Philosophical Transactions , LXVII
Rood.
expliquées de quelque autre façon. Nous nous rappelons le cas d’un excellent physicien qui se doutait bien, depuis un grand nombre d’années, qu’il était daltonien, mais aimait mieux expliquer ses méprises en supposant l’existence d’une différence dans la nomenclature des couleurs. Il finit cependant par examiner sérieusement la question, et reconnut qu’en réalité il était un peu daltonien pour le rouge. On a voulu expliquer l’infériorité du coloris de certains peintres d’ailleurs éminents en admettant qu’ils étaient affligés de daltonisme partiel ; cette idée est plausible, mais elle nous semble totalement dénuée de preuves. Un grand nombre de personnes entendent distinctement toutes les notes dont on se sert en musique, et cependant n’ont ni goût ni talent pour cet art. D’un autre côté, nous avons entendu citer des personnes affligées de surdité partielle depuis leur enfance, qui sont cependant devenues musiciennes et même compositeurs. Il en est de la peinture comme de la musique : la possession d’un organe parfait n’est pas du tout une condition indispensable, et il est facile de prouver que même les peintres qui n’ont pas la perception du rouge peuvent néanmoins, sans grands secours extérieurs, produire des tableaux universellement estimés pour la beauté de leur coloris. Le champ de leurs opérations est, naturellement, plus borné, et ils sont forcés d’éviter certaines combinaisons chromatiques. Le soir, à la lumière du gaz ou d’une lampe, nous sommes tous plus ou moins dans l’état des personnes affligées de daltonisme, pour le violet ; et cependant, avec des précautions et de la patience, nous pouvons, même à ce moment, faire des ouvrages colorés qui résistent ensuite à l’épreuve du jour naturel. Il semble donc probable que la difficulté pour les coloristes inférieurs dont nous venons de parler, était moins anatomique ou physiologique que psychique.
Suivant une théorie récemment mise en avant par Hugo Magnus, notre sens de la couleur est en voie de développement depuis quatre ou cinq mille ans ; avant cette période, le philosophe admet que notre race ne savait distinguer que la lumière et l’ombre. Les preuves qu’il en donne sont d’ordre philologique, et tendent à faire voir que les anciens distinguaient ou décrivaient les couleurs avec moins d’exactitude que les modernes. Le même genre de raisonnement pourrait servir à prouver que les enfants de nos jours sont presque privés de la faculté de distinguer les nuances, parce que d’ordinaire ils ne tiennent guère compte que des couleurs les plus intenses. Mais lorsque nous étudions les races préhistoriques qui existent encore sur le