‹ Théories, 1890-1910Chapitre 20 sur 48 · V. ORSEL — PÉRIN — E. ROGER · texte numérisé non relu

V. ORSEL — PÉRIN — E. ROGER

n’ont pas appartenu à l’atelier d’Ingres. Mais il est manifeste qu’ils ont subi l’influence du Maître, dans la période où précisément cette influence était excellente.

Au point de vue de l’art religieux, d’ailleurs, les décorations qu’ils ont exécutées à l’église Notre-Dame de Lorette sont d’une importance capitale. On a pu dire que « tandis que M. Ingres rapportait d’Italie le style de la Renaissance et l’Étrusque, Orsel en rapportait le style religieux et monumental » (Cartier, Vie de l’Angelico). En réalité, je le répète, c’est de V Apothéose d’Homère que date toute peinture monumentale en France. Victor Orsel, élève de ce Révoil, peintre lyonnais, qui collectionnait des primitifs italiens, puis de Guérin, passa à Rome les années 1822-1829 : il y rencontra Overbeck et son école. Une tendre piété l’inclina dès lors à représenter des sujets mystiques : tous ses tableaux sont religieux ; même son tableau de Bethsabée est d’intention

LES ÉLÈVES DINGUES

pieuse ; une gracieuse figure de femme y témoigne qu’au rebours de Flandrin il n 'était pas insensible au charme de la forme féminine. C’était d’ailleurs son rêve et sa théorie : il voulait baptiser l’art grec. Heureuse formule ! II n’y a pas d’abîme entre l’antiquité classique et le sentiment chrétien. Nous l’avions pensé, en méditant naguère devant cette belle mosaïque de Sainte-Pudentienne, à Rome, où des artistes de culture grecque ont si dignement figuré la majesté des Évangiles et la divinité de Jésus-Christ. Aucune peinture chrétienne n’égale en expression cette œuvre de style antique. — Mais n’était-ce pas aussi la pensée de Giotto et de Raphaël? Ce sera l’éternel tourment des artistes chrétiens de résoudre ce difficile problème, d’opérer cette conciliation. Et jusqu’où faut-il poursuivre ce rêve d’une union intime entre la forme grecque et l’esprit chrétien? Faut-il aller jusqu’à prétendre, comme le veulent les Bénédictins de Beuron, que tant que cette union n’aura pas été réalisée il n’y aura pas de peinture chrétienne, pas d’art chrétien ?

Donc Orsel voulut baptiser l’art grec. Il fut le premier au xixe siècle à qui échut l’honneur de décorer une église. La chapelle des Litanies à N.-D. de Lorette témoigne à la fois de la pureté de son goût et de la pureté de sa foi. Son intelligence liturgique, ses intentions neuves d’ornemaniste, le parti qu’il sut tirer d’une archéologie encore inédite, tout le recommande à l’attention du critique. Certains de ses dessins sont d’une naïveté délicieuse. Théoricien assuré, praticien minutieux, il sut employer la collaboration d’amis et d’élèves sur qui son influence fut complète et qui lui conservèrent un dévouement absolu. Il travaillait avec Faivre- Dussier, G. Tyr — « Overbeck français, écrivait Gautier en 1855, avec plus de science d’exécution, mais aussi résolument cloîtré dans sa foi absolue », — et surtout Périn qui termina après la mort d’Orsel l’œuvre commencée. La chapelle de l’Eucharistie est de Périn : elle est aussi importante à tout point de vue que celle des Litanies. Périn consacra, depuis, tous ses efforts à glorifier la mémoire de son Maître : on consultera avec intérêt l’album qu’il a publié et qui contient d’excellentes reproductions de presque toute l’œuvre d’Orsel.

LES ÉLÈVES D’iNGRES

Il4

Une troisième chapelle, celle des fonts baptismaux, a été décorée vers 1840 par Eugène Roger, élève de Gros. Lui aussi subit l'influence d’Orsel. Ses pendentifs, qui représentent la liturgie du Baptême, sont d'une ingénuité de dessin, d’un coloris tendre qui font penser à l’Angelico. Tout ce charme qu’on ne peut bien goûter, dans la pénombre de N.-D. de Lorette, que par un temps très clair, tout ce charme disparaît dans ses œuvres plus récentes à Saint-Roch, à Sainte-Élisabeth. Ainsi, passé la belle époque où ils archaïsaient avec cette distinction que raillait Baudelaire, mais aussi avec cette intelligence des Grecs qu’entretenait dans la jeunesse d’alors l’exemple de M. Ingres, presque tous ces artistes devinrent en vieillissant des peintres académiques, gris, ennuyeux, falots.

Louis LAMOTHE

de Lyon, travailla avec les Flandrin. Quelques dessins de lui sont admirables. Il a peint une chapelle chez les Jésuites, dessiné des prophètes pour les vitraux de Sainte-Clotilde : il suffira de connaître dans cette église son retable de sainte Valère qui est une excellente peinture, d’aspect un peu sombre, mais d’une rare qualité de dessin. Il a eu le mérite et la gloire de former l'un des hommes qui font le plus d’honneur à l’art de notre temps et aux idées de M. Ingres, M. Degas. Ainsi placé, le nom de M. Degas suffirait à lui seul à justifier la présente étude. 11 faut, hélas, nous limiter ; et pour ne pas dépasser les bornes que nous nous sommes données, renoncer à montrer l’influence directe d’Ingres sur les premiers ouvrages de M. Degas ; puis la persistance de cette même volonté et de cette tradition dans ses interprétations des sujets les plus actuels ; enfin l’admirable apogée de son génie toujours plus original et toujours plus classique.

Léon BÉNOUYILLE

est connu par sa Mort de saint François, qui est au Louvre, une honnête peinture, et par quelques dessins dont plusieurs ont servi à Saint-Germain-en-Laye aux travaux d’Amaury-Duval.

LES ÉLÈVES D’iNGRES

TIMBAL

élève de Drolling, a profité sans grand éclat des bonnes doctrines de M. Ingres. On connaît la Muse et le Poète, du Louvre. Il a peint la chapelle Sainte-Geneviève à Saint-Sulpice, celle de la Sorbonne et deux ou trois panneaux (dont un, charmant, la Présentation ) dans la chapelle des Catéchismes à Saint-Étienne-du-Mont. Il abonde en fadeurs qui font pressentir Cabanel.

Page 1