‹ Théories et impressionsChapitre 9 sur 49 · I.A TlIKOltlK IM-KlilSCITAlUr · texte numérisé non relu

I.A TlIKOltlK IM-KlilSCITAlUr

T.unc... Vous ciliez avec complaisance celte page (If liciiaii : « (La Révolution) commit de gaieté de co'ur l'erreur eai)ifale, qui est de déférer à la masse la ipiestion de la forme du gouvernement et le choix (lu souverain. L'enfant de dix ans, à qui on avait donné iMqirudi'inmenl les droits de la uiajorili', lit des siennes ; (juoi de surprenant à cela ? Un demandait de la raison à cette foule (jui, le même Jour, |>eiil se montrer dujie du plus grossier charlatanisme et sottement accueillanle pour toutes les calomnies, etc.. »

Lt cette foule qui, de voire proiirc aveu, est le [)lus souvent incapahle de bien choisir les représentants d'un arrondissement, vous lui conliez le soin d'élire le représentant et le chef du pays tout entier 1 Ne tombez-vous pas dans une contradiction grossière ?

Les plébiscitaires répondent :

— Ce n'est pas la même chose. Très sérieusement, le peuple entier est moins impropre à choisir le chef de l'Ltal que ne Test un arrondissement à choisir un député.

Dans les élections législatives, les électeurs soni aisément trompés. Us votent pour le candidat dont ils attendent le plus de faveurs et de profils, soit pour eux-mêmes, soit pour leur métier ou leur corporation. Ou bien encore, ils votent pour le candidat qui leui' fait les plus belles promesses, c'est-à-dire qui ment le plus; et ils volent sans comprendre

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comment ces promesses pourront bien rire n'Mlisées, ni si elles sont réalisables, et sans comprendre mrmc un seul mot de la phraséologie dont on les éblouit. Ils votent surtout avec leurs appétits, ou avec leurs liaiues et leurs préjugés, — et, très souvent, sans savoir ce qu'ils font.

Ils le sauraient beaucoup mieux, s'il leur fallait désigner le chef de l'Etat. Là, l'objet du vole est clair, précis, déterminé. Il sngil de choisir un homme qui détende les intérêts généraux et permanents de la luition ; qui s'occupe de trois choses: le lion ordre intérieur, la liberté de tout le monde, la sécurité nationale. Cela est certes plus facile à concevoir, au moins sommairement, que les théories de Karl Marx ou qu'un projet de réforme fiscale. Et, d'autre part, on voit tout de suite que l'ordre, la liberté, la sécurité sont nécessaires : mais il faut être très averti pour démêler, dans un système économique, le fort et le fail)le,"le possible etrinqiossil île, ci' qui vous sera avantageux et ce qui se tournera contre vous. — En outre, les électeurs sauront qu'ils n'ont personnellement rien à attendre du président: ils souhaiteront donc un candidat qui soit digne, ne pouvant en avoir un qui leur soit directement profitable.

Oui, nous croyons vraiment que l'élection d'un jirésident sera, en général, moins aveugle que l'élection d'un député, parce que, dans le premier cas on vote sur un objet réel et limité, mais, dans le second cas, on vote trop souvent sur des chimères.

LA TllI'.dlllK l'I.KlilSCITAlltli

On nous dit aussi :

— Le sulTrage universel aime les médiocrités. Il nommera nécessairement un homme médiocre.

Les plébiscitaires répondent :

— Cet homme médiocre lui-même, s'il était un brave homme, prendrait conscience de son devoir et de sa puissance, n'étant plus le valet des parlementaires. Mais il nous paraît certain que le suffrage universel n'élirait pas un homme médiocre.

Assurément les électeurs (en général) ne semblent pas tenir beaucoup à ce que leur député soit respiictable. Peu leur importe qu'il leur fasse honneur, pourvu qu'il leur promette ce qu'ils veulent, qu'il leur obtienne des faveurs et ((u'il fasse leurs commissions. Ils se doutent bien que le mandat de député, au point où ils l'ont eux-mêmes ravalé, ne demande aucun génie. Mais, s'il s'agissait de donner un chef à la nation, ils comprendraient spontanément qu'il y faut un homme de quelque étofl'e. Ils se sentiraient un peu déshonorés que la France fût représentée par un baladin, ou même par quelque avoué ou marchand de biens sans éclat. Au reste, et par la forre des ciioses, le peuple entier ne pourrait ciioisir le président que parmi des hommes univcrsrllcmenl connus, et connus pour des services publics, et, par conséquent, d'une popularité honorable.

:iti TIlKdUlICS POLITIQUES

(Notez que les caiitlidals lui .seraieiit heaiicoup moins élraiigers que tel <■ exoli(HU' » soiidainement débai-qué dans une circonscripUun, et qai s'y fait tout de même élire. Ceci, pour répondre à l'objection « Le peuple ne saurait pas juger les candidats à la présidence, puisqu'il ne les connaîtrait pas. »)

Il est certain qu'aucun des choix que nous devons depuis vingt ans aux iiarlcnientaires n'eût été l'ail parle peuple. Le peuple n'eût choisi ni Sadi Carnol, ni M. Casimir-Perrier, ni Kélix Faure (bon Français, mais peu connu au moment de son élection). On dit : Ki Ne vous excitez pas ! Le suffrage universel nommerait Loubet. » Je réponds, bien que je n'en croie rien : « Oui, peut-être, parce que M. Loubet est déjà là. » Mais, de lui-même, le peuple ne se fût pas avisé de Loubet. Le plus probable, c'est que, à supposer le régime plébiscitaire établi après 1871, le peuple eût nommé Thiers, à un autre moment Chanzy , puis Gambetta sans doute, et peut-être l'amiral Courbet... Les almanachs populaires et les images d'Epinal nous donneraient là-dessus d'assez encourageantes indications.

Ici, l'on nous dit :

— Fort bien ! Peut-être ne faudrait-il pas désespérer du bon sens du peuple, de .son instinct de conservation, s'il était laissé à lui-même. Mais il y auiail iiécessaireiuent une campagne pré])araloire,

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