INFLUENCE DE L’ÉPAISSEUR DU MILIEU COLORÉ
expérience avec un très grand nombre de plaques du même verre. la couleur obtenue se change en rouge foncé. Ces faits démontrent que la couleur du rayon lumineux transmis dépend dans une certaine mesure de l’épaisseur du milieu absorbant. Pour certains liquides, le changement de couleur est très considérable; par exemple, une couche mince de dissolution de chlorure de chrome transmet surtout de la lumière verte, et se comporte par conséquent comme le ferait
Fig. 21. — La partie ombrée représente la quantité de lumière transmise par le chlorure de chrome.
une plaque de verre vert ; une couche épaisse du même liquide transmet moins de lumière en général , mais la couleur dominante est rouge , et les objets vus à travers cette couche présentent le même aspect que si on les regardait à travers une plaque de verre rouge foncé. Cette propriété curieuse s’explique aisément lorsqu’on examine l’action du liquide sur le spectre du prisme. La courbe de la figure 21
Fig, 22. — Chlorure de chrome ; effet produit par une couche épaisse.
représente l’intensité relative de la lumière colorée dans les différentes parties du spectre. Si nous diminuons graduellement la hauteur du rectangle, comme le représentent les figures 22 et 23, nous obtiendrons les courbes qui correspondent à une épaisseur de liquide de plus en plus grande, et il est évident que nous finirons par avoir l’état de choses que représente la figure 23 ; la courbe de cette figure est à peu près la même que celle du verre rouge (fig. 17), et la couleur
définitive est rouge. C’est là un cas extrême ; mais les verres colorés, les matières colorantes et tinctoriales, etc., tendent généralement à produire des effets de ce genre. Nous aurons plus loin l’occasion d’en citer quelques exemples.
Les couleurs du verre peint ont la même origine et les mêmes propriétés que celles du verre coloré ; les deux espèces sont intenses, assez exemptes de mélange avec la lumière blanche, et susceptibles d’un haut degré de luminosité. Sous ces rapports, elles sont bien supérieures aux couleurs des peintures proprement dites, qui paraissent faibles et ternes ou pâles lorsqu’on les compare aux premières. Grâce à cette circonstance, on peut réaliser facilement avec le verre coloré des combinaisons chromatiques qui échoueraient complètement si on les tentait avec des couleurs ou des matières tinctoriales. De là vient aussi l’apparence merveilleusement lumineuse des peintures sur verre
ABCDEF &
ROUGE JAUNE VERT BLEU VIOLET
Fig. 23. — Chlorure de chrome ; effet produit par une couche très épaisse.
lorsqu’on les regarde dans une chambre convenablement obscurcie : sous certains rapports, elles sont tellement supérieures aux peintures à l’huile et aux aquarelles qu’il n’y a pas de comparaison possible. Sans aucun doute, la peinture sur verre offre, pour la production d’effets de couleur et de clair-obscur, des avantages irréalisables avec l’échelle limitée des tons que permettent la peinture à l’huile et l’aquarelle ; et cependant les grands artistes semblent rejeter ce procédé, et se bornent rigoureusement à travailler sur la toile ou sur le papier, parce qu’ils aiment mieux demander leurs effets uniquement à l’habileté technique et au sentiment artistique.
Si l’on met sur une feuille de papier blanc un morceau de verre bleu pâle, il manifestera sa couleur, mais avec moins d’éclat que lorsqu’on le tient de façon que la lumière de la fenêtre le traverse directement. La raison en est évidente : la lumière qui pénètre dans le verre tombe sur le papier, et celui-ci renvoie la lumière à l’œil à travers le verre. La lumière traverse donc le verre deux fois; mais ce n’est pas là la seule cause de sa moindre luminosité, car une plaque double du même verre, tenue devant la fenêtre, paraît encore bien plus brillante que le verre simple sur le papier. L’autre raison,