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LE CENTENAIRE DE VICTOR HUGO

Toul soufllf, tout rayon, ou piopici' ou r;il:il, l'ait reluire et vil)r<T mon iime (le ciislal, Mon Ame aux mille voix que le Dieu que j'iidoie Met iU! centre de tout comme un écho sonore.

Ainsi parlc-t-il dans les Fiuiillrs d'Auloinnc, et Louis Veuillot, ([ui fut, en somme, un de ses plus grands admirateurs, le compare à une puissante cloche dont toutes les grandes ou grosses idées du siècle ont tirtila corde...

Et cela veut dire que Hugo appartient à tout le inonde.

Les royalistes l'aimeront pour les Vieniex (h; IVc- (Inn ou le Baplcme du duc de Bordeaux ; les bonapartistes, pour l'Ode à In rnlonne ou Mil liull crnl deux ; les républicains, pour les (.'htîlimnnls. Les catiioliques su souviennent du /{ef/ard jeté dans uitr miinsdide, de la Prière pour tous, de la figiu-r de l'évéque Mvriel dans les Mist'rahles. Aux socialistes et aux huuianitaires, il otTre Mélancholia et Plein Ciel ; aux stoïciens, les Malheureux ; ?i\i\ panthéistes, le Snlijre ; aux disciples de Zoroastrc, de Pythagore et de Platon, Ce que dit la Bouehe d'Ombre.

C'est pour nous tous une joie, une consolation, et, si je puis dire, une sécurité, que Victor Hugo ail tant changé ou, si vous aimez mieux, qu'il ait été divers à ce point. Car, n'est-ce pas ? lorsqu'il était royaliste, catholique el adorateur de Napoléon, il était déjà Hugo, c'est-à-dire un cerveau et une âme qu'on ne saurait mépriser. Sans doute, à ses sen-

iL's iMPi(i:ssioxs

liiiienls d'alors la vielit succéderd'autres «friliiiiciils qui oflusquorent les premiers. Mais enfin il ne ])cul pas y avoir plus de honte à senlir et à penser comme pensa et sentit Victor Hugo à trente ans qu'à penser comme pensa Hugo octogénaire.

Au reste, ses entiiousiasmes successifs n'ont rien glorifié de vil ou de médiocre. Qu'il ail été royaliste, impérialiste, républicain, socialiste humanitaire, cela veut dire (juc les idées (jui correspondent à ces mots avaient toutes de quoi émouvoir son génie épris de noblesse et de grandeur ; cela veut dire qu'il fut sensible tour à tour à la beauté de l'ordre et de la tradition, à la f:;loire militairi^ de la france, au rêve de la liberté, au rêve de la fr'ateruité universelle.

Nous ne ciiercherons pas à quel moment de sa vie Hugo fut plu.s près de la vérité. — Les uns diraient, je suppose : « C'est dans sa période de républicanisme mystique et d'humanitarisme visionnaire qu'il eut le plus de génie ; et c'est donc dans ce tempslà (ju'il eut raison. » Les autres répondraient par cet argument sentimental : « C'est dans sa période de croyances traditionnelles qu'il a eu le plus de vertu et de bonté. » Et, en effet, Hugo, à 23 ans, on le voit par sa correspondance, avait une âme charmante, ingénue, héroïque ; plus tard il l'eut moins belle, comme il arrive souvent, même à des gens i|ui n'ont pas de giMiie.

Débat bien inutile 1 Nous lisons dans la préface

LK C.ENTKNAIItF, PK VICTdH UVGl) 12!)

des flitijons d dc^ Omhirs : « Toiil poèlc vriitablo doit contenir la somme des idées de son temps. »

Hugo la contient, du moins la somme des idées les plus simples. Nous trouvons tous en lui quelques chose de notre pensée. Si donc nous étions intolérants les uns envers les autres, nous le serions envers Hugo lui-même.

Au surplus, ce n'est pas seulement par les intrépides contradictions de son œuvre, c'est par des exhortations directes qu'il a prêché la tolérance, c'est-à-dire le respect de la liberté et de la dignité des âmes, la charité intellectuelle. Au temps des Misrriihli'x, (lég;igé (k'iiuis longtemps de toute foi conlessionnelle, mais resté sensible à toutes les formes de l'héroïsme moral, il a compris, il a même glorifié pour son émouvante beauté, dans le chapitre sur le couvent de Picpus, le dogme essentiellement catholique delà réversibilité des mérites, ce collectivisme des âmes.

Mon second point : « Que l'ieuvre de Hugo enseigne le patriotisme », n'a pas même besoin de démonstration.

Ses songes humanitaires n'ont jamais tenu devant une douleur française : qu'on relise seulement VAnnéc terrible.

Ce fils d'un vieux soldat lorrain cl dune Vendéenne était de France par ses plus profondes racines. iNul

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poi''to n'est plus fmncais par la pureté et la propriété de son vocabulaire, ni par la sûreté de sa syntaxe, ni par la régularité de sa coinposition. Ses visions sont d'une prodigieuse abondance; mais il ne se laisse jamais submerger par elles : il les domine, il les fait saillir par des antithèses, ou il les aligne, comme des soldats, en rangs profonds ; il les dispose, il les gouverne, il les régente ; en somme, il applique à ces masses, si vastes qu'elles soient, le compas même de Boileau.

En outre, nul n'a mieux connu les mots de notre langue et nul n'en a Joui plus profondément.

Car le mot, qu'on le sache, est im rlrv \l\"ai\t... Tel mot est un sourire et tel autre un regard... Ilèvenrs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux, Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous :

Les mots sont les passants mystérieux de rame.

Or, les passants mystérieux de l'àme de Hugo n'étaient que des mots de France, tout imprégnés du passé (le la France, de son génie, de la sensibilité qui lui est propre. II me semble que Victor Hugo, roi des mots du langage français, et roi par eux, et qui le savait, devait à ce point jouir de leur beauté qu'il n'aurait pu, le voulùt-il, égaler aucune nutrt! patrie à la patrie de ces signes >■ vivants .>, d'où lui venait sa gloire. Un écrivain de génie ([ui ne serait pas patriote dans son fond le plus intime se renierait lui-même.

De fait, en dépit de son humanitarisme lyrique.

l.E CENTKXAlItE HF. VIC.TOK IICGO 1X1

llu^ofutuii Ki'jinçais orgueilleux iusi|u';'i riiiliMiisif^eance. Il n'ailmetlait qu'avec peine le génie ullemand.S'il adniiraitSliakespeare « comme une brute » (etil vaut mieux ne pas admirer jiinsi), il disait de Gœthe : « En somme, qu'est-ce qu'il a fait ? Les lirigunds, oui... Et encore, ils sont de Schiller. •<

Il souhaitait l'union et la fraternité des peuples : mais il ne les concevait possibles que par la France. Il écrivait Ic'.il octobre 1871 :

<i Nous avons tous, nous Français, une tendanci; à être plutôt hommes que citoyens, plutôt cosmopolites i[ue nationaux, plutijl frères de l'espèce entière que fils de la race locale. Conservons cette tendance, qui est bonne. Mais rendon.s-nous compteque la France n'eH pas une patrie comme une attire, qu'elle est le moteur du progrès, l'organisme de la civilisation, le pilier de l'ensemble humain, et que, lorsqu'elle fléchit, tout s'écroule : resserrons entre nous, l'rauiais, le lien national, et reconnaissons qu'il y a des heures où la meilleure manière d'aimer l'humanité, c'est d'aimer la patrie. »

Voilà, finalement, sa vraie pensée. Ouc jiourrionsnous lui demander de plus?

... Pendant soixante-dixannées, du matin au soir, cet homme a vécu avec ses visions, dans une tension cérébrale continue, n'apercevani l'hunianilé concrète qu'à travers ses rêves, de haut et de loin, et ne demandant au monde extérieur que des images accommodées à sa conception grandiose, sommaire

L'I. de ])liis en j)liis sinipli(i('(> de l'Iiisloire liiimainc. Un tel lioinine esL un peu endelud-sdes coiidilions ordinaires de la vie. Mettons qu'il fut un demi-dieu, ainsi qu'il se jugeait lui-même. Et honorons-le comme tel, — j'entends comme un demi-dieu de chez nous.

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