SENSIBILITÉ DE L’ŒIL
i nécessaire de mesurer la luminosité relative de la teinte spectrale choisie pour l’expérience et de la lumière blanche, puis de les mêler en proportions convenables, jusqu’à ce que le mélange s’appareillât i bien avec le papier coloré, etc. La deuxième constante et la troisième sont plus faciles à déterminer.
Il est bon de dire ici quelques mots des termes employés pour représenter ces constantes. Pour la première, le mot pureté , dans le sens d’absence de lumière blanche (ou de la sensation du blanc), est très convenable. Le mot luminosité sera employé dans cet ouvrage pour désigner la deuxième constante ; la troisième sera généralement désignée par le mot teinte . On dit souvent aussi que les couleurs sont intenses ou saturées lorsqu’elles sont à la fois très pures et très lumineuses ; car il est bien évident que, quelque pure que soit la lumière colorée, elle ne fera cependant que très peu d’effet sur l’œil si sa quantité totale est faible ; d’un autre côté, il est clair que son action sur le même organe ne sera que minime, si elle est étendue de beaucoup de lumière blanche. La pureté et la luminosité sont donc les facteurs dont dépend l’intensité ou la saturation. Nous verrons plus bas que ceci n’est vrai que dans certaines limites, et qu’un accroissement exagéré de luminosité est accompagné d’une perte d’intensité de teinte ou de saturation.
Après avoir défini les trois constantes des couleurs, il n’est pas sans intérêt d’examiner quelle est la sensibilité de l’œil sous ces rapports. Ce sujet a été étudié par Aubert, qui a fait de nombreuses .observations en se servant de disques colorés L II a constaté que l’addition d’une seule partie de lumière blanche à 360 de lumière colorée détermine un changement appréciable à l’œil ; une quantité plus faible ne donne pas ce résultat. Il a aussi reconnu que, si l’on mêle la lumière colorée d’un disque à une quantité de lumière blanche (donnée par un papier blanc) variant entre 120 et 180 parties, la première devient imperceptible, et la teinte obtenue ne peut plus se distinguer de celle du papier blanc 2. Il a pu, dans des circon-
J. Aubert, Physiologie der Netzhaut. Breslau, 1865.
2. Pour arriver à des résultats exacts, il va sans dire qu’il faut connaître la luminosité relative du disque coloré et du disque blanc, car dans les résultats d’Aubert que nous venons de citer elle est considérée comme la même. La table des luminosités que nous avons donnée plus haut permet de faire cette correction, et l’on verra qu’il faut en réalité une quantité de lumière blanche quatre ou cinq fois plus grande que celle indiquée par Aubert.
28 CONSTANTES DES COULEURS
stances favorables, reconnaître des différences de luminosité qui ne
dépassaient pas ou même jgg. Mais quand les irrégularités de j lumière ou de distribution de la matière colorante sont au-dessous de jgç de la quantité totale de lumière réfléchie , elles échappent
nécessairement à l’œil. Aubert a encore fait, avec des disques rouges, orangés et bleus, des expériences sur la sensibilité de l’œil aux changements de teintes ou de longueurs d’onde ; par exemple , la combinaison du disque bleu avec une portion minime du disque rouge change la teinte primitive en la faisant tirer un peu sur le violet; ou, au contraire, en ajoutant au disque rouge une faible quantité de bleu, on fait varier la teinte primitive dans la direction du pourpre G Des combinaisons analogues peuvent être faites avec d’autres disques. Aubert a constaté par cette méthode que des changements de teinte appréciables peuvent s’obtenir par l’addition de
quantités de lumière colorée qui ne dépassent pas ou même ggg
de la quantité totale de lumière sur laquelle on fait l’expérience. Ces données lui ont permis d’établir par le calcul que dans le spectre solaire le nombre des teintes perceptibles ne peut pas être inférieur à mille. Mais nous pouvons toujours distinguer ces teintes, même quand la lumière qui les produit subit de grandes variations de luminosité. Bornons-nous à 100 variations légères, que nous pouvons produire en augmentant peu à peu l’éclat de notre spectre, jusqu’à finir par le rendre cinq fois plus lumineux qu’il ne l’était au commencement. Gela nous fournira cent mille teintes ayant entre elles une différence appréciable. Si nous faisons ensuite varier chacune d’elles vingt fois, par l’addition de quantités différentes de lumière blanche, nous porterons à deux millions le nombre des teintes que nous pouvons distinguer. Dans ce calcul, nous n’avons pas tenu compte de toute la série des pourpres, non plus que des couleurs très lumineuses ou très sombres, ni de celles qui sont mélangées d’une grande quantité de lumière blanche.
Il ne faut pas non plus oublier de citer ici les expériences intéressantes sur la sensibilité de l’œil aux différentes couleurs du spectre, faites par Charles Pierce, qui a constaté que la susceptibilité photo-