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MÉCANISME VOCAL

Lorsque la voix est posée et que le timbre a été ramené à l'état de pureté normale caractérisé par rémission parfaite de la voyelle A, on peut aborder les difficultés que présente le mécanisme de la voix. Ces difficultés sont sérieuses ; elles sont même tellement graves qu'on peut les considérer comme insurmontables quand elles ne sont pas dirigées par les règles progressives instituées d'après l'étude approfondie de la nature , perfectionnées par les découvertes successives des grands maîtres qui ont précédé notre époque, et appliquées aux divers caractères des voix avec l'intelligence qu'une longue pratique personnelle peut seule donner.

Mais quand les obstacles dont je parle sont combattus avec les armes de la science, avec le discernement et la régularité nécessaires; lorsqu'un progrès sert de base à un autre progrès, comme les moellons d'une maison qu'on édifie ; lorsque chaque pas qu'on fait en avant n'est que la conséquence parfaitement rationnelle du pas qu'on vient de faire, l'étude du méca-

nisme vocal peut arriver promptement à des résultats qui mettent le chanteur en état d'exécuter tout ce qu'on peut écrire pour son genre de voix.

Une erreur autrefois très-répandue dans les masses et encore très-florissante parmi les professeurs ignorants qui infestent la capitale,, c'est que les voix fortes, et particulièrement les basses-tailles, ne peuvent arriver à faire le trait. La musique italienne , en se naturalisant en France, a fait justice de .ces opinions erronées. Il suffit pour se rendre compte de l'état exact de la question, de faire un raisonnement analogique dont tous les esprits droits sont susceptibles, lors même qu'ils ne seraient pas secondés par les notions musicales inutiles dans l'espèce. Il est évident que les difficultés exécutées par les chanteurs italiens sur tous les théâtres de ce pays, peuvent être tout aussi bien vaincues par des chanteurs français; car le beau ciel de l'Italie , qui sans doute ne gâte rien aux dispositions de la voix, n'est pas du tout une condition de première nécessité pour le chant. Mais comme tout le monde ne sent pas l'opportunité du moindre raisonnement quelconque sur cette donnée, et qu'il existe en France, malgré tout le zèle des amis de l'art, une assez grande différence en matière vocal, il arrive que l'incapacité des maîtres, soutenue par un admirable charlatanisme, spécule avec succès sur l'ignorance des familles. Le professeur, chargé de l'éducation d'une voix puissante , lui apprend loyalement ce que les Italiens appellent le hurlo francese. Mais quant à la grâce, quant à la souplesse et à l'agilité (qui, pour n'être que les mérites secondaires de la voix, n'en sont

pas moins d'une utilité indispensable), il n'y faut pas songer. Si vous en parlez au sujet lui-même , il vous répond, en se rengorgeant dans sa cravate, que les voix aussi fortes que la sienne dédaignent de semblables effets; ou si, par hasard, il a de la modestie, ce qui est beaucoup plus chanoeux, il vous apprend que les organes, doués d'une certaine énergie ne peuvent se plier à de semblables études.

Cette erreur, comme nous l'avons dit, commence à perdre son influence. Il convient d'en faire ici une justice sommaire et de poser en principe que toutes les voix, les plus rudes comme les plus molles, sont susceptibles d'obtenir plus ou moins promptement tous les avantages de l'agilité la plus complète.

Quant au plus ou moins de temps nécessaire pour cette étude, ceci fait une question tout aussi importante que la première, et sa solution est de la plus haute importance pour le progrès de l'art, en général, pour les familles dont on exploite indignement les ressources, pour les sujets qui perdent dans des études pans fruit un temps et des moyens qui sont également précieux.

Certes le chant, je le sais aussi bien que personne, est un art qui vit d'inspiration, qui s'élève jusqu'à la hauteur du génie, et dont les limites n'existe nulle part, quoiqu'il repose sur des données positives. Un chanteur apprend toute sa vie, même lorsqu'il est arrivé à'I'époque où sa voix lui fait défaut. Mais il est de la dernière nécessité d'établir une distinction entre les études esthétiques du chant, qui consistent dans l'exercice du goût, dans la recherche de tous les grands

effets de la vocale, et les études préliminaires qui mettent le chanteur en état de commencer les véritables travaux de son art.

Il faut bien nous entendre ici sur la signilication des mots. Ce n'est pas, selon moi, savoir chanter que de savoir poser normalement un son parfaitement pur, et que d'être apte à exécuter toutes les difficultés d'une vocalise. Autant vaudrait dire qu'un homme qui sait correctement lire , écrire et orthographier , est un homme de lettres ; il possède en cela les connaissances préliminaires qui devraient être exigées pour le devenir, et voilà tout.

Les notions élémentaires que nous sommes en train d'analyser, manquent il est vrai à la plupart des chanteurs de nos jours, comme elles manquent également à un bon nombre de nos littérateurs . Ce défaut de première éducation est le secret de leur médiocrité, qui n'est pas toujours aussi honnête qu'il serait permis de le désirer.

Tout ceci posé, revenons à la durée du temps de ces études matérielles. Je suis en mesure de prouver par des exemples (que je produirai à quiconque voudra bien me les demander,) que quatre ou cinq mois de bon travail, c'est-à-dire d'un travail régulièrement dirigé, doivent suffire pour dompter les natures les plus rebelles et mettre toute espèce de voix en état d'exécuter les morceaux les plus difficiles; et il faut remarquer que je comprends dans ce laps de temps des études qui n'ont rien de commun avec le mécanisme proprement dit de la voix, telles que la prononciation et l'accentuation , qui mènent à l'expression avec laquelle il ne faut pas les confondre.

Ceci s'appellerait gâter la profession, en réduisant des sept huitièmes le temps qu'on est dans l'usage de donner à une éducation vocale, si je n'indiquais en même temps la difficulté d'arriver, sans de bons modèles, à devenir un artiste digne de ce titre. Mais, quoique l'élève ait besoin, pour se former complètement, des conseils de l'expérience, il n'en est pas moins vrai de dire que, dans l'état actuel de l'enseignement, on dépense ordinairement deux fois plus de temps qu'il n'en serait nécessaire pour obtenir les résultats que nous désirons , et encore ces résultats ne sont jamais qu'incomplets !

Ma pensée a besoin de développements.

J'ai dit que la voix pouvait acquérir les deux grandes qualités qui constituent le mécanisme (l'égalité et l'agilité), en exécutant, avec le plus de correction possible, les vocalises qui renferment des difficultés graduées, et qui pullulent dans le commerce de la musique , car il n'est guère de professeur, si médiocre qu'il soit, qui n'ait donné les siennes. Mais avec ce moyen, adopté généralement dans l'enseignement public et particulier du chant, les voix les plus heureusement douées ont besoin, pour obtenir un résultat purement secondaire, de plusieurs années d'études opiniâtres et fastidieuses. Celles qui rencontrent dans leurs défectuosités naturelles des obstacles qui les rendent plus rebelles à ce genre d'instruction, n'arrivent guère qu'au bout de cinq à six ans à un mécanisme convenable qui les préparent aux études du chant proprement dites. Et voilà justement ce qui fait le bénéfice de la profession ; car le maître auquel on donne un élève tout

neuf compte sur quatre années au moins de leçons, profitable pour lui d'abord, et pour le disciple autant que faire se peut.

Une statistique rigoureuse démontrerait que la plupart des élèves qui apprennent à chanter dans les familles avec des maîtres particuliers, sont, au bout de leurs longues études, de force à exécuter une romance en société, et qu'ils cessent ordinairement, de guerre lasse, les filles lorsqu'elles se marient, les hommes quand ils prennent un état. Pour tout dire, leurs amis sont trop heureux quand ils ne deviennent pas, dans les petites réunions de famille, les victimes innocentes de ces talents d'agrément si péniblement obtenus, si facilement délaissés.

Quant aux écoles publiques, nous en trouvons le produit dans nos théâtres, et encore ne voyons-nous que les coryphées, la crème de la vocale, les lauréats que l'établissement considère comme des perles, en comparaison des autres. Ces autres-là vont orner la scène de Quimper-Gorentin ou de Brives-la-Gaillarde, et former le goût des masses en servant de modèles aux chanteurs de la province.

Tels sont les chemins battus que suit une routine ignorante. Mais les artistes véritablement digne de ce titre, et qui connaissent les procédés réguliers que la science emploie pour combattre systématiquement les obstacles matériels de l'art, dédaignent de tels errements. Avant d'aborder les vocalises, qui sont des cantilènes moins les paroles, ils mettent leurs élèves en état d'en exécuter les difficultés; car il existe des principes au moyen desquels on parvient en peu de temps

Diqilizad by.Gûogle

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à faire toute espèce de traits. Ces principes que les Durante, les Porpora, les Cafarelli, les Grescentini nous ont transmis avec les additions qu'une profonde expérience y fait d'âge en âge, reposent sur des données tellement rationnelles et si faciles à comprendre, que je suis encore à me demander pourquoi ces savantes et précieuses règles, au lieu d'être le secret de quelques grands maîtres qui s'en sont servis pour eux-mêmes, sans donner à leurs élèves la clef de ce trésor de science, ne sont point devenues tellement populaires qu'eues puissent former la base universelle de l'enseignement du chant.

Je vais essayer d'en analyser les principaux caractères, et, quoique je sois privé du secours de la démonstration orale qui ajoute l'exemple au précepte, et qui en rend, par conséquent, l'intelligence plus facile, je suis certain de me faire comprendre à la lecture par les esprits les moins exercés et les moins familiers avec la matière que je traite.

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