‹ Théories, 1890-1910Chapitre 21 sur 48 · AMAURY-DUVAL · texte numérisé non relu

AMAURY-DUVAL

Le délicieux, le tendre Amaury-Duval mériterait une étude approfondie. Il a écrit des Souvenirs de Jeunesse, et un livre plus connu sur l’Atelier d’Ingres. C’est à cette dernière publication qu’il doit de n’être pas entièrement oublié. Il s’y montre respectueux à l’égard du Maître, mais sans docilité ni faiblesse ; sa lettre à Sarcey sur le prix de Rome et l’École des Beaux-Arts, ses pages sur l’organisation du Salon et contre le Jury, sont des morceaux de fine critique qu’il faut relire ; et je ne parle pas d’une douzaine d’anecdotes significatives et spirituellement contées. Cet homme intelligent, cultivé, audacieux, avait exposé avec de Lassus en 1839 des dessins pour la Monographie de Chartres. Il aimait le Moyen-Age ; il avait voyagé en Grèce, en Italie. Amoureux des Primitifs, il avait pris à l’atelier d’Ingres (atelier dont il fut l’un des premiers élèves, le fondateur, pourraiton dire) une attitude qu’on eût qualifiée en notre temps de décadente. Son archaïsme, sa passion pour le gothique lui valut d’être rabroué par M. Ingres et ridiculisé au Salon par les plaisanteries du public. Il développait, il affinait son sens de la forme par la fréquentation des Quattrocentisti : c’est ainsi qu’il en vint à réaliser des simplifications hardies, vraiment décoratives et d’une expression jamais indifférente.

Il ne faut pas le juger sur les figures nues, d’ailleurs élégantes, qu’on voit de lui dans les Musées, à Rouen, par exemple, ou à Arras, et que la gravure a popularisées : les plus récentes sont médiocres, comme la plupart des œuvres de la vieillesse des élèves d’Ingres.

Il faut voir à Saint-Merry la chapelle Sainte-Philomène et

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surtout la scène du Pont et le tableau d'autel; à Saint-Germain l’Auxerrois, dans la chapelle des Catéchismes, chapelle malheureusement trop peu éclairée, la petite Assomption et le grand Couronnement de la Vierge, fresques admirablement conservées. L’intention ici évidente d’imiter Fra Angeiico et les Maîtres italiens du xve siècle appelle la comparaison avec l école allemande d’Overbeck, et c’est au profit de l’élève d’Ingres. La piété tendre des figures d’Anges qui allongent, entre les nervures de la voûte, leur corps souple de vierges romantiques, le beau caractère des figures de Saints qui environnent l’autel, la fraîcheur du coloriage, tout dans cette décoration mérite qu’on aille réveiller pour la voir l’apathie des sacristains.

On peut aussi, dans les verrières de Sainte-Clotilde, étudier le beau style de ses draperies et toujours le charme de ses têtes d’anges, têtes de pâles ingénues, aux bandeaux lourds, aux yeux d’amandes, toutes semblables à celles qu’imaginaient les poètes de l’époque.

A Saint-Germain-en-Laye, et surtout dans les panneaux de la nef, les plus beaux, — la volonté de faire noble, le parti pris d’éteindre, de griser les couleurs, la science architecturale de la composition, ne vont pas sans quelque froideur. C’est cependant une des meilleures décorations d'église qui soient en France. Elle a été exécutée à buon fresco entre 1850 et 1855. On l’apprécia peu. Delaborde, qui vantait d’autre part « la fine sobriété de sa manière, son élégance dans le style », raconte qu’on comparait sa naïveté à « l’ingénuité d’une veuve de quarante ans demandant si les enfants se font par l’oreille » ; il trouve d’ailleurs sa naïveté un peu trop érudite.

Sur la fin de sa vie il décora, au château de Linières en Vendée, une salle à manger, de figures allégoriques dans des ornements pompéiens, et plusieurs salons où il a représenté entre autres scènes, autour de son ami Émile Augier, lisant les Fourchambault, un certain nombre de célébrités contemporaines. Nous avons pu feuilleter des cartons de dessins de lui d’un intérêt infiniment varié; d’excellents dessins à la sanguine rehaussée de blanc et de quelques couleurs, comme le portrait de Madame Édouard Bertin,

LES ÉLÈVES d’iNGHES

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contribuent à préciser ce talent délicat. Novateur en 1837 lorsqu’il peignait la Femme verte, portrait qui fit scandale; écrivain charmant, causeur ingénieux; homme de goût avisé qui sut admirer à la fois Ingres et Delacroix et plus tard deviner la valeur de G. Moreau et de Puvis de Chavannes; décorateur de premier ordre, Amaury-Duval ne mérite-t-il pas mieux que l’indifférence et l’oubli ?

On disait, dans son entourage, de son ami

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