VÉRIFICATIONS EXPÉRIMENTALES
Nom de la couleur. Effet de la diminution de lumière.
Jaune verdâtre Plus verdâtre.
Vert jaunâtre Vert plus pur.
Vert fondamental Pas de changement, ou légèrement
plus bleuâtre.
Vert émeraude Plus vert, moins vert bleu.
Vert bleu Plus vert, moins bleuâtre.
Bleu cyané * Plus verdâtre.
Bleu de Prusse Bleu gris foncé (pas de change-
ment).
Bleu de cobalt Bleu gris foncé (pas de change-
ment) .
Bleu d’outremer (artificiel)... Plus violet, moins bleu.
Violet Violet foncé.
Pourpre Plus violet, moins rouge.
Carmin Très peu changé.
On remarquera que ces résultats s’accordent assez exactement avec ceux de Yon Bezold, que nous avons déjà indiqués.
Quelques-uns des changements dans les expériences que nous venons d’indiquer sont assez grands pour exciter l’étonnement, et celui qui en serait témoin pourrait être tenté de croire que le disque noir exerce une influence particulière sur le résultat ; mais il n’en est rien, car on peut obtenir les mêmes résultats sans disque noir, pourvu qu’on réduise la luminosité des disques colorés en mettant devant l’œil deux prismes de Nicol, que l’on fait tourner de manière à intercepter peu à peu la lumière colorée. D’un autre côté, si les teintes que l’on obtient à l’aide du disque noir donnent le véritable aspect de surfaces revêtues d’une couche de couleur pure, mais peu éclairée, alors les copies exactes de ces teintes doivent, lorsqu’on les éclaire énergiquement, présenter de nouveau des couleurs brillantes et les teintes primitives. Nous avons pu vérifier cette hypothèse, sur la gomme-gutte par exemple, que le changement de couleur produit par l’assombrissement fait passer du jaune légèrement orangé à un beau vert olive. Nous avons soigneusement recopié à l’aquarelle sur une bande de papier cette couleur vert olive, et nous l’avons ensuite exposée aux rayons éclatants du soleil; aussitôt elle a paru jaune, et a pris l’aspect du disque gomme-gutte placé tout auprès, mais dans l’ombre.
La conclusion générale à tirer de ces expériences, c’est qu’une lumière faible rend les couleurs faibles aussi, et les fait toutes tendre vers un bleu un peu sombre; au contraire, lorsque les couleurs deviennent très brillantes, elles tendent vers un jaune blanchâtre. La
CHANGEMENT DE LUMINOSITÉ
meilleure manière d’étudier cette teinte moyenne, c’est d’observer des effets de lune : sous l’influence de cette lumière, la couleur la plus lumineuse paraît être un bleu un peu verdâtre, et la plus sombre présente plutôt la teinte du bleu d’outremer. Sur ce point délicat, les meilleures autorités que nous puissions consulter sont les peintres qui ont l’habitude de représenter des paysages éclairés par la lune, et les plus habiles d’entre eux s’accordent tous sur la prédominance des différentes teintes de bleu, de bleu verdâtre et de bleu violet. Des effets semblables, bien que moins marqués, peuvent s’observer par les journées ternes où le ciel est couvert de nuages, et pendant lesquelles la teinte dominante est un gris bleuâtre. En effet, comme le fait remarquer Helmholtz, il suffît de regarder à travers un verre bleu pâle un paysage ensoleillé pour penser aussitôt à un temps couvert; au contraire, si par un jour de nuages nous regardons le paysage à travers un verre jaune pâle, nous aurons l’impression d’un beau soleil. Dans le même ordre d’idées, des rayures accidentelles d’ocre jaune ou de sciure de bois sur un trottoir à l’ombre nous donnent souvent l’idée d’un rayon de soleil égaré, et il ne serait pas très difficile de multiplier les exemples de ce genre d’illusion. Si nous mélangeons directement du noir de fumée avec d’autres couleurs sur une palette, ces couleurs seront nécessairement rendues plus sombres. Mais les effets ainsi obtenus ne sont pas identiques à ceux que donne la méthode de rotation. Nous avons peint une feuille de papier d’une teinte foncée composée de carmin et de noir de fumée, qui lui a donné une couleur rouge sombre et pourprée. Nous avons découpé un disque dans ce papier, puis nous avons essayé de reproduire cette teinte en mélangeant ensemble par voie de rotation du carmin et du noir de fumée. Pour y arriver, nous avons été forcé d’introduire une assez grande quantité de blanc dans le mélange par rotation; le meilleur résultat a été celui que nous a donné un disque composé tel que l’indique la figure 77. Cela prouve que la saturation ou l’intensité d’une matière colorante se trouve beaucoup diminuée quand nous la mélangeons sur la palette avec du noir de fumée, et n’est là une des raisons pour lesquelles les peintres ne veulent pas adopter cette manière de produire des teintes foncées. Le mélange mécanique de noir de fumée avec des matières colorantes non seulement diminue leur saturation, mais encore modifie quelque peu leur teinte. Dans l’expérience que nous venons de raconter, après avoir appareillé les deux couleurs aussi bien que possible, nous avons constaté que le