THÈSE DE L'IMMORTALITÉ BI-COMPOSÉE
ou DIS ATTRACTIONS PROPORTIOKXBLLES AUX DRSTINISeS ESSENTIELLES.
Le sort futur et passé des âmes est un de ces grands problèmes qu'éclaircira la théorie de l'Attraction. Il n'est pas de question plus rebattue et pourtant plus neuve que celle de l'immortalité de l'âme ; c'est le principal écueil des lumières scientifiques. Nous «MBS sur ce point une conviction suffisante, fournie par la religion ; mais les dogmes religieux n'étant pas de mon ressort, je ne puis disserter ici que sur la valeur des notions obtenues de la science. Examinons donc si elle nous a fourni quelques doctrines recevables sur le sort extra-mondain de nos âmes.
La théorie de l'immortalité de l'âme embrasse le passé comme l'avenir. Si l'âme est immortelle au futur, elle l'a été au passé. Dieu.ne créant rien de rien, n'a pu former nos âmes de rien. Si l'on croit qu'elles n'existaient pas avant les corps, on est bien près de croire qu'acnés retourneront au néant d'où nos préjugés les font sortir.
Les barbares et sauvages , dans leurs fables grossières de métempsycose, ont été par ins^nct plus judicieux que nous. Ce
dogme approche en double sens de la vérité : i*^ en ce qo'il ne fait pas naître nos âmei de rien; 5K> ea ce qu'il n'isole pas dm âmrs de la matière, ni avant, ni après cette vie.. ..
Xous avons à disserter ou plutôt préluder sur les niodifications qu'a subies et que subira l'âme pendant l'éternité composée , on citérieure \ et oltérieure Y. C'est une question du domaine de It cosmogonie et non de la psychologie.
Rien n'est plus abondant aujourd'hui que les eosmpgonies ; on en est prodigue autant que de constitutions ; et tout auteur de systèmes de la nature se croit obligé , en conscience ^ de donner sa cosmogonie en mode simple^ selon l'usage civilisé.
Xos cosmogones considèrent sans doute Time comme ne faisant pas partie de l'Univers, puisqu'ils ne donnent, sar le sort passé et futur des âmes, aucune théorie combinée avec celle du sort de la matière. Peut-être font-ils prudemment de ne pas s'écarter du matériel où ils ne brillent déjà guère.
On ne peut pas expliquer les destinées matérielles du monde avant d'avoir expliqué les passionnelles ^ le mouvement passionnel étant pivot des quatre antres , sa théorie peut seule nous initier à celle des quatre jwtrpai les cosmogones soi^t donc obligés de déterminer les trois destinées de l'âme en ipode citra, intrn et {////'^-mondain avant de rien découvrir sur les trois destinées passée, présente et future de l'Univers.
Il suit de là que leur science, qu'ils oni cru» simple et bornée au passé, comprend six branches inséparables, savoir :
Psychologie sur-composi§e ou destinée citer-passionnelle , inter-pass. et ulter-passionnelle. Passé, présent, futur,
Gf^OLOGiR sim-coMPOs^B OU destinée citer-matérielle , inter-mat. et u1 ter-matérielle. Passé, présent, fbtor.
Dans les détails nous supprimerons fi>équeiiiment le passé ; car sa théorie est, en sens inverse, à peu près la même que celle de l'avenir. Je dis à peu prés^ car il y a dans le parallèle de DOfP'* breuses différences, mais sur lesquelles on ne doit pas fixer l'at* tcntion du commençant : il suffit de l'habituer à spéculer, en thèse générale , sur l'unité ^a« fl«i^ iltemités passée et fut4ire :
NOTIiS. 179
quand il sera exercé sur ce sujet, on sera à temps de rinitier aux règles d* exception f aux menues, différences du passé au futur.
Je comptais, dans ces prolégomènes, donner une troisième partie à la cosmogonie, il a convenu de restreindre le plan, et je me bornerai à deux articles sur ce sujet : ils ne traiteront da matériel qu'accessoirement et pour explication des destins de Tâme.
Y Pivot direct , Psychologie spéciale ou immortalité composée en passé et futur \.
^ Pivot inverse, Psychologie comparée ou analogie uoiverselle du matériel au passionnel ^ .
Le pivot direct ou immortalité de Tâme est le sujet qui va nous occuper.
S'il est vrai que ks lumières aillent croissant, nous devrions en savoir sur Timmortalité plus que nos devanciers, les Grecs et les Romains; loin de là, nous ne sommes parvenus qu'à mettre en problème ce qui était certitude pour eux : les lumières modernes ont évidemment rétrogradé sur ee point, comme sur une foule d'autres où l'instinct avait mieox guidé les anciens.
L'esprit humain , au lieu de se ralltûr à l'espoir d'immortalité composée ou métempsycose, a voulu contester même sur la simple. Nos athées el mutcrialistes, loin de soupçonner le retour périodique des âmes, ne veulent admettre ni âme ni autre vie.
Nous avons sur ce point des doctrines qu'on dit suffisantes^ mais qui ne sont que médiocrement persuasives : si elles l'étaient Sttfûsamment, on n'aurait pas vu éclore des sectes de matérialisme. Leur seule existence prouve qu'il sera très-opportun d'ajouter aux preuves suffisantes des preuves convaincantes et mathématiques. Je ne pourrai les fournir complètes qu'après avoir traité des transitions et de l'analogie universelle.
Tant de fois des questions m'ont été adressées sur les destinées ultra-mondaines, qoe je dois en donner dans les prolégomcucs au moins un aperçu qui devra être suivi d'un abrégé, puis d'une théorie : elle est obligée dans un ouvrage où l'on s'engage à démontrer Funité de TOnivers, dont aucun sophiste n'a pu nous fournir de preuves appliquées au mécanisme social des passions et à l'immortalité de l'âme.
Toutefois , évitons sur ce sujet de compliquer les doctrines de
i»0 NOTES.
TAttractioD avec les dogmes religieux. Supposons, sur tout ce qni touche aux affaires ultra-mondaines , que je ne sois qu*iin philosophe, qu'un faiseur de système ; je puis user du droit qu'ont eo avant moi cent mille philosophes qui ont fait des systèmes sur Ton on l'autre monde. Si je me trompe, je répondrai : errare humanutn est Mais après avoir lu mes erreurs sur le sort fntnr des âmes, on avouera au moins que ce cadré de nos destinées ultramondaines est digne de la puissance de Dieu et du génie de rhomme.
Citer. — On a vu que les biens de c6 monde, richesse, vigueur, longévité, ne seraient pour les Harmoniens qu'un sujet de regret si l'immortalité duaKsée ou métempsycose ne leur était garantie : en outre le but de Dieu serait manqué ; car en faisant beaucoup pour le bonheur intra-mondain des humains , il n'en obtiendrait qu'une affection équivoque, un reproche continuel de n'avoir pas perpétué le bonheur de cette vie terrestre , et d'avoir inspiré à l'Homme un violent désir de retour en ce monde, sans avoir pris aucune mesure pour le satisfaire.
L'immortaUté composée ou. métempsycose est donc un des pivots du système de l'harmonie : il ne serait qu'avorton, sans la solution de ce problème dans lequel l'Attraction va nous servir de guide : il tomberait, quant au sort futur des âmes, dans le simplisme relatif, dans le vice que j'attaque isans cesse. Leur bonhenr à venir sur ce globe serait imparfait, si elles ne rentraient pas en cette vie.
Examinons d'abord dans quel esprit ont été calculées nos théo* ries actuelles d'immortalité.
Pendant le cours des lymbes sociales, où la vie n'est qu'un sentier de ronces, il sufQt à l'homme d'une perspective de vie future, dégagée des plaisirs sensuels , dont lecivilisé jouit peu en ce monde. Il n'y possède pas même le nécessaire ; il ne conviendrait pas qu'il espérât trop de bonheur sensuel dans l'autre monde , il deviendrait apathique ou séditieux en cette vie. Si notre populace, toujours famélique , pouvait espérer bonne table dans la vie future, elle serait trop empressée de s'y rendre et trop disposée à sacrifler sa vie dans les bandes de voleurs et les émeutes popu- 1 aires où elle ne s'aventure déjà que trop.
D'après cette considération, l'on a dû restreindre beanconp les
tableaux de bonheur ultra-mondain ; les borser à des passe-temps insipides et mesquins ; des Champs-Elysées où les âmes des justes sont réduites à des promenades monotones, à de stériles entretiens sur la vertu ; un Olympe où les DieuY et demi-Dieux mangent toujours du même plat, toujours de Tambroisie; d'autres séjours ascétiques où Ton n a aucun usage des sens principaux*, goUt et ta£t^ ni même des passions romantiques ; certaines demeures célestes où Fusage des sens est outré et sans diversion ; tels sont les deu^ paradis imaginés par Odin et Mahomet : dans le premier, le régal se bornera à bofre du sang dans les crânes de ses ennemis ; dans l'autre , on sera conjoint pendant cinquante mille ans avec une des^ houris ou nymphes célestes, dont on pourra bien s'ennuyer au bout de cinquante jours, si rien ne fait diversion à ciette uniformité.
Chacun de ces fabricants de paradis n a dépeint , dans ses tableaux, que son goût favori :
u Tout a l'humeur gasconne en un auteur gascon. »
Dans le paradis de Sommonakodom , Dieu des Siamois , on passera des milliers d'années en état d'absorption mentale, sans songer à rien. Un tel bonheur pourra plaire à certains oisifs d'Italie qui ont pour devise : hella cosafar niente. Bref, on ne saurait à qui donner la palme de déraison , parmi ces fabricateurs de séjours olympiques.
Ces pauvretés peuvent suffire à charmer des Civilisés et Barbares, à qui il serait dangereux de promettre davantage ; elles ne seraient pas présentables à des Harmoniens qui seront insatiables de jouissances et qui, convaincus par leur état social de l'extrême sagacité de Dieu dans la distribution des plaisirs, verraient en lui une parcimonie méprisable , si l'immortalité ne leur garantissait pas dans l'autre vie une supériorité d'essor de chacune des douze passions , une perspective capable d'exciter la convoitise , même dès ce monde.
Jusqu'à présent , les tableaux de l'autre vie sont si peu satisfaisants, que les riches redoutent et diffèrent autant que possible d'aller en jouir. Quant aux pauvres, s'ils sont familiarisés avec la mort, ce n'est point par amorce de bien-être futur, mais par dégoût de l'existence présente; ennui qu'ils expriment par ce re-
1^^ \OTËS.
fraio : a Xous uc povvons pas être plas mal dans l'autre monde V que dans celui-ci. v
Pour éclaircir le problème de uotre sort dans Tautre monde, consultons d'abord les indices que nous fournit l'Attraction à titre d'agent de la Divinité.
J'ai suffisamment démontré que Dieu contreviendrait à toates ses propriétés , s'il employait d'autre agent que l'Attraction pour diriger TUnivers; mais en quelle dose la distribue-t-il à chaque espèce d'êtres ; quelle règle suit-il dans cette distribution ?11 est hors de doute qu'il répartit l'Attraction conformément à ses trois propriétés primaires et X (pivotale) :