RAPPORTS PHOTOMÉTRIQUES DES COULEURS
carmin qui avait été mêlé avec du noir de fumée sur la palette était plus violet que celui qui avait été mêlé avec le noir par la méthode optique. Le vermillon mélangé mécaniquement et optiquement avec du noir de fumée nous a donné des résultats analogues. Dans le premier cas, la couleur offrait un aspect plus rouge orangé que dans le second. Le bleu de Prusse et le noir de fumée mélangés sur la palette donnent une teinte beaucoup plus verdâtre que lorsqu’ils
Fig. 77. — Petit disque central composé d’une carte lavée d’un mélange de carmin et de noir de fumée. On obtient presque la même teinte en combinant trois disques, l’un carmin, l’autre noir et l’autre blanc, dans les proportions indiquées.
sont mélangés par rotation, et plusieurs autres couleurs présentent des changements semblables.
Nous avons vu jusqu’ici qu’en changeant la luminosité d’une surface colorée nous en modifions en même temps la nuance, et que toutes les surfaces colorées, lorsqu’elles deviennent très brillantes, tendent à prendre une teinte jaune blanchâtre. Mais les changements de luminosité produisent encore d’autres effets, qui sont fort remarquables. Si nous arrangeons à la lumière du jour des feuilles de papier rouge et de papier bleu qui aient, autant que nous en pouvons juger, le même degré de luminosité, et qu’ensuite nous les portions dans une chambre rendue obscure, nous serons surpris de voir les papiers bleus paraître plus brillants que les rouges. Il est possible en réalité de rendre la chambre assez obscure pour que le papier rouge paraisse noir, tandis que le bleu conservera encore nettement sa couleur. Purkinje et Dove sont, je crois, les premiers qui aient signalé ce fait. Par des expériences semblables on peut "prouver que les surfaces rouges, jaunes et orangées sont relativement plus lumineuses, sous l’influence d’une lumière vive, que les surfaces bleues ou violettes ; celles-ci, au contraire, ont l’avantage quand elles sont faiblement éclairées. Il y a longtemps déjà, Dove a remarqué que cette circons- Rood. 1 1
CHANGEMENT DE LUMINOSITÉ
tance détruit un peu l’équilibre des couleurs dans les tableaux, quand on s’attarde dans une galerie au moment où le jour baisse. De là il suit qu’on doit un peu modifier la composition chromatique d’un tableau, suivant qu’il est destiné à être vu le plus généralement au grand jour ou dans une pièce un peu obscure. Il est probable que les peintres se préoccuperaient davantage de cette question, s’ils n’étaient pas forcés de lutter contre un obstacle encore plus sérieux dans le changement considérable qu’apporte aux teintes de leurs tableaux le passage de la lumière naturelle à celle du gaz.
De ce que nous venons de dire il résulte que les comparaisons photométriques de l’éclat de surfaces de couleurs différentes ne donnent pas les mêmes résultats avec une lumière affaiblie comme celle du crépuscule qu’avec un jour brillant, de sorte qu’il est impossible d’établir, avec un degré de lumière donné, des rapports photométriques qui soient vrais pour tous les autres degrés. Nous pouvons trouver, par exemple, à la lumière naturelle, qu’un certain morceau de papier bleu est juste à moitié aussi lumineux qu’un morceau de papier rouge ; mais il n’est pas du tout sûr que le même rapport existera dans une chambre rendue obscure. Helmholtz a reconnu que les couleurs pures du spectre sont elles-mêmes sujettes à de tels changements, surtout le jaune et le bleu d’outremer, ou le jaune verdâtre et le violet ; pour les autres couleurs, les changements sont moins marqués. Ce fait nous a donné l’idée d’une expérience intéressante : le jaune et le bleu d’outremer sont complémentaires, c’est-àdire donnent ensemble de la lumière blanche ; mélangeons donc du jaune et du bleu d’outremer de façon à obtenir du blanc, sous l’influence d’une lumière très vive ; si nous les obscurcissons tous les deux également, donneront-ils encore du blanc? Il serait assez naturel de supposer que le bleu ne pourra plus faire équilibre au jaune, et qu’au lieu de blanc nous aurons un blanc bleuâtre. Mais Helmholtz, opérant sur les couleurs pures du spectre, a constaté qu’il n’en est rien : le mélange obscurci de jaune et de bleu ressemble toujours exactement à de la lumière solaire un peu obscurcie. Un autre couple de couleurs complémentaires, le jaune verdâtre et le violet, par exemple, donne le même résultat. Ces faits semblent en contradiction avec la règle qui veut que le jaune ou le jaune verdâtre, lorsqu’il est brillant, affecte l’œil avec plus d’énergie que le bleu ou le violet. Voici comment Helmholtz l’explique : notre type de blanc vif est la lumière vive du soleil ; quand notre mélange de jaune et de bleu égale cette