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LE SALON DU CHAMP-DE-MARS. L'EXPOSITION DE RENOIR

qufentent ' les asiles d’hallucinés, et devant des extases artificiellement provoquées, prennent des notes, et retiennent lecarquillement des yeux, le rictus de la face. Il en est d’autres qui voyagent, et qui rapportent de Terre-Sainte, des croqdis exécutés sous l’œil des guides aux endroits historiques.

Petite chose, cependant, que l’exactitude des costumes et des paysages. Il m’est permis d’emprunter un sujet à l’Évangile, qu’autant que ce sujet est en nous, est une part de nousmêrae. En notre âme se doivent trouver les costumes vrais et les paysages authentiques. Transformés en nous sans effort, les spectacles du monde extérieur reparaissent sous de mystérieux aspects. Au sortir d’un esprit tendre, ils ont revêtu quelque tendresse, et les moyens d’art seront efficaces qui feront communier les âmes à cette tendresse. Ce seront les moyens les plus simples : croyez qu’il n’est pas besoin, pour perpétuer vos émotions, de dissimuler la matière employée, et de la pervertir en des apparences de trompe-l’œil; croyez que la matière de l’œuvre d’art a la faculté d’émettre d’aussi puissantes suggestions que les aspects de la nature elle-même ; il ne faut pas prétendre que les moyens d’expression de la nature et ceux de l’œuvre d’art se peuvent assimiler; mais on peut toujours substituer ceux-ci à ceux-là : et c’est le travail du génie.

Comparez ce modèle costumé en Christ, cette femme en robe de Vierge, que tant de peintres reproduisent, — avec telle arabesque byzantine, onduleuse et souple pour signifier l’Amour et la Mère divine, rigide et heurtée pour symboliser le Sacrifice et le Christ en croix. N'est-ce pas l’œuvre d’art conçue en dehors de toute imitation contingente, qui est le plus expressive?

Nous nous étonnons que des critiques renseignés, comme M. Georges Lecomte1, se soient plu à confondre les tendances mystiques et allégoriques, c’est-à-dire la recherche de l’expression par le sujet, et les tendances symbolistes , c’est-àdire la recherche de l’expression par l’œuvre d’art. Il n’y a pas à en douter, toute la querelle aboutit à cette distinction

j, Georges Lecomle : L’Art impressionniste. — Revue de l’Évolution, i5 mars 1892.

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bien comprise. On ne peut reprocher à des peintres de prendre leurs motifs où ils veulent, d’exprimer plutôt des émotions religieuses que tout autre genre d’émotions. Et telle n’a jamais été, croyons-nous, la pensée de M. G. Lecomte. Mais on peut toujours déplorer les fautes contre l’esthétique, ou le bon goût. On peut regretter que des naturalistes de la veille, entraînés par une mode inconstestable, se croient obligés de donner à leurs récentes études d’après nature un prétexte mystique. On peut trouver ridicule cet engoûment pour le sujet religieux après l’engoûment pour le sujet patriotique. Au fond, ceci est le précieux symptôme d’une réaction d’ordre moral que nous n’avons pas à définir ici. Mais il n’y faut pas voir la marque d’une évolution artistique.

Parce que M. Aman Jean se plaît aux sinuosités des banderoles ; parce que M. Burne Jones dessine des regards irréels; que M. Ary Renan évoque les promeneuses de son âme sur des grèves de désolation; et que M. Puvis de Chavannes prête aux moindres attitudes une noblesse religieuse, — et nous nous abstenons de citer ces autres idéistes qui ' exposaient aux Rose-Croix, aux Indépendants, aux Peintres graveurs, ou chez Le Barc de Boutteville, — faut-il les qualifier de sectaires rétrogrades, et dire qu'ils se désintéressent de l’excellence des réalisations plastiques ? Nui n’a compris mieux que ceux-là, la beauté d’une ligne ou d’une coloration. Et nous ne voyons pas qu’ils seraient en aucun sens plus peintres, s’ils empruntaient leurs motifs aux assemblées de village, aux boulevards, aux faubourgs.

Ou bien, c’est leur art de simplification, le hiératisme de leurs synthèses, qui est si neuf pourtant et si personnel, si intellectuel et ornemental, c’est leur art que l’on critique. Mais alors il faudrait logiquement préférer à Whistler, les portraits de Carolus Duran, ou quelque étude puérilement systématique de la décomposition de la lumière.

Nous avons écrit, naguère, que la peinture de M. Rafiaëlli était un peu bien littéraire; ce qui voulait dire qu’elle emprunte au sujet beaucoup de son expression. M. Rafïaëlli est, en effet, un précieux chroniqueur; mais c’est aussi un artiste délicat. Trouvez un détail qui soit déplaisant ou inu-

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