guère espérer de progrès général tant que le public ne saura pas mieux faire la différence entre la vraie décoration et la vraie peinture.
Dans l’art décoratif, la couleur est un élément plus important que la forme ; il est essentiel que les lignes soient gracieuses et montrent de l’imagination ou même un sentiment poétique, mais nous n’exigeons pas, nous ne désirons même pas qu’elles expriment la forme