PURETÉ DU SON
Le charlatanisme vocal n'est point, comme on pourrait le croire, un produit spécial du xix e siècle, qui en a créé et qui en crée tous les jours tant d'autres. Les professeurs en vogue, les feuilletonistes et les violonistes contemporains ne sont pas les seuls qui aient cru pouvoir raisonner ab hoc et ab hac sur les difficultés scientifiques absolument étrangères à leur spécialité. Mansini, dans son ouvrage sur la voix, ne se fait pas faute de préceptes donnés et reçus pour ce qu'ils valent, sans réflexion et surtout sans consé 7 quence.
Voulez-vous savoir si tel sujet qui se destine à la carrière du chant possède ou non les dispositions qui doivent décider sa vocation? Il serait naturel de penser qu'il faut attendre que ces dispositions se soient déclarées par quelques-unes de ces indications qui révèlent le penchant de la nature et la puissance d'y satisfaire, comme, par exemple, un beau timbre de voix ou une intensité de sons remarquables. Rien de tout cela. Écoutons Mansini.
« C'est l'anatomiste au regard pénétrant et exercé qui observera la disposition, la qualité de ces organes. Il aura à examiner attentivement l'intérieur de la gorge pour savoir si la glotte et le larynx sont débarrassés des glandes dont ils sont fréquemment affectés, si la luette ou épig lotte est légère, peu charnue ; si le palais est dégagé d'excroissances ou de cavités extraordinaires; si la membrane dont il est revêtu est intacte et peu épaisse ; si la langue est agile ; si la bouche n'est pas démesurément large ; si elle n'est pas difforme; si les lèvres sont régulières, peu épaisses, fermant également ; si les dents sont serrées ; si le nez est aquilin ou écrasé, etc. — Si aucune de ces parties essentielles à la formation de la voix ne se montre défectueuse, il y a lieu d'espérer qu'elle viendra à bien. »
Les anatomistes, auxquels notre bonhomme de rhéteur renvoie si magistralement les candidats à l'art du chant, conviendront avec nous qu'il est impossible de raisonner pantoufle avec plus d'aplomb sur une matière aussi ardue que l'examen de l'appareil vocal, Et les lecteurs de toutes les classes comprendront aussi combien il est superflu d'examiner péniblement les causes quand il est si facile d'apprécier les résultats.
Lorsque le chanteur en herbe est parvenu, au moyen des enseignements simples et lucides que j'ai développés dans le chapitre précédent, à faire sortir sa voix à peu près tout entière, sa nature et ses qualités, bonnes ou mauvaises, apparaissent alors avec une netteté parfaite. Le premier soin du professeur doit être de classer la voix dans une catégorie bien
arrêtée, afin de donner une direction convenable aux études ; puis il s'occupe de la ramener autant que possible à l'état de pureté normale, et de combattre, pour