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ORGANES SUPÉRIEURS DE L'APPAREIL VOCAL

L'examen de la bouche serait trop long si je voulais la considérer sous un autre rapport que celui de l'articulation des sons, qui a lieu par le ministère des divers organes qu'elle contient. Cet examen se bornera, 4° à celui des fosses nasales, qui jouent un si grand rôle

dans le retentissement et la qualité de la voix ; 2° à celui du voile palatin que la plupart des chanteurs confondent avec la membrane qui recouvre la partie externe du plancher des fosses nasales; 3° des amygdales, dont les fonctions n'ont été complètement étudiées par aucun des physiologistes qui ont écrit sur la voix ; 4.° de la langue, dont les diverses positions dans l'articulation des lettres et des syllabes me fournira des considérations qui feront suite à la scène du Bourgeois gentilhomme, mais dont le fonctionnement sera examiné dans un autre article ; 5° enfin de la salive qui donne au son le vernis et le brillante qui lui sont indispensables. L'examen de toutes ces parties ne formera qu'un chapitre auquel j'ajouterai plus tard, comme complément nécessaire, de courtes explications sur l'organe de l'ouïe.

Dans un traité de splanchnologie (1) la description des fosses nasales serait comprise dans celle du nez dont elles forment une portion intégrale ; mais leur position mitoyenne avec cet organe et la bouche les place naturellement dans le cadre de mon travail.

Les fosses nasales forment deux cavités situées sous la base du crâne, au-dessus de la bouche, devant le pharynx et derrière le nez ; elles sont séparées l'une de l'autre par une cloison osseuse et cartilagineuse ; chacune d'elles présente une voûte, un plancher et deux ouvertures, l'une antérieure, l'autre postérieure; les fosses nasales sont tapissées par une membrane

(1) La splanchnologie est la partic.de l'anatomie qui traite des viscères et des organes.

muqueuse qu'on nomme pituitaire, à cause de la mucosité dont elle est toujours enduite.

Je n'ai rien à dire de la voûte des fosses nasales et de ses trois parties, dont la description n'est point nécessaire ici. 11 n'en sera pas de même du plancher, qui est la portion la plus large de cet organe. C'est une sorte de large gouttière qui s'étend horizontalement de devant en arrière ; la paroi interne est verticale et parfaitement lisse, la paroi externe est oblique de haut en bas et de dedans en dehors, et sa partie supérieure est conséquemment plus rapprochée de la cloison que la partie inférieure ; elle contient trois cornets et trois gouttières ou méats. L'ouverture antérieure des fosses nasales est placée à la base du nez ; leur ouverture postérieure communique au pharynx; elle est large, évasée et oblongue de haut en bas.

La face externe de la membrane pituitaire qui tapisse les fosses nasales et dont (pour le dire en passant) l'organisation n'est pas bien connue , est lisse et traversée par un grand nombre de follicules fournissant le mucus nasal qui la lubrifie sans cesse. Elle est plus épaisse, plus molle, plus pulpeuse et plus rouge à la partie postérieure des fosses que vers les narines. Les orifices de ces follicules s'ouvrent à la surface de la membrane, principalement sur le plancher, sur les côtés de la cloison et, en arrière, vers le pharynx.

C'est dans les fosses nasales qu'est placé le sens de l'odorat ; elles exercent encore d'autres fonctions dans l'économie animale. La moins importante, sous ce rapport, est leur influence sur la nature de la voix humaine ; mais pour ce qui concerne l'objet de mes

investigations, cette fonction se place en première ligne, quoique son action soit encore un mystère, ou tout au moins un point de controverse pour les savants. Je traiterai en son lieu cette question, dont l'examen exige une attention sérieuse et une expérience plus spéciale encore que celle des rhéteurs purement anatomistes.

Le voile palatin, espèce de valvule de figure quadrilatère, est une cloison mobile qui descend du bord postérieur de la voûte du palais jusqu'à la base de la langue ; elle sépare la cavité de la bouche de celle du pharynx. On y remarque deux faces : Tune postérieure, inclinée en haut; l'autre antérieure, inclinée en bas; cette direction est loin d'être invariable : les mouvements du voile peuvent la changer, au point que la face postérieure devienne la supérieure et réciproquement.

On considère aussi dans le voile palatin un bord supérieur qui est incliné en avant et lié au bord postérieur de la voûte osseuse du palais (1); deux bords latéraux qui continuent les côtes du pharynx, et un bord inférieur qui nécessite une description particulière. Cette partie est légèrement inclinée en arrière; elle flotte en liberté à sa partie moyenne par un prolongement de forme conique, appelé la luette, dont

(1) La voûle osseuse, du palais est couverte par une membrane qu'on nomme palatine et avec laquelle cette voûte est fortement unie. La membrane palatine est très- épaisse; elle se continue en avant avec les gensives, et en arrière avec celle qui couvre la face antérieure du voile du palais. Son tissu, rougeâtre et solide, reçoit un grand nombre de nerfs et de vaisseuux sanguius.

la grosseur et la longueur varient suivant les individus etTétat de leur santé (1).

Le bord inférieur du voile palatin présente aux regards une arcade que la luette partage en deux parties et dont les piliers sont doubles de chaque côté. Ces piliers, formés par la saillie de quelques faisceaux de fibres musculeuses, sont écartés en bas et se rapprochent en haut; c'est dans cet écartement que sont placées les glandes amygdales qui peuvent être considérées comme faisant partie du voile palatin.

Le nom de la glande amygdale, dont le tissu est celluleux, indique son analogie avec la figure dune amande couverte de son enveloppe ligneuse. Son volume, comme celui de la luette , est des plus variables; elle influe beaucoup sur la nature de la voix, à laquelle elle imprime un caractère guttural , lorsqu'il survient une modification à son état normal, ou quand son volume , naturellement plus considérable qu'il ne devrait l'être, envahit une partie de l'espace qui reste libre sur les côtés de l'isthme du gosier.

La glande amygdale est rougeâtre et oblongue de haut en bas ; elle est un peu plus grosse dans sa partie élevée , et elle adhère par sa face externe au muscle constricteur supérieur du larynx. Sa face interne, qui est libre, présente l'aspect que nous avons déjà décrit. Les ouvertures dont cette partie est criblée et dont quelques-unes sont plus considérables que les autres,

(1) La luette est sujette à se tuméfier et à s'allonger. Cet état d'engorgement contraint le sujet à exercer continuellement le mouvement de la déglutition.

sécrètent une humeur visqueuse qui lubrifie les parties voisines.

La langue est l'organe principal du goût; entre autres fonctions également importantes, elle sert d'instrument à la prononciation et à l'articulation ; c'est un corps mollasse et charnu qui remplit toute l'arcade alvéolaire de la mâchoire inférieure , et qui se prolonge en arrière jusqu'au milieu de la partie antérieure du pharynx. Sa base est unie à l'épiglotte et aux piliers antérieurs du voile du palais. La grandeur de la langue varie suivant les sujets; de l'exagération ou de l'amoindrissement de ses dimensions proviennent les défauts naturels de prononciation que nous examinerons en leur lieu.

Cet organe est composé en grande partie de fibres charnues, dont les unes sont la continuation des muscles provenant des parties voisines , et les autres forment les muscles intrinsèques de la langue. Des vaisseaux sanguins et lymphatiques complètent avec les nerfs son organisation.

La face supérieure de la langue est de forme aplatie ; elle est divisée en deux portions égales par une ligne superficielle appelée médiane. Cette ligne aboutit postérieurement, près de la base de la langue, à un trou assez profond qui reçoit les mucosités filtrées par les glandes voisines. Cette face supérieure est couverte d'un grand nombre de tubercules qu'on nomme papilles, et qui sont de trois sortes: boutonnées, lenticulaires et coniques.

La face inférieure est lisse ; elle est coupée à sa partie moyenne par un sillon longitudinal qui correspond

à la ligne médiane de la partie supérieure. Cette face s'unit dans sa partie postérieure à la paroi inférieure de la bouche , par un ligament qu'on nomme le frein ou le filet de la langue , et qui est la continuation de la membrane dont la paroi inférieure de la bouche est recouverte.

Les bords de la langue sont arrondis et lisses ; sa pointe est mince et de forme plus ou moins arrondie. Cet organe est recouvert d'une membrane dont la nature est la m£rne que celle de la peau. Elle présente une épiderme qui renferme, dans des sortes de gaines, toutes les papilles dont nous avons parlé , et qui leur est fortement unie. Le corps muqueux, qui est plus humecté qu'ailleurs et d'autant plus épais, se trouve immédiatement sous l'épiderme. Vers la base de la langue, et sous la membrane qui tapisse la face supérieure, on remarque un grand nombre de petites glandes, qui contiennent une liqueur salivaire propre à entretenir la souplesse et l'humidité (pie réclame cet organe.

La salive est une humeur limpide, légèrement visqueuse, et qui n'a ni odeur ni saveur. Elle est formée d'environ quatre parties d'eau et d'une partie d'albumine. L'humeur visqueuse est fournie par les glandes labiales, buccales, molaires, palalines et linguales qui la déversent par une quantité prodigieuse d'orifices , pour entretenir la bouche dans l'état de fraîcheur qui lui est nécessaire. Les glandes parotides maxillaires et sublinguales sécrètent une humeur plus coulante, plus ténue, plus abondante, qui parait destinée à imbiber les aliments pendant la mastication et à en faciliter la digestion.

Les physiologistes ne donnent pas d'autres usages à la salive ; mais les chanteurs (je parle de ceux qui joignent à des études anatomiques suffisantes, la connaissance approfondie de leur art) savent quelle est son utilité dans raccomplissement du phénomène phonique; je lui consacrerai une place importante dans mes considérations sur l'hygiène de la voix.

Ici se termine la description anatomique de l'appareil vocal, dont le fonctionnement va faire l'objet d'un travail beaucoup moins aride, qui cadrera mieux avec les habitudes et les connaissances de mes lecteurs. Comme je n'ai aucun motif pour ménager , dans ce traité consciencieux et désintéressé, les principes routiniers qui infestent l'enseignement, le charlatanisme des uns et l'ignorance pédantesque des autres, je dirai la vérité, je la dirai tout entière.

En formulant une bonne fois les traditions qu'on oublie tous les jours davantage, et qui n'ont rien de commun avec les prétendues méthodes des professeurs . d'harmonie , de piano et de violon qui enseignent à chanter, je démontrerai clairement la cause et le but de chaque prescription du système que je développerai. Dans le travail important que je vais soumettre au public, cette portion bien modeste est la seule que je revendique comme mienne ; mais elle doit suffire à l'ambition d'un homme qui aime l'art pour lui-même, et qui depuis longtemps a fait abstraction de ses propres facultés artistiques pour se vouer à l'examen silencieux et patient des monstrueux abus qui compromettent l'avenir de la vocale en France.

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