BLANCHE
Dans l’étude que nous avons faite jusqu’ici des surfaces colorées, nous avons admis tacitement que leur action sur l’œil est une action constante, et qu’une surface rouge, par exemple, paraîtra toujours rouge à un œil sain, tant qu’elle restera visible. Mais en fait ceci n’est pas complètement vrai, car les surfaces colorées changent de teinte selon qu’elles sont vues sous l’action d’une lumière très brillante ou très faible. Tous les peintres savent que le drap écarlate éclairé par un soleil brillant prend une teinte qui se rapproche de l’orangé; que le vert devient plus jaunâtre dans les mêmes circonstances; enfin, qu’en général une lumière vive fait tendre toutes les couleurs un peu vers le jaune. Helmholtz, Bezold, Rutherfurd et d’autres encore ont fait des observations semblables sur les couleurs pures du spectre du prisme, et ils ont constaté que ces couleurs elles-mêmes subissent des changements analogues à ceux que nous venons d’indiquer. Le violet du spectre est très facilement affecté : lorsqu’il est faible, c’està-dire sombre, sa teinte se rapproche du pourpre; à mesure qu’on le rend plus fort, la couleur tend vers le bleu, et enfin vers le gris blanchâtre avec une faible teinte de bleu violet. Les changements du bleu d’outremer du spectre suivent la même marche, et passent d’abord au bleu de ciel, puis au bleu blanchâtre et enfin au blanc. A mesure que le vert devient plus brillant, il passe au vert jaunâtre, puis au jaune blanchâtre; pour qu’il se convertisse réellement en blanc, il faut une lumière éblouissante. Le rouge résiste à ces changements plus que les autres couleurs ; mais, si on le rend tout à fait brillant, il passe à l’orangé, puis au jaune brillant.