INTRODUCTION
En musique comme dans toute autre science, ce qui importe avant tout, c'est de s'entendre sur les mots et de définir d'une manière positive les prolégomènes. Chaque maître a ses idées sur la signification des termes qu'il emploie ; ceux de méthode, de vocalises, de registres, par exemple, sont loin d'exprimer les mêmes pensées chez tous les membres du corps enseignant. Je n'ai pas la prétention de taire adopter les miennes par l'universalité des chanteurs; mais il est bon qu'on sache ce que j'entends par les mots fondamentaux dont j'aurai à me servir dans cet ouvrage.
Une méthode, en général, est (suivant le dictionnaire de l'Académie ) une série de règles pour bien faire ce qu'on fait. Il s'ensuit naturellement que toutes les méthodes, pour atteindre le but de la science, doivent apprendre, le plus vite et le mieux possible, à vaincre les difficultés que présente l'étude d'un art.
Or, d'après les considérations que j'ai déduites dans ma Physiologie du chant, les maîtres qui tiennent à conserver longtemps leurs élèves, ne doivent pas définir le mot méthode de la môme manière que moi.
Selon eux, une méthode est tout bonnement un gros cahier contenant un recueil de vocalises d'une
difficulté plus ou moins graduée, composées par un harmoniste de quelque distinction. Ce recueil c'est la loi des prophètes, Yalpha et Yoméga du chant. Il ne s'agit plus que de dire, les unes après les autres, toutes ces vocalises pour devenir un bon chanteur; c'est l'affaire de trois ou quatre ans, selon les dispositions du sujet; car le savoir du maître ne fait jamais l'ombre d'un doute.
Les vocalises, à proprement parler (toujours suivant ! \ moi), sont des cantilènes ; elles exercent la voix comme tout ce qui se chante. L'élève y rencontre des difficultés, des gammes ascendantes ou descendantes, par exemple; il les fait mal, le maître fronce le sourcil; si c'est un bon maître, il s'impatiente et gronde ; l'élève promet de mieux faire une autre fois, et le brave homme de professeur s'adoucit en vue du cachet; mais il ne lui vient jamais à l'esprit d'apprendre à l'élève comment on arrive à faire le passage qu'il a manqué, et ceci par la raison la plus simple du monde, c'est qu'il n'en sait rien lui-même. J'ai là-dessus des données positives, et je garantis que les trois quarts et demi des bons maîtres en sont là.
Il est vrai de dire que l'habitude des vocalises tient lieu, à la longue, de toute autre instruction à l'élève; car l'organe phonique a ses instincts comme tous les autres organes de la substance humaine : il s'engrène dans un cercle d'exercices qu'il accomplit machinalement, il ne lui faut que du temps pour cela. Les vocalises sont de bonnes choses en ce qu'elles donnent, tôt ou tard, la science du mécanisme vocal; mais on conviendra qu'un procédé (une méthode) qui ensei-
gnerait cette science en peu de leçons, vaudrait mieux encore. Ce procédé existe, il n'est pas nouveau, ce n'est pas moi qui en suis l'inventeur, et personne ne l'a inventé. Il s'est trouvé depuis bien longtemps des esprits droits et observateurs qui ont analysé attentivement les efforts de l'homme et la résistance de l'organe, et qui ont découvert, chacun, quelques moyens d'abréger le travail et d'en rendre les résultats immanquables. Malheureusement, les musiciens n'ont jamais été de grands écrivains ; la science du chant ne s'est point enrichie, comme la plupart des autres sciences, par les observations de tous les maîtres qui se sont succédé; et, sans les traditions qui se sont religieusement transmises de virtuose à virtuose, les règles de cet art, dont les données sont si versatiles, ne reposeraient que sur des conjectures plus ou moins plausibles et bien fondées; mais le procédé dont je parle, quoique simple et naturel, est peu répandu. Une chose presque incroyable et cependant positive, avérée, c'est que nos grands maîtres d'aujourd'hui, Bordogni, Ponchard, madame Damoreau, etc., le connaissent, puisqu'ils l'ont employé pour apprendre leur art, mais ils t ont oublié. Le fleuve dédaigne son humble source et ne revient jamais à son point de départ; l'homme est, comme lui, essentiellement oublieux de son origine, et le talent est comme tous deux. Ces illustres professeurs font des élèves déjà rompus aux premières difficultés, aux difficultés matérielles du chant; ils perfectionnent le goût, car, en effet, ils en ont à revendre ; mais leurs observations s'adressent à l'homme bien plus qu'à la voix.
Mes théories , sans reculer devant ces leçons transcendantes du haut enseignement, sont plus élémentaires. Elles offriront l'énoncé des traditions précieuses qui posent des règles à un mécanisme vocal, d'après lequel on s'exerce à surmonter les difficultés • que présentent toutes les vocalises du monde, hors les difficultés du goût, qui est en effet le seul élément fondamental de la vocalise.
J'ai vu beaucoup de méthodes, j'ai attentivement examiné toutes celles des maîtres modernes, je n'en connais pas une seule qui soit bonne, c'est-à-dire qui puisse remplir le but que se propose un élève quand il commence à chanter. Plusieurs d'entr 'elles, cependant, contiennent d'excellentes vocalises auxquelles il ne manque que la parole pour devenir des romances en vogue, de jolies cavatines et des rondos fort agréables. D'autres méthodes, plus sérieusement élaborées, renferment des exercices fort utiles, à les considérer sous le point de vue du solfège : on y trouve des études qui familiarisent l'élève avec des intonations supposées difficiles (quoique, suivant moi, les oreilles bien organisées n'en connaissent point); on y rencontre des grupctti, des trilles, des fioriture de toute espèce, mais je ne vois nulle part la moindre indication écrite des moyens qu'on peut employer pour exécuter convenablement tout cela. Ces indications, pense le faiseur de méthode (quand il pense), sont l'affaire du professeur. C'est fort bien, assurément, lorsque le professeur connaît ces moyens par les traditions dont j'ai parlé; mais s'il ne les connaît pas (et il les connaît rarement ), dans quelle méthode voulez-vous qu'il les
trouve, puisque toutes ont compté sur le talent du professeur pour remplir cette lacune ?
Afin de sortir de ce cercle vicieux, j'ai pensé qu'un traité sur le chant, élaboré en sens inverse de toutes les méthodes, comblerait un abîme. J'ai pensé qu'au lieu de composer une nouvelle série de vocalises dont l'enseignement du chant n'a que faire, je lui rendrais un meilleur service en formulant, dans des explications claires, concises et dégagées, autant que possible, des termes techniques dont l'interprétation est parfois difficile, les traditions qui nous viennent de l'Italie et que l'Italie elle-même n'a que trop oubliées aujourd'hui. Je déduirai les règles d'après lesquelles on peut, en six mois de leçons consciencieuses, faire sortir la voix d'un élève, la poser, la purifier et l'as- # souplir, c'est-à-dire la rendre apte à toute espèce de traits que les Français appellent roulades.
En ceci je me garderai bien d'imiter les savants qui font une astronomie des dames pour l'intelligence de laquelle il est indispensable de connaître un peu d'algèbre, ou bien la physique des enfants, bonne pour l'intelligence des élèves de l'École polytechnique, ou bien encore la musique mise à la portée des gens du monde (qui savent la musique). Mes enseignements s'adressent aussi bien aux professeurs qu'aux élèves, et cependant ces théories sont si simples, elles reposent si complètement sur l'observation de la nature, qu'elles pourront être comprises lacilement par toutes les intelligences susceptibles de la moindre attention.
Du reste, les doctrines dont je présente ici la rédac-
tion patiemment et succinctement élaborée ne sont point, on doit s'y attendre, un de ces ouvrages" spéculatifs écrits au courant de la plume pour servir, comme tant d'autres dissertations polémiques , de pâture éphémère à ce besoin de nouveauté qui travaille le monde artistique. Mon œuvre a un but plus relevé : plusieurs fois, dans mes précédentes publications, je l'ai fait entrevoir avec la réserve que m'imposaient une modestie sincère, une bienveillance à toute épreuve et mon éloignement de toute critique personnelle. Mais il est temps de dire le fond de ma pensée, d'arborer mes couleurs, et de répondre, une fois pour toutes, aux objections des charitables amis qui me jettent des bâtons dans les jambes afin de faciliter ma marche.
Le but de l'art est un, mais ses moyens sont multiples et ces moyens sont affiliés à plusieurs sciences. Crescentini, ce patriarche du chant, celui de tous les artistes qui avait le mieux étudié la nature, celui de tous les professeurs qui avait amassé le plus précieux trésor de traditions sainement coordonnées, ingénieusement commentées et expliquées, l'illustre Crescentini a vécu avec le regret de n'être point initié aux sciences naturelles qui pouvaient lui faire connaître et analyser les causes dont le résultat seul arrivait à son intelligence; il a emporté dans sa retraite le chagrin de n'être point assez familiarisé avec le travail de la plume pour écrire l'histoire de l'art dont il connaissait à fond tous les mystères. Une fois retiré du monde, ce phare qui répandait de si vives lumières s'est éteint pour jamais, et n'a laissé dans l'enseignement que les
reflets de la clarté qui le vivifiait. Ses vocalises seules sont restées comme un mythe que chacun explique maintenant à sa guise, en les exécutant de manière à troubler l'éternel repos du grand maître.
Je supplie mes amis et mes ennemis de ne point supposer que je puisse avoir le ridicule amour-propre de marcher sur les brisées de ce demi -dieu du chant, en faisant ce qu'il a tant regretté de ne pouvoir entreprendre. Les hommes comme Crescentini sont rares , parce qu'il réunissait deux données, la pratique et la
théorie, c'est-à-dire, l'action et le savoir, et, comme ♦
conséquence de la première, une renommée colossale qui donnait à ses enseignements une indispensable autorité.
Ce levier si puissant manque à mes efforts, car si je puis parler ex professo comme chanteur et comme ayant occupé, avec les notabilités de l'époque, le premier rang dans les deux premiers corps de musique en France (la Chapelle et la Musique particulière du roi ), ma retraite prématurée et mon invincible éloignement du théâtre, qui seul pouvait me donner la popularité, priveront, jusqu'à un certain point et pour un certain temps, mes travaux de l'appui qui aurait été si utile à ceux d'un théoricien qui cherche à ressusciter les grands principes de l'art et les saines doctrines du chant.
Lorsque, jeune encore, altéré de cette instruction dont les bases me paraissaient incomplètes, parce que j'étais arrivé dans les arts avec le bagage littéraire d'un membre de l'Université et que le dogme sans la cause me paraissait insuffisant, je cherchais les
motifs ignorés de mes professeurs eux-mêmes, j'acquis peu à peu la conviction que je vais déduire.
L'art de l'enseignement vocal consiste en principes traditionnels disséminés en Italie, peu connus, ou pour mieux dire méconnus en France. Il fallait, suivant moi, qu'un chanteur possédant l'érudition mystérieuse des bibliophiles et assez linguiste pour mettre à profit ses recherches, fouillât courageusement dans la poudre des premières époques artistiques pour en exhumer les idées des anciens maîtres, les analyser, les comparer, les classer par ordre d'enseignement et de progrès. Il fallait que ce chanteur, une fois nanti du faisceau complet des traditions en quelque sorte notées, et par conséquent hiéroglyphiques, fût assez intelligent pour en déduire clairement les instructions qui en découlent, et fût assez adroit écrivain pour formuler nettement avec sa plume les doctrines qu'on n'a développées jusqu'à présent qu'avec les secours réunis de la parole et de l'organe phonique. Il fallait que ce bibliophile, cet érudit, ce chanteur, cet écrivain, devînt, par le secours de l'anatomie, un physiologiste assez exercé pour chercher, expliquer et rendre intelligibles à des musiciens, les causes premières de la voix et tous les principes physiques sur lesquels reposent les effets produits par le fonctionnement merveilleux de l'appareil vocal. Puis il fallait enfin, pour couronner tous ces travaux, que le théoricien disposât ses matériaux de manière à présenter ses idées dans une suite qui rendit, en quelque sorte, palpable cet enchaînement du connu à l'inconnu, et marchât dans la carrière de l'enseignement de manière
à ce que chacun de ses pas fût la conséquence nécessaire et dûment démontrée du pas précédent.
Cet homme, je ne dirai pas que je le suis , mais j'ai voulu l'être. Avant de me produire comme chanteur, j'étais linguiste; je m'efforçai de devenir littérateur, et le public a jugé mes modestes mais très-nombreuses productions; enfin j'ai, pendant quinze années d'un travail opiniâtre et fervent, étudié sur la nature ellemême, et le scapel à la main, les organes qui concourent à la phonation. J'ai consulté tous les physiologistes, depuis l'immortel Cuvier, qui a bien voulu guider mes premiers pas dans cette carrière ardue, jusqu'au dernier de ceux qui ont écrit sur la matière dont je m'occupe.
Lorsque dans mes premières publications j'ai présenté, un peu trop succinctement peut-être, une partie des traditions éparses dans la mémoire des anciens maîtres, héritage précieux et sacré de toutes les gloires qui ont illustré l'art depuis le treizième siècle, je me flattais que toutes les intelligences de bonne foi , qui gravitent dans les sommités de la science, se réuniraient à moi pour consolider un édifice qui intéresse l'avenir de la vocale, dont les données ne reposent aujourd'hui que sur le mérite de deux ou trois artistes en vogue. J'ai eu le bonheur, en effet, d'obtenir leurs encouragements et leur approbation. Mais le servum pecus de la routine et les myopes de l'art ne m'ont point épargné les objections d'une polémique acharnée. Les lumières que j'essayais de répandre avec le plus complet désintéressement sur le chaos de l'enseignement actuel ont blessé bien des yeux qui cherchent
les ténèbres , et dont l'ignorance établit de coupables spéculations sur d'autres ignorances. Tous les professeurs de guittare, de piano, de violon et de solfège qui se sont effrontément posés en maîtres de chant, sans savoir le premier mot du métier, et par la seule raison qu'ils sont d'habiles musiciens, attaquent à qui mieux mieux mes théories; ils déchirent à belles dents l'œuvre que j'ai méditée pendant quinze années, et qui est le résultat, le résumé , le testament d'une vie d'artiste consacrée toute entière aux études pratiques de l'art, aux recherches des effets et des causes, à l'examen comparatif du présent et du passé.
Ces messieurs-là se demandent, ils font mieux, ils me demandent qui je suis pour oser régenter ce que j'appelle, moi, la science du professorat, et ce qu'ils appellent, eux, le professorat de la science. Les uns (ce sont les ignorants, c'est-à- dire la majorité) avouent, avec une pédantesque humilité, qu'ils ne comprennent rien aux principes que je pose ; les autres , oubliant que je me suis fait simplement l'interprète des traditions orales, déclarent que ma méthode n'est guère plus nouvelle que le Pont-Neuf. Sur ce point, ils ont parfaitement raison, et cette accusation, qui ne m'atteint pas, tombe d'aplomb sur la vaniteuse inexpérience de ceux qui regardent mes préceptes comme les billevesées d'un littérateur qui s'avise de parler musique.
Comme ces deux genres d'oppositions , toutes maladroites qu'elles sont, pourraient ébranler jusqu'à un certain point le jugement des moutons de Panurge qui composent en grande partie, sinon le corps ensei-
gnant, du moins le corps enseigné, je dois aux lecteurs qui voudront bien m'accorder leur attention une explication que je regarde comme indispensable. Je veux achever de leur soumettre mes titres à leur confiance, et leur indiquer les sources auxquelles j'ai puisé graduellement les instructions que je voudrais aujourd'hui rendre populaires.
Quoique mon éducation ait été toute littéraire , je n'en ai pas moins suivi, pendant deux ans, les cours du Conservatoire, dans lequel j'avais été admis par suite de ma nomination en qualité de récitant (bassetaille, solo) à la Chapelle et à la Musique particulière du roi Charles X. On me mit dans la classe de Plantade, qui était mon maître de chapelle et mon ami. C'était , comme on le disait même dans ce temps-là, un professeur de l'ancienne roche. 11 n'avait que des idées assez vagues sur le mécanisme du chant, c'està-dire sur la partie matérielle de l'art, parce que son affaire était de perfectionner, et non de donner l'instruction première ; mais il avait un goût sûr, un charmant esprit, il soignait à merveille la partie déclamatoire de la vocale, et il possédait à fond toutes les bonnes traditions de l'art français.
Avant de travailler avec ce théoricien réellement distingué, et dont l'entretien était plus instructif encore que les leçons, j'avais fait, pendant ma vie d'amateur, des études assez décousues , mais qui n'avaient pas été sans fruit pour moi. Ma voix avait été posée et travaillée par un maître fort obscur, un pauvre Italien, qui essaya, sans le moindre succès, d'établir une école de chant à Metz. Cet homme était
un élève de Crescentini, dont il avait été le domestique, je crois, et qui en avait reçu, comme gage d amitié, les vrais principes du mécanisme. C'est à lui que j'ai dù ces précieux enseignements; je ne les ai perfectionnés que plus tard, parce que je n'ai compris que peu à peu, et longtemps après l'avoir perdu de vue,
les préceptes qu'il m'expliquait en français corrompu, ou en patois vénitien, d'une manière très-défectueuse. Pendant un séjour de quatre mois que je fis à Paris, en 1821, je pris simultanément des leçons de Garât et de Lays, qui me développèrent leur système plein de grandeur et de simplicité. Je trouvai ensuite dans un excellent amateur de Metz (M. de Soleirol) des conseils qui m'initièrent à tous les secrets de l'art, et dont j'avais fait mon profit, de telle sorte qu'en arrivant à Paris, MM. les premiers gentilshommes de la chambre, qui m'offrirent l'honorable emploi que je n'avais pas sollicité , avaient regardé mon éducation comme terminée.
J'étais loin d'être de leur avis. En écoutant les grands artistes qui régnaient alors sur la scène italienne : Pellegrini , Garcia, Lavasseur et Bordogni, je mesurai toute la longueur du chemin qui me restait à parcourir. J'eus le bonheur de vivre dans leur intimité, et je recueillis à ces sources pures les enseignements dont j'étais avide. L'illustre Paër, que j'ai toujours considéré comme le premier maître de chant du monde, et qui m'accordait une affection toute paternelle, m'instruisit à coordonner entre eux des principes que j'avais crus d'abord émanés d'écoles différentes et opposées ; il me signala les errements que je
(levais suivre pour ne point m'égarer, et me mit en garde contre les séductions des doctrines qui sacrifiaient, dans ce temps-là comme à présent, aux fausses divinités de l'art.
Enfin, le célèbre Lesueur, le Michel-Ange de la musique, dont l'instruction était aussi profonde que son génie était élevé , ouvrit à mes travaux une mine féconde, en me facilitant des recherches que son immense érudition lui rendait familières. C'est à lui que je dus la connaissance et l'appréciation de tout ce que les vieux maîtres avaient laissé de préceptes sur notre art.
Voilà (sans parler d'un cours d'anatomie pratique au point de vue de l'appareil vocal) quelles ont été mes principales études. Pendant dix ans je les ai mises en pratique tous les jours de ma vie, en chantant à la Chapelle, dans les concerts de la Cour et dans les soirées musicales, avec les plus illustres artistes des trois théâtres. En quittant, jeune encore, une carrière qui ne pouvait plus m'offrir, après la destruction de la musique royale, une existence convenable, puisque je m'étais interdit le théâtre, il était naturel de penser que je consacrerais un jour ma plume aux intérêts d'un art qui m'a été et qui me sera toujours si cher. Je remplis aujourd'hui consciencieusement la mission que je me suis imposée, et qui a obtenu les illustres suffrages sur lesquels je fonde le succès de mes doctrines.
Donc, si MM. les professeurs de piano qui montrent à chanter, ne comprennent pas mon langage, je crois, modestie à part, qu'il faut en conclure que c'est tout
bonnement un effet de leur ignorance. Si de vrais . chanteurs regardent comme une plaisanterie l'assertion que j'ai avancée, que je soutiens et dont je puis prouver la vérité, à savoir : qu'il ne faut que six ou huit mois d'études bien dirigées pour obtenir un excellent mécanisme vocal, considérons l'intérêt direct que ces messieurs ont à nier un fait parfaitement acquis à la science , et ne nous étonnons pas de leur dénégation.
J'ai entrepris d'être utile à l'enseignement en abrégeant les études préliminaires par le moyen d'une direction plus simple et plus rationnelle; en indiquant la ligne droite qui mène au succès, j'ai voulu signaler aux familles l'adroit charlatanisme des gagneurs d'argent qui, sans vocation, sans études préparatoires , sans la moindre connaissance personnelle des difficultés de la vocale , s'improvisent maîtres de chant. Le public jugera entre l'artiste désintéressé qui stigmatise une classe de spéculateurs dangereux pour l'art, en déduisant des principes dont tous les esprits droits peuvent reconnaître la justesse , et lesdits spéculateurs , qui ne font qu'accomplir une loi de la nature, en défendant de leur mieux l'industrie qui les fait vivre.