‹ Théorie scientifique des couleursChapitre 6 sur 218 · SURFACES POLIES ET SURFACES MATES · texte numérisé non relu

SURFACES POLIES ET SURFACES MATES

kilomètres par seconde. Dans le système des ondes, au contraire, la lumière se compose, non de molécules matérielles lancées vers nous, mais d’ondes qui viennent frapper nos yeux à peu près de la même manière que les ondulations de la mer viennent battre sur les rochers du rivage.

Dans cette hypothèse, les atomes dont se compose la flamme d’une bougie sont eux-mêmes dans un état de vibration, et communiquent leur mouvement vibratoire aux autres molécules avec lesquelles ils se trouvent en contact : ainsi ils engendrent des ondes qui se propagent dans toutes les directions, comme le font les ondes circulaires que produit la chute d’une pierre dans une eau tranquille ; ces ondes finissent par se briser sur la surface de la rétine, où, par un procédé qui n’a pas encore été expliqué, elles déterminent la sensation de la lumière. Alors nous voyons la flamme de la bougie. Les corps qui ne sont pas lumineux par eux-mêmes ne peuvent être vus directement ou sans secours ; pour qu’on les aperçoive, la présence d’un corps lumineux par lui-même est indispensable. La flamme de la bougie lance un flot d’ondes lumineuses sur les corps qui sont dans la même chambre; quelques-unes des ondes s’anéantissent en venant frapper ces corps, mais d’autres rebondissent et arrivent à l’œil de l’observateur, après avoir subi certaines modifications sur lesquelles nous aurons occasion de revenir.

Ce rebondissement de l’onde lumineuse a reçu le nom de réflexion ; tous les corps qui sont dans une chambre réfléchissent une certaine proportion de la lumière d’une bougie. Les substances polies changent la direction des ondes lumineuses qui viennent tomber à leur surface, mais n’en dispersent irrégulièrement ou dans toutes les directions qu’une proportion fort minime. Il en résulte que les surfaces polies, lorsqu’elles réfléchissent la lumière, ne présentent pas du tout la même apparence que les surfaces qui, bien qu’unies, sont cependant mates : les premières peuvent réfléchir tantôt beaucoup tantôt peu de lumière, selon leur position, tandis que les surfaces mates sont loin de le faire au même degré. Les variations du pouvoir réflecteur des différents corps, lorsque les circonstances varient, ne sont pas sans intérêt pour nous ; nous verrons dans la suite que la nature en profite souvent pour modifier les couleurs.

En général, les surfaces métalliques polies sont les meilleurs réflecteurs de la lumière; l’artiste peut presque toujours les considérer comme réfléchissant toute la lumière qu’elles reçoivent. L’argent

poli réfléchit réellement 92 pour 100 de la lumière qui tombe perpendiculairement à sa surface ; et, bien que les proportions réfléchies par l’acier et les autres métaux soient moins considérables, cependant il faut presque toujours un œil exercé pour saisir facilement la différence .

Il n’en est pas tout à fait de même de la surface de l’eau tranquille : si elle reçoit un rayon lumineux faisant un petit angle avec la surface, la proportion réfléchie est aussi considérable qu’avec une surface métallique; au contraire, si le rayon arrive perpendiculairement à la surface, la quantité réfléchie est de moins de 4 pour 100. Ainsi quand le ciel est pur et bleu, si nous regardons une nappe d’eau tranquille, les parties éloignées nous semblent très brillantes, tandis que celles qui sont à nos pieds paraissent d’un bleu très intense. Dans ce cas particulier, la différence entre l’éclat des parties voisines et celui des parties éloignées se trouve encore accrue par le fait que le ciel est moins lumineux au zénith que près de l’horizon; or les parties éloignées de la nappe d’eau réfléchissent la lumière qui vient de l’horizon, tandis que les parties voisines réfléchissent celle qui vient du zénith. Les peintres tirent très souvent parti du pouvoir réflecteur de l’eau comme d’un excellent moyen de doubler les effets chromatiques dans un tableau, puisqu’il leur fournit sans peine, par une légère agitation de la surface, l’occasion de varier l’effet primitif.

Il est bon de faire observer ici que, dans les paysages réels où se trouvent des nappes d’eau tranquille, le plus ordinairement les images réfléchies ne sont pas absolument identiques à celles que nous voyons directement; l'a différence peut même souvent être considérable. De même il peut arriver qu’un objet situé de l’autre côté et à une certaine distance de l’eau ne se voie pas du tout dans l’image réfléchie, soit que la lumière partie de cet objet n’atteigne pas l’eau, soit qu’elle l’atteigne sans être renvoyée à l’œil de l’observateur.

Gomme nous l’avons vu, les surfaces polies non seulement réfléchissent une grande quantité de lumière, mais encore groupent les rayons lumineux en masses bien nettes; il n’en est pas de même des surfaces mates, lesquelles dispersent dans toutes les directions la lumière qu’elles reçoivent. Dans ce cas, quelque position qu’il occupe, l’œil reçoit une partie de cette lumière, et un changement de place produit bien moins d’effet sur la quantité de lumière reçue d’une surface mate que s’il s’agit de lumière réfléchie par une surface

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