LES GRUPETTI
Les divers ornements qu'on place dans le chant, et qui caractérisent le trait ou la roulade, dérivent les uns des autres; ils sont à peu près tous composés de quintes ou de gammes ascendantes et descendantes ; il en est cependant quelques-uns qui sont d'une portée toute différente : tels que le grupetto et le trille.
Une foule de chanteurs (et des plus distingués) se passent fort bien du trille, par la seule raison qu'ils ne savent pas le faire, et qu'ils s'imaginent que cet ornement précieux est un avantage naturel qu'on ne peut acquérir qu'imparfaitement avec l'étude. Je démontrerai plus loin la fausseté de cette opinion si généralement répandue.
Le grupetto est d'une utilité tout à fait indispensable; on l'emploie à chaque instant, dans le chant large comme dans la musique légère ; il est de première
nécessité, et c'est, en outre, à sa bonne exécution naturelle qu'on peut reconnaître si un élève a de la facilité dans la voix. Cette circonstance, du reste, est à peu près indifférente ; car il faut apporter autant de soins à réprimer la vélocité de la voix qu'à lui donner l'agilité dont elle a besoin pour faire le trait. Le grupetto doit être l'objet d'études sérieuses et progressives, quant à la vitesse de l'exécution. Cet ornement se forme en ajoutant à la note sur laquelle ont veut le faire une seconde naturelle, on revient ensuite sur la note principale, puis l'on prend une septième diminuée, et on retourne à la base du grupetto. Le principe de ce petit trait est toujours le martellement énergique, régulier, correct, et, dans les chapitres précédents, j'ai suffisamment indiqué comment on l'obtient. Il faut que chaque note du grupetto soit exécutée avec une netteté parfaite, et cependant il est nécessaire qu'elle soit liée aux autres par une expiration vigoureuse, de manière à éviter le chevrottement.
Le grupetto doit être étudié longtemps, dans un mouvement assez lent pour permettre au professeur, ainsi qu'à l'élève, de distinguer la fermeté du martellement ; puis, quand l'exécution est arrivée à la correction la plus complète, il faut passer à un mouvement de plus en plus vif, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à la vitesse qui caractérise ordinairement ce genre d'ornement.
Il est bon de faire remarquer que cette étude doit être faite à pleine voix, et qu'il faut lier ensemble dans la même expiration, autant de grupetti que l'haleine en pourra fournir avec l'énergie voulue pour leur exécution.
Enfin, lorsque l'élève pourra faire entendre cette suite de grupetti avec toute la vitesse et la netteté désirables, on pourra l'exercer à les chanter à demi-voix, d'abord en les liant ensemble, puis isolément, en ajoutant à chaque grupetto une note prise à des distances graduelles , soit en montant , soit en descendant.