‹ Théorie scientifique des couleursChapitre 58 sur 218 · IDÉES DE THOMAS YOUNG · texte numérisé non relu

IDÉES DE THOMAS YOUNG

peut arriver à mélanger ainsi toutes les sortes différentes de lumière que contient le spectre. Avec un appareil plus perfectionné. Helmholtz a prouvé que l’union de la lumière bleue pure avec la lumière jaune pure du spectre produit sur l’œil la sensation, non de la lumière verte, mais de la lumière blanche. Ces recherches l’ont conduit encore à d’autres résultats fort intéressants, dont nous nous occuperons dans le chapitre suivant; mais dès à présent nous sommes en droit de dire que le résultat de cette expérience porte nécessairement un coup mortel à l’hypothèse de Brewster. Helmholtz a aussi étudié la nature des apparences qui ont trompé le grand physicien anglais ; il a cons-

; Fig. 42. — Deux spectres empiétant l’un sur l’autre : le rouge et le vert sont mélangés de même pour le violet et le bleu, etc.

taté qu’elles sont venues de ce qu’il s’était servi d’un spectre impur, c’est-à-dire d’un spectre qui n’était pas absolument exempt de lumière i blanche étrangère.

Gomme nous l’avons dit plus haut, l’existence, dans le sens objectif du mot, de trois couleurs fondamentales, ou de trois sortes primitives de lumière colorée, est impossible. Mais, dans un sens entièrement différent, quelque chose de ce genre est non seulement possible, mais encore très probable, comme l’indiquent les progrès récents faits par la science. Nous avons déjà vu dans un des chapitres précédents que l’œil peut distinguer dans le spectre solaire jusqu’à mille teintes différentes. Toutes les parties de la rétine, quelque petites qu’elles soient, même au point de devenir presque invisibles, jouissent de cette propriété, ce qui nous amène à nous demander si chaque atome de la rétine ne possède pas un nombre immense de fibrilles nerveuses, pour recevoir et transmettre cette multitude infinie de sensations. Le célèbre Thomas Young a adopté une autre manière de voir : selon lui, chaque élément infiniment petit de la rétine peut

recevoir et transmettre trois sensations différentes ; ou bien nous pouvons dire que chaque élément de la surface rétinienne possède trois fibrilles nerveuses, destinées à recevoir trois sensations. Une catégorie de ces nerfs est sensible à faction des ondes lumineuses longues, et produit la sensation à laquelle nous donnons le nom de rouge ; une seconde catégorie est surtout sensible à faction des ondes de moyenne longueur, qui produisent la sensation à laquelle nous donnons le nom de vert; et enfin la troisième catégorie est énergiquement stimulée par les ondes courtes, et détermine la sensation connue sous le nom de violet. Par conséquent, le rouge du spectre agit puissamment sur la première série de ces nerfs; mais, d’après la théorie de Young, il agit aussi sur les deux autres séries, quoique avec moins d’énergie.

Fig. 43. — Courbes représentant l’action des différentes couleurs du spectre sur les trois catégories de fibrilles nerveuses (Helmholtz).

Il en est de même des rayons verts et des rayons violets du spectre : chaque espèce agit sur les trois catégories de nerfs, mais son action est bien plus énergique sur celle qui est spécialement destinée à la recevoir. On comprendra encore mieux ce que je veux dire en considérant la figure ci-jointe, que nous empruntons au grand ouvrage de Helmholtz sur Y Optique physiologique. Dans la figure 43, le long des lignes horizontales 1, 2, 3, sont placées les couleurs du spectre dans l’ordre où elles se suivent naturellement, et les courbes qui sont au-dessus de ces lignes indiquent le degré d’énergie avec lequel les trois catégories de nerfs sont stimulées par ces couleurs. j: Nous voyons, par exemple, que les nerfs de la première espèce sont énergiquement stimulés par la lumière rouge, le sont bien moins par la lumière jaune, encore moins par la lumière verte, et très peu par la lumière violette. Les nerfs de la seconde espèce sont très sensibles !

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