POUR LA DEUXIEME EDITION
Quoique tièdement accueilli lors de sa publication par la presse de l'époque, le « système des droits acquis » s'est peu à peu tellement répandu qu'une nouvelle édition est devenue nécessaire. Tl était facile de prévoir qu'il forcerait l'entrée de la bibliothèque du savant, du juriste, de l'archéologue ; il y a plus : aujourd'hui la « collision des lois » est familière et indispensable à tout praticien doué de quelque esprit scientifique. Donner des preuves de Tinfluence qu'a pu exercer l'ouvrage sur la jurisprudence et sur la littérature juridique, démontrer comment il aurait pu être utilisé par les législateurs des dix dernières années, serait le moyen le plus propre de reconnaître les sentiments amicaux qui ont déterminé l'auteur à nous léguer la propriété littéraire de ses écrits. C'est dans cette modeste mesure que nous nous proposions de compléter cet ouvrage considérable^ en le mettant plus à la portée des lecteurs préoccupés uniquement des événements du jour. Mais nous avons été obligés de renoncer à ce projet qui ne correspondait pas suffisamment à nos occupations habituelles. Sans doute il est d'autres espérances scientiliques ou philosophiques de Lassalle qui ne se sont pas réalisées. Il n'y a plus, et il ne devait plus y avoir, à l'époque où il écrivit son ouvrage, de disciples de Hegel qui auraient pu faire dans d'autres domaines de la science du droit le travail qu'il avait fait dans la théorie de l'héritage. Et, si juste que fût son pressentiment d'être au seuil d'un temps nouveau, l'histoire de Lassalle 1. i
2 PRÉFACE DK LA DKnXIÈMK ÉDITION
l'Allemagne ne s'est pas orientée dans la direction qu'il prévoyait. Une lettre publiée sans mon assentiment et parue dans la « Germania » du 18 juillet 1878, lettre que je lui écrivis le 22 janvier 1862, indique le but qu'il poursuivait alors.
S*il vivait encore à l'heure actuelle, peut-être notre histoire intérieure le déterminerait-elle à développer celte idée, qu'il y a des moments où il est difficile à un peuple de se reconnaître lui-môme, dans sa <c substance ». Rien que les événements de mars 1871 auraient probablement ajuuti^ à ce qu'il dit sur la révolution française la considération suivante : que c'est à distance seulement que les éve'oL^iuents arrivés peuvent être rangés parmi les concepts de Tesprit historique et que Ton peut dire que dans une phase déterminée le « peuple a eu conscience de ce qui est juste, et que toute destruction d'un édifice symbolique n'a pas la [Dème signification que la prise de la Bastille et nest pas suivie d'une nuit du 4 août ». II n'aurait certainjemeot pas pris parti contre l'armée allemande et recoanu dans la commune de Paris « la forme enfin découverte en vertu de laquelle on arrivera àVémancipation du travail ».
A une de ses soirées où se rencontraient des hommes comme Bockk, Pfuel et Friedrich Forster^ je lui citai un jour une phrase de Lessing. Depuis lors j'ai pu constater que la citation n'était pas textuelle : mais» sous la forme que je lui donnai à ce moment-là, elle peut très bien ëervir de conclusion aux lignes qui précèdent :
IL De lout temps il y a eu des hommes qui voyaient dans t Taveair, mais ne pouvaient pas attendre cet avenir. Ce u que riiistoire prépare pendant des siècles doit mûrir dans « r instant de leju: existeace. »
Berlin, août 1880.