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ACTION DE LA LUMIÈRE ARTIFICIELLE

(fig. 63). Nous faisons alors tomber cette image sur des étoffes ou des papiers colorés que nous avons disposés en S, de l’autre côté de l’objectif ; nous la regardons, comme l’indique la figure, par le haut de la chambre noire, et nous notons la teinte obtenue. Dans les expériences que nous avons faites ainsi, nous nous sommes servi de la flamme du gaz et d’une série de disques peints présentant les principales couleurs. Ces disques, au nombre de quatorze, seront

Fig, 63. — La lumière d’un bec de gaz est concentrée par l’objectif d’une chambre noire, et tombe sur un papier coloré.

décrits da^is le chapitre suivant, et formaient sept couples de couleurs complémentaires deux à deux. Voici les résultats que nous avons obtenus :

1° Un disque carmin, éclairé par la flamme du gaz, prend une teinte rouge intense, plus brillante encore que si on le regarde au jour; le disque complémentaire, peint en vert bleu, semble d’un vert jaunâtre plutôt pâle que saturé.

2° Le vermillon paraît d’un rouge feu intense; son complément, le bleu vert, perd de sa force et devient vert jaunâtre et un peu pâle.

3° L’orangé paraît brillant; le bleu cyané, son complément, devient jaune verdâtre et perd de sa saturation.

4° Le jaune devient brillant et tire légèrement sur l’orangé; son complément, le bleu, paraît blanc ou plutôt gris pur. Nous examinons aussi des disques peints en jaune de chrome : deux d’entre eux sont rendus un peu jaune orangé; le troisième prend une teinte presque orangée. Un disque peint en gomme-gutte devient presque orangé sous l’influenee de la lumière du gaz.

DU MÉLANGE DES COULEURS

5° Le jaune verdâtre passe au jaune pur; son complément; le bleu d’outremer artificiel, paraît violet.

6° Le jaune verdâtre devient jaune pur; son complément, le violet, passe au pourpre rouge bien net.

7° Le vert franc devient un vert jaunâtre brillant et bien net; son complément, le pourpre, prend une teinte rouge pourpré intense, qui montre moins de bleu qu’à la lumière naturelle.

Voilà les changements réels déterminés par la lumière artificielle, tels que les voit l’œil placé dans la lumière naturelle, et capable, par conséquent, d’en noter d’une manière correcte les différentes teintes. En examinant les disques le soir, à la lumière du gaz, nous sommes arrivés dans bien des cas à un résultat différent. Les disques carmin et vermillon paraissent toujours très brillants; la teinte du premier est rouge pur, tandis que le vermillon tire sur l’orangé rouge. Le disque orangé présente une teinte orangée plus rouge; le jaune, au contraire, semble plus pâle. Les disques jaune verdâtre sont à peine changés. Le vert franc est intense, et semble peut-être plus bleuâtre qu’à la lumière naturelle. Le vert bleu tend à se confondre avec le bleu; le bleu cyané et le bleu, avec le vert; le bleu d’outremer artificiel paraît plus pourpré qu’à la lumière naturelle ; le violet devient pourpre, et le pourpre prend une teinte très rouge. Nous avons aussi examiné à cette occasion quelques autres disques : la gomme-gutte et le jaune de chrome ont perdu de leur saturation et paraissent blanchâtres; l’indigo devient d’un gris verdâtre terne; le bleu de Prusse se confond avec le vert bleu ; le bleu d’outremer naturel reste toujours bleu, mais tire légèrement sur le pourpre ; le bleu de cobalt manifeste la même tendance, qui atteint son maximum pour le bleu de France. Tous les bleus semblent beaucoup plus ternes et plus gris qu’à la lumière naturelle.

En comparant ces deux séries d’expériences, on voit quelle influence le fait de la couleur jaune de la lumière ambiante a exercée sur l’appréciation des couleurs, puisqu’il en résultait qu’une certaine nuance de jaune passait pour du blanc, et donnait un terme de comparaison inexact auquel nous rapportions toutes les couleurs. Ce fait est surtout frappant pour les disques jaunes; en réalité, comme l’a bien montré la première série d’observations, ils réfléchissaient une quantité considérable de lumière jaune, et, si l’on n’envisage que l’action physique, ils auraient dû produire la sensation d’une forte teinte jaune brillant; mais comme la lumière du gaz rendait

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