ACTION D’UNE SEULE ESPÈCE DE LUMIÈRE COLORÉE
Après avoir ainsi expliqué comment il se fait que le jaune obtenu par le mélange de la lumière rouge et de la lumière verte ne soit pas très brillant, il nous sera facile de montrer comment se produisent plusieurs des autres sensations de couleur. Si, par exemple, nous diminuons l’intensité de la lumière verte dans l’expérience que je viens de citer, la teinte résultante passera du jaune à l’orangé, à l’orangé rouge, au rouge orangé et enfin au rouge pur. La meilleure manière de suivre ces changements, c’est d’opérer avec la lumière colorée du spectre ; mais on peut aussi les obtenir au moyen des disques de Maxwell (fig. 38), ou à l’aide de la plaque de verre de Helmholtz (fig. 39). D’un autre côté, si dans l’expérience qui nous occupe nous faisons prédominer la lumière verte, la teinte jaune résultante passera au jaune verdâtre, au vert jaunâtre et enfin au vert. Ceci explique la production de plus de la moitié des sensations de couleur qui composent la liste ci-dessus; quant aux couleurs restantes, telles que l’outremer, le bleu cyané et le vert bleuâtre, elles peuvent s’obtenir de la même façon en mélangeant dans des proportions convenables la lumière verte et la lumière violette, par n’importe laquelle des méthodes déjà indiquées.
Dans les expériences dont nous nous sommes occupé jusqu’ici, nous avons présenté à l’œil des mélanges de deux espèces différentes de lumière colorée ou, pour parler plus exactement, de deux espèces de lumière qui diffèrent par leurs longueurs d’onde ; il nous reste maintenant à expliquer la production des sensations de couleur dans les cas où l’œil n’est stimulé que par une seule espèce de lumière colorée, c’est-à-dire par de la lumière n’ayant qu’une seule longueur d’onde. S’il s’agit de lumière rouge, verte ou violette, l’explication va de soi : la lumière rouge stimule énergiquement les nerfs du rouge et détermine la sensation à laquelle nous donnons le nom de rouge, et ainsi de suite pour les autres. Mais ceci ne résout pas toute la difficulté ; car, d’après la théorie de Young et de Helmholtz, cette même lumière rouge exerce aussi une certaine action sur les nerfs du vert et du violet, et détermine en même temps, à un faible degré il est vrai, les sensations auxquelles nous donnons les noms de vert et de violet. D’après la théorie, le résultat devrait donc être la production d’une sensation énergique de rouge, mêlée de sensations beaucoup plus faibles de vert et de violet; ou, en d’autres termes, même lorsque l’œil est stimulé par la lumière rouge pure du spectre, cette lumière rouge devrait sembler mélangée d’un peu de lumière blanche, quand même celle-ci ne se trouverait pas réellement présente.
Rood. 7
L’expérience confirme cette conclusion théorique, et ici encore se montre favorable à l’exactitude de la théorie. La manière la plus simple de faire cette expérience serait d’enlever momentanément, si cela était possible, les nerfs du vert et du violet d’une partie de la rétine de l’œil, et ensuite de faire tomber sur la rétine tout entière la lumière rouge pure du spectre. Cette lumière rouge devrait alors paraître plus intense et plus saturée lorsqu’elle tomberait sur le point d’où les nerfs du vert et du violet auraient été enlevés que lorsqu’elle serait reçue sur le reste de la rétine, où existeraient les nerfs des trois espèces. Or, quoique nous ne puissions pas réellement enlever les nerfs du vert et du violet d’un certain point de la rétine, cependant nous pouvons, en employant des moyens convenables, fatiguer ou épuiser momentanément ces nerfs, de manière à les rendre presque entièrement insensibles. Si nous exposons pendant quelques instants un petit point de la rétine à l’action d’un mélange de lumière verte et de lumière violette combinées de manière à paraître vert bleuâtre, les nerfs du vert et ceux du violet deviendront réellement presque inertes ; et,' si l’on dirige alors brusquement l’œil vers le rouge du spectre, ce point de la rétine éprouvera une sensation de rouge plus puissante et plus pure que les parties voisines, dont les nerfs n’ont pas été fatigués, et où le rouge semblera étendu d’une certaine quantité de lumière blanche. Cette expérience de Helmholtz montre donc qu’il est réellement possible de produire par des moyens artificiels des sensations de couleurs encore plus puissantes que celles déterminées en général par la lumière du spectre; c’est là un point sur lequel nous reviendrons dans le chapitre suivant.
Maintenant que nous avons expliqué la production des sensations du rouge, du vert et du violet par la lumière rouge, verte et violette, et que nous avons constaté un fait intéressant qui se rapporte à cette question , nous passons aux autres couleurs . Si nous prenons le jaune du spectre, nous voyons qu’il peut être produit par l’action qu’exercent sur l’œil les ondes lumineuses dont la longueur tient le milieu entre celles qui déterminent les sensations de rouge et de vert. Ces ondes sont trop courtes pour agir très énergiquement sur les nerfs du rouge, et trop longues pour donner le maximum d’activité aux nerfs du vert; mais elles donnent à ces deux sortes de nerfs une activité moyenne, et le résultat de leur action combinée est une nouvelle sensation, à laquelle nous donnons le nom de jaune- Nous pouvons dire en outre que la longueur des ondes de fa lumière appelée jaune ne leur permet d’agir qu’assez faiblement sur les