‹ Théories et impressionsChapitre 24 sur 49 · SUR THÉOCRITE U · texte numérisé non relu

SUR THÉOCRITE U

Mais, consuinée par la lièvre, je restai coihIu'l' dix jours et dix nuits... J'ai consulté de vieilles sorcières... 11 estchez les Arcadiens une plante nommée liippomane ; pour elle, toutes les pouliches courent, en folie, à travers les montagnes : puissé-je voir Delpliis, saisi d'une fureur semblable, se ruer dans ma maison au sortir de la palestre !... » Et plus loin: « Quand je le vis franciiir mou seuil, je devins tout entière plus froide que la neige ; la sueur coula de mon front comme une rosée. Je ne pouvais prononcer un mot, ni même balbutier comme font les petits enfants qui appellent leur mère en dormant. Mais tout mon corps se raidit comme une poupée de cire. Et lui, riiomme sans tendresse, me regardant d'un air ([ui me lit liaisserles veux à terre, s'assit sur mon lit, etc.. » Voyez encore, dans l'Amour de L'i/uisra (idylle XIV), l'aventure du paysan Escliine : amour à gilles, à jurons, à coups de poing, à coups de couteau, qui rappelle les « drames passionnels » de nos boulevards extérieurs ; en sorte que, — forme mise à part, — ce à quoi ressemble le plus, ici, l'idylle de Tliéocrite, ce sont les idylles d'Aristide Bruant.

Et je ne parle (jne îles amours normales. En réalité, l'amour de l'homme et de la femme ne tient qu'une assez petite place dans l'œuvre du poète de Cos. Ce qui s'y étale partout, et en pleine sécurité, c'est l'autre amour (celui que les modernes considèrent comme infâme) ; et avec quelle véhémences ! quelles lariiies 1 quels sanglots !

Les bergers de nos Bergeries ont des riili.iiis à leurs lioulelles et pas une tache sur leurs habits. Ils l'iésignent les divers travaux des champs et les détails de la vie agreste par des traits généraux et des périiihrases distinguées. Ce sont figurines de pure convention. Mais les personnages de Théocrile sont de vrais l)ouviers, de vrais clievriers, de vrais paysans, ipii connaissent l)ieu les ciioses de la campagne et les appellent par leur nom. Tous, d'aiileuis, ne sont pas bergers ou bergères. Les Si/rncusaincs, c est le papotage de deux petites bourgeoises qui vont, un jour defète, voir passer la procession. Dans l'idylle X\, un paysan de Ixmlieue s'étonne de ne pas plaire aux filles galantes de Syracuse. Je vous rappelle, au surplus, que >< idylle » signifie pelit poème et non point pastorale, et qu'une bonne parlie des idylles de Théocrite sont des « mimes ■> comparables (sauf la diflërence des matières) aux petits dialogues de la Vie parisienne et de nos journaux littéraires. Ce sont, éminemment, de petits morceaux réalistes. (Je laisse les fragments d'épopée, tels que les Dioscures ou IJéruelcs enfunl, qui ressemblent à de petites Légendes des siècles.)

Pareillement, les paysages de nos Bergeries sont aussi convenus que les décors bleuâtres des tableaux de Boucher ou de Fragonard. Mais ceux de Théocrile ont l'exactitude cl la précision dans la grâce. Je ne sais lequel vous citer. En voici un, tout i)lein d'une sérénité copieuse : impression de lin d'été ou de

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