I.\ TI!i:(MllK PIÉllISC.ITAlItK .■H
campagne de presse et de réunions. TduIi' la machine administrative et toute la Maçonnerie marcheraient en faveur du « mauvais » candidat, c'cst-iidirc d'un homme qui ne serait peut-être pas entièrement lil)re à l'égard de la finance cosmopolite, ou i|iii, peut-être, au fond de son ;\me, penserait qu'il ne faut pas trop déplorer que la force française se décompose, si cela doit être utile ;\ 1' « humanité »... Des puissances d'argent, peuvent « entre[>renilre » l'élection présidentielle, organiser la presse dans ce dessein, etc.. Vous prétendez qu'on « n'achète pas dix millions d'électeurs ». Mais on peut payer les lonrnaMN, payer les meneurs habiles à duper et à corrompre les ignorants. Vous savez bien que, pour la « trituration de la matière électorale ■>, les braves gens ne sont pas de force. Ils seront parfaitement « roulés... »
Les plébiscitaires répondent :
— Nous ne le croyons nullement. La pression officielle et les divers genres de eorniplion ne peuvent guère s'exercer dans une plus large mesure ([u'elles n'oul fait (Ml 1002. Mais, cette fois, ce serait le peuple tout entier ([iii aurait à élire un seul homme. Et, par suite, s'il est vrai, comme nous le pensons, que la majorité du pays soit contre le «bloc», cette majorité réelle aurait enfin la possibilité de manifester sa force.
Si nous nous en tenons aux domn'i^s des élections de 1902, il y aurait ;
38 TIIEOUIKS IMILITlgL'ES
Pour les <i mauvais » candidats à la présidence, les ."] millions d'électeurs que reiii'éseiiteiil aujourd'hui les députés du « bloc » ;
Pour les « bons» candidats, les 'i millions ',M)(),UUU électeurs que représente la minorité actuelle de la Chamlire ; plus, un million environ d'anciens abstentionnistes (car les abstentionnistes habituels sont presque tous gens paisibles et modérés, et Ion peut compter qu'ils voteraient en cette occasion solennelle). Soit : 3 millions 000.000 électeurs.
Restent les 3 millions d'électeurs qui, en 1902, ont perdu leurs voix sur des candidats non élus. Nous sommes persuadés, par l'étude des statistiques, que deux millions de ceux-là voteraient bien : ce qui porterait à près de 0 millions le nombre des électeurs <[ui (au second tour, s'il y avait lieu) éliraient le « bon » candidat.
En somme, selon toute probabilité, o(J0. 000 électeurs voteraient pour quelque chef du socialisme ; .'5 millions pour quelque radical de marque, soutenu par le gouvernement et par les Loges ; et o ou (i millions pour X... personnage iKitioiml, que nous ne connaissons pas encore.
Un argument pour notre thèse, c'est la terreur que les jacobins ont du plébiscite.
Cette terreur date de loin. La constitution de 1793, nous l'avons vu, accorde au sufl'rage universel l'élection des députés, parce que, là, le gouvernement peut « faire » les élections. Mais elle enlève au peuple
\.\ ÏIIKOKIE PLÉBISCITAIRE :w
rt'Ii'Ctioii (lt> rKxécutif, parce que, là, le sulVinge universel redeviendrait lii^re, on ;i jxmi près.
On nous dit encore :
— Supposez que le [)i'ésiilent soit élu (au second tour) par cini| millions de suHrn^es, et que le plus heureux de ses concurrents en ait obtenu quatre millionscinq cent nulle. Le chef de l'Etat ne représentera même pas la moitié des électeurs inscrits ; et, d'autre part, ne sera-t-il pas sérieusement gêné par la popularité et la puissance du rival qui le serre de si près ?
Les ph'biscitaires répondent, j'imagine :
— D'abord, il n'est presque pas possible qu(! les voix se distribuent ainsi. Au second tour, les deux candidats, entre lesquels elles se partageront, seront nécessairement le candidat des radicaux et des socialistes et le candidat des républicains-patriotes et des conservateurs. Or, dans l'élat actuel du pays, le premier ne réunira pas plus de trois millions de suffrages. Et c'est bien pour cela, encore une fois, que les socialistes et les jacobins ne veulent pas entendre parler de plébiscite.
Nous convenons, d'ailleurs, que la loi de la majorité, c'est-à-dire de la moitié plus un des électeurs inscrits au premier tour, — et de la moitié plus un des électeurs votants au second tour, — satisfait mal la raison. Mais trouvez donc une autre règle ! —
ifl TMKdIilES l'Ol,lïlu|-F,s
Puis, (l;uis 1,1 ])rati(|ii(', cela s'ariMiigorait. I.i; chef élu devientlrail tout aussil('it <( l'Iioniineilela nalinn ". L'oflîco public dont il est chargé (ordre iiil(>ri('ur et défense) importe également aux citoyens de tous les partis. 11 ne tiendrait qu'à lui de se concilier, peu à peu, la plupart des électeurs mêmes qui auiaient voté pour son concurrent. — Enlin, il ne faut pas oublier que l'élection du président, faite dans un certain sens, entraînerait l'électiiui de la Chambre dans le même sens. L'élu de la majorité du peuple ne larderait pas, s'il savait s'y prendre, à devenir presque universellement jjopulaire.
Venons maintenant aux objections (pii visent les consé([uences du nouveau mode d'('leclion prt'sideiitielle.
Un préjugé assez répandu pose ces deux équati(uis : « Plébiscite =. empire = guerre étrangère ». On conviendra que, si nous montrons l'inexactitude de la première équation, nous n'aurons j)bis à discuter la seconde.
* • Donc, on nous dit :
— Le plébiscite mène au césarisme et à l'empire. L'expérienci! ena élé faite. Sachons proliter des leçons de l'histoire.
Les pîél)iscitaires r(''pondent, prenant l'offensive:
— C'est bien pluti'it le parlementarisme qui en-
LA TlIKOlili; l'LKniSClTAIItlC il
^ondri' nahirollcmnnt la (liclahire cosarieniic. C'est par (logo ùt (lu parlciiii'nlai'ismi' qui", ciilic IS '(8 cl 18."j|, le peuple s'éprit d'un nouv(>au C('ïsar. C'est par di-'goùtdu parleinentarisine que beaucoup de braves gens se rallièrent autour du général Boulanger. C'est par dégoût du parlementarisme ([uc, nujdurd Inii encore, ils rédui^ont toute leur poliliqiie à (('tic fornuile : « Il nous l'irut un sabre ".
Au resie, la dictalurc, nous l'avons (\v\h di'puis (■in([ ans. Le proc(''s de lu Ilante-Coiir l'ut un coup d'Etat. Coup d'iîtat parlementaire, la loi sur les afsociations, qui viole un des principaux articles de la DrcIdniHnii diw ili-nils, cette charte de la République. Dictature cyni(ine el méchante. Partout l'arbitraire, la délation, la persécution, la terreur sèche... .Nous subissons une basse oligarchie, (|ui ne r(>pr('sente que le quart environ des citoyens français. Et cette dictature parlementaire, anonyme et irresponsalile, est assurément la pire de toutes.
On reprend ;
— Mais, enlin,voiis ne [)Ouvez le nier, ce fut le plébiscite de IHiS, précurseur de ceuxde 1851 el de 18;):2, qui nous amena l'Empire.
Les plébiscitaires répondent :
— Vous citez un cas particulier, et Ton peut même dire unique. Xous ne voyons rien aujourd'hui (pii y ressemble. Le plébiscite de 184S a produit
.•ri THÉORIES l'OLlTIyLES
l'Empire quelques années après, parce que Louis- Napoléon était là, neveu de l'empereur et porteur d'un nom dont la magie éUiit alors toule-puissanle. Louis-Napoléon se servit du plébiscite comme d'un instrument entre beaucoup d'autres. A défaut dusuf- Irage universel, il eiil « travaillé ", et peut-être avec le niènn^ succès, Je suflVage restreint. Supposons qu'en LSi.S Louis-Xapoléon n'eût pas existé, c'est le général Cavaignac qui eut été' élu par le peuple, — ou Lamartine, ou Ledru-ltollin. Pensez-vous que celui-làfùt fatalement, iné'vilablement, devenu empereur?
On oublie, d'ailleurs, deux détails assez importants:
1" Louis-Xapoléon lit le coupd'Ktat du 2 décembre JS.'il, non pour S(> faire proclamer empereur, mais pour faireajouter à la Constitution » que le président serait rééligible ». Le 20 et le 21 décembre 18.il, le ])euple nomma Louis -Napoléon président rcéiujililf, mais non pas empereur.
2" Ce fut un décret du Sénat, un « sriialus-consiillc II, (jui, en novembre 18.")2, rétablit l'Empire. Le |)euple ratifia ce décret. 11 accepta le fait accompli. Mais ce ne fut pas le peuple lui-même qui nomma Louis-Napoléon empereur; ce fut le Parlement.
On réplicjue :
— Ces (Jislii)fjuo ne sont pas très si'rieux. Louis-