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COULEURS RECOUVERTES D’UNE COUCHE LIQUIDE

luminosité que celles que donne le papier noir, excepté le violet, qui manque. Le jaune de chrome réfléchit les rayons rouges, orangés, jaunes et verts avec à peu près autant d’éclat que le papier blanc; le bleu cyané, l’outremer et le violet, à peu près comme le papier noir. De là vient la grande luminosité de cette matière colorante, car elle réfléchit en abondance non seulement les rayons jaunes, mais encore tous les autres rayons du spectre qui se distinguent par leur luminosité. Comme nous l’avons déjà dit, la somme de ces rayons donne du jaune. Ces expériences prouvent clairement qu’une surface peinte ne peut jamais être aussi lumineuse qu’une surface blanche; le plus qu’on puisse demander à une surface peinte, c’est de réfléchir la lumière de sa propre couleur avec autant de puissance que le fait une surface blanche ; la raison même pour laquelle elle fournit une lumière colorée, c’est qu’elle ne réfléchit pas également bien tous les rayons colorés. Aussi les surfaces colorées sont-elles toujours plus sombres que les surfaces blanches. Si nous représentons par 100 la luminosité du papier blanc, (‘.elle du vermillon sera environ 25, celle du vert émeraude 48, et enfin celle du jaune de chrome ira jusqu’à 75 ou 80.

Nous pouvons maintenant répéter ces expériences avec les mêmes, matières colorantes recouvertes d’une couche d’eau. La surface de l’eau étant tout à fait plate, on peut tenir le spectroscope de manière à éviter la lumière directement réfléchie par l’eau, et il devient alors possible d’observer certains changements que détermine la présence de l’eau. Avec du vermillon, nous voyons disparaître presque entièrement le bleu et le violet du spectre; il reste un peu du jaune, de l’orangé et du vert; enfin le rouge est presque aussi puissant qu’auparavant. Cela prouve que la présence de l’eau a beaucoup diminué la quantité de lumière blanche réfléchie à la surface des molécules de substance colorante, mais qu’elle n’a presque pas diminué l’éclat de la lumière colorée réfléchie. En opérant sur le vert émeraude et sur le jaune de chrome, on arrive à des résultats analogues ; il y a en général moins de lumière réfléchie, mais la lumière est un peu plus pure, parce qu’elle est mélangée de moins de lumière blanche. En immergeant nos couleurs dans l’huile ou dans le vernis, nous poussons ces effets encore plus loin : les substances paraissent plus foncées, mais la couleur en est plus riche et plus complètement exempte de lumière blanche. L’explication de ces changements est bien connue des physiciens : ils viennent de ce que la lumière qui chemine dans un

milieu peu dense, comme l’air, est réfléchie en abondance quand elle vient tomber sur une substance dense comme l’est une matière colorante; mais, si celle-ci est recouverte d’eau, nous avons alors de la lumière qui chemine dans un milieu dense (l’eau), et qui vient tomber sur un autre milieu qui n’est qu’un peu plus dense (la couleur); il en résulte qu’une faible quantité seulement de lumière blanche se réfléchit à la surface des petites molécules. La lumière colorée que la couleur fournit en si grande abondance, même sous l’eau, prend sa source dans les réflexions qui ont lieu à l’intérieur des molécules à grains un peu gros de la substance elle-même. Si cette substance est naturellement à grains fins, et est aussi mêlée à un liquide tel que l’huile, qui a pour ainsi dire la même densité optique, elle ne réfléchira presque aucune lumière, colorée ou non colorée. Le bleu de Prusse :\ et la laque cramoisie, broyés dans de l’huile, en sont de bons exemples. Pour manifester les couleurs de ces deux substances, il faut ou les étendre en couches minces sur une surface claire, ou les mélanger i avec une matière colorante blanche; seules, elles paraissent très foncées; le bleu de Prusse semble réellement presque noir. La présence de l’huile ou d’un vernis produit plus ou moins le même effet sur un grand nombre d’autres matières colorantes.

Des faits que nous venons d’exposer il résulte que la substance i avec laquelle les matières sont mélangées exerce une grande influence sur leur apparence. Les dessins exécutés au pastel et les peintures à ; l’huile nous offrent les deux extrêmes; les aquarelles tiennent le milieu entre les deux. Aussi la peinture à l’huile est-elle caractérisée par la richesse des couleurs et la transparence et la profondeur de ses ombres, tandis que dans les pastels les teintes sont plus pâles et les ombres moins marquées; en outre, les pastels semblent toujours couverts d’une vapeur légère qui se prête admirablement à l’imitation ; exacte du ciel et des distances. Les changements qu’éprouve le véhicule ■ de la couleur sont quelquefois une source d’embarras pour le peintre. Gela arrive surtout pour la fresque, et aussi, dans une certaine mesure, pour l’aquarelle : tant que la couleur est humide, elle semble plus foncée qu’on ne la voit ensuite lorsqu’elle est sèche, et, en mettant chaque couche, le peintre doit tenir compte de ces changements ; c’est là une des petites raisons qui rendent l’aquarelle plus difficile que la peinture à l’huile.

Gomme nous l’avons déjà dit, lorsque nous nous servons d’une matière colorante pour obtenir la lumière colorée, cette lumière

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