INFLUENCE DES OBJETS ENVIRONNANTS
polie. Mais cette propriété de disperser la lumière dans toutes les directions fait que les surfaces rugueuses . quelle que soit leur situation, n’envoient jamais à l’œil une lumière très intense.
Si une toile blanche est éclairée par une douzaine de sources lumineuses différentes, elle réfléchira à l’œil un échantillon de chaque espèce de lumière , et ce que nous appelons sa nuance se composera d’autant d’éléments. Si nous songeons que tous les objets différents qui sont dans la même chambre réfléchissent de la lumière, et ordinairement une lumière colorée, nous verrons que la nuance définitive de la toile en question dépend non seulement de ce que sa couleur naturelle est blanche, mais encore de la présence et de la proximité de rideaux, de livres, de sièges et d’un grand nombre d’autres objets; la couleur définitive ne sera donc pas exactement blanche, mais bien une nuance délicate et indescriptible qu’un peintre habile peut seul reproduire. Quand il s’agit d’objets naturellement colorés, ou qui le paraissent lorsqu’on les expose à la lumière blanche, la difficulté devient encore plus grande. Supposons que notre toile, exposée à la lumière blanche pure, semble rouge; sa teinte sera toujours modifiée par la lumière qu’elle recevra des objets environnants; par exemple, si elle reçoit de la lumière verte d’objets de cette couleur qui se trouvent dans son voisinage, le rouge tirera sur l’orangé; si la lumière ajoutée est jaune, la tendance vers l’orangé deviendra plus marquée encore; au contraire, la lumière provenant dé surfaces bleues ou violettes fera passer le rouge au cramoisi ou même au pourpre. Les exemples les plus magnifiques de ces changements sont ceux que nous présentent les objets éclairés à la fois par les rayons jaunes du soleil et la lumière bleue d’un ciel pur : cette cause suffit pour modifier d’une manière merveilleuse les couleurs naturelles des objets, et produire des effets magiques dont la complexité se dérobe presque à l’analyse. Nous examinerons plus loin la nature de ces changements, quand nous aurons étudié les principes dont ils dépendent.
Enfin, il n’est peut-être pas tout à fait hors de propos d’ajouter ici que la plupart des peintures et des ornements en couleur sont vus à l’aide de la lumière qu’ils réfléchissent d’une manière diffuse à l’œil de l’observateur; au contraire, les transparents, les peintures sur verre ou les vitraux colorés sont vus à l’aide de la lumière qui
traverse leur substance avant d’arriver aux yeux. De même nous voyons que la très grande majorité des objets naturels agissent sur nos organes visuels au moyen de la lumière réfléchie, et qu’un très petit nombre seulement sont vus par l’intermédiaire d’un mélange de lumière réfléchie et de lumière transmise. Il s’ensuit que la nature et le peintre emploient réellement, en définitive, juste les mêmes moyens pour agir sur l’œil du spectateur. Si nous signalons cette vérité, si banale en apparence, c’est que bien des personnes semblent croire que la nature peint toujours avec de la lumière, tandis que le peintre est réduit a se servir de couleurs : au fond, l’un et l’autre peignent avec de la lumière, bien que, comme nous le verrons dans la suite, la quantité totale des couleurs dont dispose le peintre soit absolument limitée.
En terminant ce que nous voulions dire ici sur la réflexion, il nous sera peut-être permis d’ajouter que bien des personnes confondent la réflexion et l’ombre ; elles disent, par exemple, « l’ombre des arbres sur l’eau », quand elles veulent parler de l’image que les arbres situés sur le bord d’une eau tranquille y produisent par réflexion. Les deux phénomènes sont, au fond, essentiellement différents, et une ombre véritable et bien définie se produit rarement sur l’eau, à moins que celle-ci ne soit trouble.
Nous avons vu que tous les corps réfléchissent une partie de la lumière qui tombe à leur surface; il est également vrai qu’ils en transmettent une certaine portion. Une plaque de verre très pur, ou une couche d’eau assez mince, transmet toute la lumière qu’elle reçoit, sauf celle qui est réfléchie ; toutes deux la transmettent sans en altérer la teinte, et nous disons que ce sont des substances parfaitement transparentes et incolores. C’est là un des extrêmes; l’autre nous est fourni par un des métaux, l’or ou l’argent, par exemple pour transmettre un peu de lumière, il faut qu’ils soient réduits en feuilles très minces. Une feuille d’or laisse passer une petite quantité de lumière, et lui donne une teinte vert bleuâtre. Presque tous les autres corps peuvent être rangés entre ces deux extrêmes ; aucun ne peut être considéré comme parfaitement transparent, et aucun n’est, parfaitement opaque. Et ceci est vrai non seulement dans un sens rigoureusement scientifique, mais encore dans un sens qui touche spécialement à notre sujet. La grande majorité des objets avec lesquels nous nous trouvons sans cesse en contact permettent à la lumière de pénétrer un peu au delà de leur surface, puis, la ren-