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POSE DU SON

On se sent frappé de découragement quand on examine l'état actuel de renseignement du chant en France. Le mal est partout : il est profond, enraciné, ceux qui le font et qui en bénélicient jouissent doucement, en paix avec le monde et avec eux-mêmes, du fruit de leur détestable charlatanisme ; ceux qui en sont victimes s'endorment et se complaisent, en quelque sorte, dans leur aveuglement. De part et d'autre l'amour-propre fait des merveilles.

Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire. Traduction libre du vieil adage : asinus asinum, fricat. Les chanteurs en sont presque tous là. Voilà qui n'est pas trop mal, puisque personne ne se plaint. Mais la vocale se perd, et il faut cependant qu'une voix s'élève pour le crier bien haut à ceux qui sont les dépositaires des intérêts de l'art, aux familles qu'on trompe, aux maîtres ignorants qui croient leur supercherie fort innocente, parce qu'elle les fait vivre sans tuer personne.

Les professeurs de cette catégorie sont de grands coupables; mais ils le sont encore moins que ces fiai-

seurs de méthodes qui répandent largement dans les masses le venin de leurs doctrines erronées. Ces méthodes, tant anciennes que modernes, sont nombreuses ; elles ont eu et elles ont encore une influence qu'elles doivent aux préconisations irréfléchies de gens parfaitement étrangers à la matière qu'elles traitent.

Voyez celle de Marcello Perino , par exemple, qui , dans le chapitre intitulé : Du Son, pose en principe que, dans les études préparatoires, le son a doit être employé graduellement en commençant piano, croissant de force vers le milieu et décroissant en suite jusqu'à la fin (1) ! » *

Ceci est tout simplement le principe de la filiation des sons ; mais cette filiation est un effet, comme tant d'autres, qui nécessite une étude particulière et qui n'a rien de commun avec la pose et l'émission de la voix, et cependant c'est une erreur tellement répandue, que les trois quarts et demi des maîtres n'ont pas d'autres procédés, je ne dirai pas pour faire sortir la voix, car elle ne sort jamais sous leur direction, mais pour remplir convenablement la meilleure portion des séances qu'ils donnent à leurs élèves.

L'émission plus ou moins parfaite du son est le résultat de l'emploi plus ou moins convenable de l'air qui le produit; et, afin que l'air remplisse correctement ses

(1) Cette méthode est adornée de notes du traducteur (violoniste et compositeur distingué) qui apprend à nos lecteurs, page 198 de cet ouvrage, que l'épiglotte est autrement nommée la luette. Cet écrivain, en confondant ainsi deux portions si essentielles de l'appareil vocal, est un exemple entre mille autres du danger qui existe pour un professeur d'enseigner hors de sa spécialité.

fonctions , il faut qu'il soit placé dans des conditions particulières que nous allons définir.

Pour que la voix raisonne, lorsqu'on parle, il suffit d'accomplir l'articulation des mots pendant l'expiration qui est nécessairement ralentie par ce travail. Mais, pour que l'expiration puisse suffire à l'exécution d'une phrase de chant ou d'un son prolongé, il est nécessaire qu'elle soit plus lente encore et qu'elle soit employé dans son intégrité.

Lorsqu'un sujet, dans l'état inculte, veut faire entendre un son, les cordes vocales ne vibrent guère qu'au milieu de l'expiration ; ce qui en reste est la portion la plus faible, et le phénomène ne peut être accompli dans ses conditions normales. C'est pourtant de cette manière que chantent la presque totalité des amateurs et des artistes.

J'ai dit l'erreur, voici la règle: Quant on veut se servir de la voix à l'état de chant, il faut prendre une respiration de moyenne force ; car si les poumons sont remplis d'une trop grande quantité d'air, il leur sera nécessaire de l'expulser promptement pour se soustraire à une fatigue qui dégénérerait facilement en souffrance. D'un autre côté, cette grande masse d'air, en se précipitant dans le larynx, en paralyserait les mouvements délicats et précis. Il en résulterait une fluctuation dans le son et de l'incertitude dans l'intonation. Si la respiration est insuffisante, les inconvénients qui en sont la suite sont trop évidents pour qu'il soit nécessaire de les expliquer.

Une haleine d'une médiocre étendue est donc ce qu'il faut pour l'exécution des effets les plus énergiques.

Le talent du chanteur est de la renouveler le plus souvent possible, et nous dirons plus loin de quelle importance elle est pour le pkrasement du chant et pour son expression.

Les voies respiratoires une fois munies de cette convenable quantité d'air, il faut raccumuler contre la glotte comme si l'on voulait pousser un cri. La glotte ainsi pressée en s'entr'ouvant à peine, fera vibrer instantanément les cordes vocales dont elle est pourvue ; il en résultera une attaque de son parfaitement nette, mais très-dure et susceptible d'une grande brièveté. L'air qui s'échappera dans cette espèce d'effort sera à peine appréciable ; il ne s'en perdra pas la moindre parcelle qui ne soit représentée par un volume analogue de son.

On ne peut mieux comparer l'effet de cette précision dans l'appellation et la pose du son qu'à l'attaque d'un archet sur la corde d'un violon. Cette manière de poser le son, qui est la seule véritablement normale, a plusieurs avantages qui contribuent à l'éclat et à la portée de l'organe : l'expiration est complètement et énergiquement utilisée, et le chanteur n'est plus exposé à faire entendre avant le son qu'il veut entonner un portamento préparatoire dont la mollesse est insupportable.

Le son ainsi posé acquiert aisément toute la vigueur dont il est susceptible. Quand ce mode d'émission est bien compris il ne s'agit plus que de chasser l'air avec force pour faire sortir toute la voix.

On comprendra facilement que ce précepte n'est applicable dans toute sa rigueur qu'aux effets de force ;

il se modifie naturellement pour le cantabile et surtout pour la prononciation des consonnes. Mais le principe reste partout le même : il faut toujours que le son soit posé nettement afin qu'il n'y ait aucune déperdition d'air, à moins que certaines accentuations ne rendent convenables l'emploi d'un porlamento, ou la pose du son en forme de soupir. A part ces sortes d'effets, dont un bon chanteur doit être sobre, le son doit toujours être attaqué; mais il faut que l'étude adoucisse la rudesse de cette attaque, de telle sorte qu'elle puisse être employé sans qu'on s'en aperçoive, même dans la filiation des sons, sorte de travail d'une exécution difficile et qui ne doit être commencée que quand les principales difficultés du mécanisme de la voix ont été complètement surmontées.

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