‹ Théorie systématique des droits acquis (volume 2)Chapitre 7 sur 27 · XIV INTRODOCTION A L'ÉDITION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

XIV INTRODOCTION A L'ÉDITION FRANÇAISE

les besoins urgents du peuple. Aucun homme ne les invente. Et cependant ils naissent avec nécessité (1). Il n'importe pas que les récits des Evangiles canojiiques portent les marques de la plus flagrante invraisemblance historique. On distingue nettement que le Christ fut pour les Juifs de la Palestine le symbole do leur délivrance sociale et politique. Contre Toppresseur romain, contre l'Empereur de la force, ils appelèrent le divin Empereur des faibles. Ils crurent qu'il paraîtrait sur un nuage d'or, et qu'alors par une interversion prodigieuse des rangs sociaux, les derniers seraient les premiers, et que les plus humbles seraient assis à la droite de Dieu. Aussi Frédéiic Engels a-t-il remarqué que les ouvriers anglaiSj vers 1847, lisaient beaucoup la Vie de Jésus de Strauss, C'est qu'ils se croyaient, eux aussi, conviés à réaliser, sur la terre, un royaume des humbles où seraient renversés les rangs de la hiérarchie sociale ancienne.

Mais ce qui est le rêve des humbles aux périodes de crise, doit être, disent les hégéliens, la préoccupation de tous les esprits. L'incarnation de Dieu, ce n'est pas celle qui, par une hallucination collective, apparaît aux foules. Le Messie vrai est l'Homme, né d'une mère visible, la nature, et d'un père invisible, l'esprit. Voilà le thaumaturge divin, car il courbe sous sa volonté les lois naturelles par son industrie. C'est lui qui soufTre, et qui meurt, dans les individus, dans les groupements sociaux, que détruit et use la marche puissante de l'histoire. Mais c'est lui aussi qui ressuscite, puisque par l'efTort de tous s'organise par degrés une vie de toute l'humanité conforme aux exigences d'une raison qui s'y réalise.

(V) Sthauss^ hebcn Jesw, l^"" édit , t. I, § 14.

INTRODUCTION A l'ÉDITIUN FRANG-AISB XY

Feuerbach faisait un progrès sur celte doctrine. Il pensait, lui aussi, que les romantiques avaient raison de faire appel au sentiment, quand il s'agit de décrire non pas ce qui fait Tobjetde la conscience claire des hommes et ce qui est leur vie individuelle, mais ce qui obscurément les relie tous.

Ils sentent obscurément une dépendance où ils se trouvent les unsàTégard des autres, et qui les oblige à s'organiser selon un régime social qui satisfera à leurs besoins. Mais la constitution de cette société, ils rimaginent sous le forme d'un mythe ; et, réciproquement, le mythe n'est que le reflet, dans la conscience, du régime social que les hommes réalisent nécessairement dans un état de civilisation donnée. Les premiers dieux naturels entretiennent avec les hommes des relation^ de communauté patriarcale. Mais le Jupiter Câpitolin des Romains, que Ton appelait Imperator, Triumphator^ qu'est-ce autre chose que la force romaine personnifiée, et, présent déjà, dans la conscience du peuplé romain, avant d'être sur le trane, l'Empereur qui sauvera la société romaine? Les dieux sont donc une description imagée de Thumanilé qui les adore. Dieu, c'est l'essence de l'homme, projeté en dehors de lui par un mirage idéologique. Mais l'essence de l'humanité est sociale. Déjà le Dieu catholique, qui était Trinité, exprimait celte idée. Car il n'était point seul. Mais il restait beaucoup d'absolutisme féodal dans ce Dieu despote, qui crée de rien les êtres, comme la monarchie absolue de l'Ancien Régime s'imaginait qu'on crée de rien les institutions, miraculeusement, par des décrets tout-puissants. Le rôle de la pensée est de comprendre ces symboles religieux comme une manifestation du besoin social et politique.

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XVI INTMODUCTION A L ÉDITIOS PRA>ÇvlSB

Quelle est la nature de ce besoin ? Feuerbach ne l'avait pas dit. Il fallait que Marx survînt pour approfondir la pensée feuerbachienne, et pour dire que ce besoin est économique. Feuerbach avait pensé seulement qu'une étude plus approfondie de la nature nous découvrirait qu'elle n'est pas faite à l'image d'une société patriarcale et monarchique ; qu'elle se compose d'une infinité d'aclious et de réactions ; qu'elle est une démocratie vivante de forces.

De même la religion à venir consisterait en une civilisation qui utiliserait harmonieusement toutes ces forces; et le régime social futur serait modelé sur cette vivante république naturelle.

Cette théorie des mythes sociaux est reprise aujourd'hui par quelques théoriciens, qui cherchent une conciliation entre Marx et le romantisme, sans se douter peut-être que le marxisme lui-même a absorbé en lui une quantité noiable d'historisme romantique. Toutefois, Marx n'avait considéré cette sentimentalité glorifiée par l'historisme que comme un fait dont il faut rendre compte ; et il croyait l'expliquer par une illusion qui naît du besoin économique. Il ne pensait pas que l'on atteignît par le sentiment un courant continu de réalité psychologique, un Volksgeist métaphysique, où baignent comme des îlots les esprits individuels.

C'est cependant ce que pensent des théoriciens socialistes contemporains, qui se croientencore marxistes. « Dès que nous commençons, dit M. Georges Sorel, à considérer la patrie, la tradition, et ainsi à dépasser les limites de notre activité juridique pour entrer dans les considérations relatives à la politique, alors nous rencontrons quelque chose de eligieux et de divin. » Pour exprimer ces réalités r

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