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d'un style aussi châtié, d’un goût de proportion aussi pur que les plus belles figures grecques. Et il y a peu de représentations de la femme dans l’art du v° siècle, qui soient aussi savoureuses que nos Vierges gothiques, grasses et souriantes. On n’a pas dit la sensualité du Moyen-Age : on n’a pas dit non plus à quelle perfection de forme atteignit au xiii0 siècle la statuaire française...
Je ne sais pas si Mailiol synthétise à la façon des Grecs ou bien des Gothiques : mais certainement j’aperçois chez lui ce goût décidé de la nature et de la vie individuelle qu’il traduit, comme les Imagiers des Cathédrales, par des affirmations sincères jusqu’à la déformation, jusqu’à la gaucherie. Il y a au portail de Notre-Dame de Paris, dans l’Hérodiade de Rouen, dans les quatrefeuilles d’Amiens, au tympan de la Brauthür de S.-Sébald à Nürnberg, des rondeurs, de la grâce, des naïvetés qui sont du pur Mailiol. En lui se concilient deux traditions successives, le ve grec et le xni0 chrétien, deux arts qui ont réalisé des types idéaux d’humanité, par la plénitude de la forme.
IV. plénitude de la forme. — A quel degré Mailiol a le sentiment de la forme, de la beauté d’une ligne, de la perfection géométrique d’un volume, c’est ce qu’expriment bien ses moindres ébauches, ses plus rapides croquis. Un simple trait lui suffit à définir l’intérêt plastique d’une œuvre où il s’attardera de longs mois. Les prestigieuses arabesques de ses tapisseries témoignent de ses premières recherches de forme. Sans doute, elles sont colorées, et c’est le plus fort attrait qu’on y trouve d'abord. D’un pays de lignes poussinesques et de teintes plutôt grises, il avait été tenté dans sa jeunesse par le jeu des couleurs. Il fut peintre et tapissier avant d’être sculpteur. On connaît les belles tentures qu’il exposa au Salon de la Société Nationale : grandes figures de femmes ingénieusement drapées, dans le décor de vergers et de parcs. Mais c’est précisément dans ses premières œuvres, aussi dans ses trop rares peintures, lithographies et gravures sur bois, qu’on surprend sous la délicatesse des couleurs un sentiment profond de la forme. Dans les plaques de faïence émaillée qui datent de ses débuts, par exemple
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« les deux jeunes filles portant une aiguière », les silhouettes conservent leur netteté et cependant les modelés apparaissent déjà significatifs. Puis les premières figurines manifestent dans leur plénitude toutes ses qualités plastiques.
Sa maîtrise s’affirme dans les statues et statuettes de ces dernières années — la figure demi-drapée de M. Octave Mirbeau, les lutteuses, la jeune fille assise de M. Vollard, la femme debout de M. Fayet, la femme accroupie du dernier Salon d’Automne ; — on y découvre d’étonnantes combinaisons de plans et de galbes, une entente parfaite de l’importance relative des volumes, un modelé gras et de l’ampleur en tout.
Dans l’élaboration de son œuvre, quel est son critérium, son guide ? Ce n’est pas le caractère du type choisi, car il emprunte à plusieurs modèles, à des moulages et même à des photographies les éléments dissemblables dont il fera l’unité. Ce n’est pas le mouvement, car il le change au cours de son travail. C’est simplement le sens exquis, instinctif, irréfléchi de la forme. Nul ne compose comme Maillol un ensemble de chairs, la symétrie d’un torse et toutes ces sensuelles architectures où son imagination s’épanouit. Il lui faut toute liberté d’inventer son sujet, de façonner la matière selon son sûr instinct. Mais aussi pour discipliner l’abondance de ses dons, pour choisir entre mille éléments les plus aptes à le satisfaire, il sent comme les classiques le besoin d'une contrainte. Ce petit-fils des Égyptiens, des Grecs et du délicieux Pradier, s'impose à lui-même des proportions fixes, des « canons » : d’après ses modèles habituels, il a précisé les mesures qu'il préfère, composé un type idéal auquel il ramène tout. J’observe qu’en se rapprochant systématiquement des formes les plus voisines de la sphère et du cylindre, il tend à réaliser le conseil de M. Ingres : « que les jambes soient comme des colonnes... » Et il emploie les moyens indiqués par le Maître : « Pour arriver à la belle forme, il faut modeler rond et sans détails intérieurs. » Car : « la belle forme ce sont des plans droits avec des rondeurs. » Et M. Ingres ajoutait : « Pourquoi ne fait-on pas du grand caractère? parce qu’au lieu d’une grande forme on en fait trois petites. » Admirable formule qui résume tout l’art de Maillol.
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V- sens du réel. — Ainsi nous avons démêlé quelles qualités il met en œuvre, et par quelle discipline il gouverne une imagination concrète et toute nourrie de réalité. Un tel art, en effet, serait académique si le goût de la réalité n’affleurait partout. Sous ses plus parfaites synthèses, il est aisé de découvrir l’émotion de la Nature. Ce grand classique est d’une sensibilité enfantine. Il n’est pas de spectacle si familier, si banal qu’il ne voie avec des yeux ravis et un cœur neuf. Il aime avec passion tous les objets. — Préfère-t-il vraiment ce qu’il voit à ce qu’il imagine ? Question. Mais il a le don de fraîcheur à un degré presque inouï. Je l’ai vu s'extasier sur un caillou, sur un peu de terre, sur le poli d’une pièce métallurgique. Sa tendresse est immense, il reçoit le charme de tout.
Si sa curiosité d’artiste est si universelle, s’il se préoccupe si ardemment des matières à employer, des patines, s’il aime inventer des mélanges de terres à modeler, s’il recueille en se promenant dans la campagne des plantes pour en extraire des teintures, c’est qu’en effet rien de la nature ne le laisse indifférent. C’est par tous les sens qu’il est réaliste.
VI. sensualité de maillol. — C’est aussi le secret de la sensualité plus grecque que chrétienne, c’est-à-dire plus sexuelle, où son art se complaît. Les nuques bombées, les cuisses grasses, les rondes épaules, la douceur des ventres, les seins gonflés, son ciseau s’attarde à détailler tous les charmes du corps féminin. L’Antiquité, qui n’aimait pas les femmes, nous a laissé peu de figures aussi séduisantes. Aucun romantisme, aucune littérature ne vient compliquer la vision jeune qu’il a de ces beaux corps aptes à l’amour, sans pudeur comme sans passion, animaux de bestialité fine et savoureuse. Muses charnues et saines, que leurs attitudes nonchalantes rapprochent de la Terre mère, qui parfois se dressent sans mouvement dans l’éclat de leur nudité ; charnelles architectures qui seraient froides sans le frémissement d’épiderme, l’indécision du geste et la tendresse que leur confère l’exquise gaucherie de Maillol.
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VII. gaucherie de maillol. — Tout 1’etïort de sa sincérité se manifeste par de la gaucherie. J'appelle gaucherie cette sorte de maladroite affirmation par quoi se traduit, en dehors des formules admises, l’émotion personnelle d’un artiste. Ce ne sont pas seulement nos vieux maîtres, les Primitifs gothiques, mais les plus grands parmi les modernes qui nous ont donné l'exemple de cette bienheureuse naïveté \ M. Ingres, plutôt que de se satisfaire des conventions académiques de l’École de David, se laissait accuser de gaucherie, et il osait dessiner la Thétis. Puvis de Chavannes à son tour réagissant contre la décadence de l’École d’Ingres, retrouvait l’ingénuité des Giottesques. Pour échapper à la déplorable facilité de l’art du second empire, Manet, Renoir, Degas, se contentèrent d'être sincères, méprisèrent la virtuosité : et la critique plaisanta leur ignorance des principes de l’art, de la couleur et du dessin !
Le cas de Maillol est plus singulier. Son art est, je l’ai montré, un art de formules, mais c’est son instinct qui les crée : il s’abstient de toute convention qu’il n’aura pas, si j’ose dire, vécue. Comprenons bien ceci : sa liberté n’a de limites que celles de son goût classique, il trouve en luimême son ordre et sa mesure ; et cependant cette liberté éclate partout, à travers les formes les plus architectoniques, malgré les proportions et les symétries ; elle vivifie cette beauté canonique pourtant si parfaite qu’il invente : c’est le triomphe de l’instinct. Avec quelle naïveté il voit son sujet, avec quelle ingénuité il le sculpte ! Les audaces qu’il se permet avec la nature, les déformations dont il souligne un geste, une attitude, le rythme d’un beau corps, aucun tour de main ne les dissimule : on les voit bien, il n’entend rien nous cacher. Comme ses femmes, son art est nu et ingénu. Et comme elles aussi il a la rudesse paysanne, la fruste santé, et cette gêne que donne vis-à-vis d’une civilisation compliquée l’habitude de la franchise. Admirable nature ! il joint à la vertu d’un classique l’innocence d’un Primitif.
VIII. un primitif classique. — Com me les Primitif s, il a le