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EXPOSITION K.-X. ROUSSEL

M. K.-X. Roussel exposa naguère une suite de paysages de l’Ile-de-France d’une beauté déjà très générale : larges aspects de terres nues, bois dépouillés, frondaisons d’automne, coteaux, silhouettes d’arbres, profils blancs de nuages * entrevus dans des ciels clairs ; — ou bien encore c’était la Normandie, grasse et verdoyante, où les pommiers alignent leurs masses sombres, où la mer grise apparaît par delà les toits gais des villas, et les fermes.

Cette remarquable série de notations, pastels et dessins rehaussés, qui eût suffi à établir la réputation d’un peintre, n’était que des croquis, des études pour des tableaux dont nous venons de voir, soit des états achevés, soit des esquisses. Les souples caprices d'une technique très libre et ces délicatesses d’œil ne devaient servir qu’à enrichir, à meubler de réalités une imagination toute apte à créer des ensembles, à faire vivre des personnages de rêve dans des décors vrais, à inventer des scènes où l’être humain occupe dans la nature la place classique.

Les trente tableaux, récemment exposés chez Bernheim, ont permis d’apprécier par quel effort Roussel discipline l’apport quotidien d’une sensibilité toujours en éveil, par quelles méthodes il s’affranchit de plus en plus de l’empi-

i. L'Occident, décembre igo3.

QUELQUES NOTICES

risme impressionniste. Mythologies, faunes, dryades, nymphes assises dans des paysages, et cette suite sur Jouvence qui évoque la sérénité des compositions antiques, et Hylas

His adjungit Hylan nautæ quo fonte relictum Clamassent, ut litus Hyla Hyia omne sonaret...

il renouvelle tout, rafraîchit les sujets fanés, ressuscite les divinités champêtres et le paysage historique. C’est à des motifs de Théocrite ou de Virgile qu’il accroche ses sensations, qu’il appuie ses expériences. Les Muses, Sicelides Musce, lui inspirent d’antiques prétextes par quoi il groupe et concentre les visions très neuves que lui fournit la nature. Comme Poussin à qui K.-X. Roussel a été déjà si justement comparé, on sent que c’est ici une nécessité d’associer à l’amour de la terre française le sensuel cortège des dieux de la Fable, de peupler de formes sereines les beaux sites qui lui sont familiers.

Tout près de Paris, dans la solitude, oublieux de l’agitation de la vie moderne, Roussel augmente incessamment un répertoire de formes, d’harmonies et de sujets où il puisera désormais les éléments d’œuvres plus vastes et définitives. Par le modelé des figures, l'agencement des groupes, par des recherches de tonalités et de techniques, il sait relier intimement à des paysages précis le charme virgilien de ses pastorales. Il s’est institué ses formules. Il est en possession d’un art complet.

Il peut, il doit pousser jusqu’aux derniers détails cette homogénéité d’expression. C’est ainsi qu’il s’apparente aux plus grands Maîtres, poètes et peintres, de notre xvne siècle, Saturnia régna! Il fait revivre l’âge d’or de la peinture d’histoire.

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