LES GAMMES
Lorsque l'élève est parvenu à exécuter convenablement les quintes avec le degré de vitesse qui caractérise ordinairement le trait, on peut lui faire dire, dans le même mouvement, avec la même inspiration et sans s'arrêter sur l'octave, une gamme ascendante et descendante répétée deux fois. Il est inutile de faire remarquer que cet exercice doit être pratiqué dans
les mêmes conditions que le précédent : chaque note doit être liée avec la suivante, et ne s'en détacher que par la vigueur du martellement ; tous les sons doivent être égaux en volume, et l'octave seulement doit avoir un degré de force légèrement accentuée ; car elle forme le pivot sur lequel se dévide un chapelet de notes, et si elle ne présentait pas, quant à la vigueur, une légère saillie , elle paraîtrait quelquefois manquer de justesse. — U est bien entendu que ces gammes doivent être transposées dans diverses tonalités, comme les quintes, de manière à exercer toute l'étendue de la voix.
Ce serait une grande erreur de croire que les gammes ascendantes et les gammes descendantes, exécutées isolément , peuvent être étudiées d'après le même principe. La règle d'après laquelle on parvient à faire correctement une gamme ascendante, n'a rien de commun avec les moyens qu'on emploie pour faire entendre une gamme descendante bien régulière, et ces deux préceptes ne dérivent nullement de ceux que j'ai posés pour l'exécution de la gamme ascendante et descendante en une seule inspiration. Ces trois exercices sont parfaitement distincts les uns des autres.
Pour faire une gamme ascendante, il faut enfler le son progressivement jusqu'à la quatrième note inclu- . sivement ; on peut ensuite le maintenir ou le diminuer suivant le caractère qu'on veut donner au trait. Ce crescendo facilite si promptement l'exécution de cet exercice, qu'une seule séance suffit ordinairement pour le mettre dans la voix de l'élève.
La gamme descendante doit tomber d'elle-même avec un léger martellement qui fasse sauter, en quel-
que sorte , chaque note sur la suivante. Il n'est pas question ici d'énergie , mais d'une attention parfaitetement lucide; et, quant au principe de cette gamme, le voici : la note supérieure doit avoir une durée au moins double des autres , et c'est la seconde qu'il faut attaquer avec autant de précision qu'il sera possible d'en apporter; autrement, le demi-ton qui la sépare de la première ne s'exécutera jamais avec la correction nécessaire. Si cette seconde est indiquée de manière à ce que l'oreille puisse convenablement en apprécier la justesse et la netteté, la gamme est réussie d'avance ; sinon les notes se mêlent ou le martellement ne se fait pas sentir ; le trait est manqué.