RUTEBEUF
cl, |)ar l;'i-(l('ss(Uis i-ncorc, rnclion de ]>lusi(Mirs lii'réililos Idiiilaincsolsi'cri'Ies, et commi; riiilluenci' (ic plusieurs coiiccplions du monde... Et c'est pour ça, d'ailleurs, (pu; nous no ferions plus les Croisades.
NaturelleinenI il y a, dans le cours des ûgcs, un rapport constant entre la siniplicilé ou la complexilé des àines vivantes et la simplicité ou la complexih' des écritures qui les délinissenl. Si Rutelieuf nous montre un Tliéopliile aussi simple, c'est qu'il a luimême l'àme de Thi'opliile. C'est ce qui lui permel d'exprimer alternativement le plus vil" mépris pour les f;-ens d'Eglise, et la foi la plus entière ;\ lEf;lis(! el, a|)rès avoir (comme tous les écrivains du moyen Age) violemment atlaqiK' les clercs et moines de loul Ordre et le Pape lui-même, et surtout l'hérétique (iuillaume de Saint-Amour, de prêcher la Croisade avec l'ardeur d'un apôtre, .le ne dis pas que ces sentiments soient inconciliables ; je dis que Rutelieuf ne se demande même pas s'ils le sont, et que leur apparence do contradiction ne le frappe pas un instant. Bref, comme le clerc Théophile et comme pres([ue tous ses contemporains, il n'est guère capable que d'un sentiment à la fois.
Et par suite, ainsi que vous 1 avez vu, il n'en saisit qu'un à la fois chez autrui. Or, on littérature, la création d'ulie figure individuelle, qui se distingue de toutes les autres, ri'elles ou fictives, et qui reste dans la mémoire comme un être vivant, suppose,
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chez récrivain, la faculté de transcrire et, si je puis dire, de doser des éléments moraux coexistants. C'est ce que les écrivains du moyen âge n'ont Jamais su ; et ainsi s'expliquerait l'excellente observation de M. Léon Clédat : « Dans la littérature entière du moyen âge on remarque cette impuissance d'individualiser qui se manifeste aussi dans les œuvres d'art : toutes les descriptions et toutes les peintures do la nature se ressemblent, tous les personnages ont, pour ainsi dire, même visage. A travers les qualités particulières on ne voit qu'un type général. qui varie seulement d'après l'àgo et par grandes catégories de personnes : tous les traîtres des cliansons de gestes sont dos Ganelons. tous les bons clievaliers sont des Rolands. La distinction établie entre Roland et Olivier est un trait exceptionnel dans notre vieille poésie ; encore tient-elle tout entière dans ce vers :
linhiiul est prcus, m;iis Olivier osl sage.
Tout cola ne signifie point que itiitebeuf sdit sans mérite; il s'en faut, l'ariiii dos négligences onde puériles sidililités qui sont de son temps, il a la verve, le trait et. quelquefois, la grâce et la couleur. il a développé', avec beaucoup de n('ttot(' et de fermeté d(''j;i, plusieurs des grands lieux communs de la satii-e classique, je dis de la satire même de liégiiier ou do Hoileau. Même, si vous comparez lintebeuf à Villon, vous serez surpris de les voir si près
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l'un (I(' l'autre inalm'i'- les doux c^nts ans ([ui les séparent ; vous reconnnitrez qu'il ne s'est produit, enli'e les deu\, aucun poète qui valùl liulrljcul', et vous arriverez à celle constatation, qu'il y a doue eu deux siècles où la littérature cl l'espril français ne semblenl point avoir avancé d'un pas, si môme ils n'onl reculé.
Pour le surplus, je vous renvoie h l'élude de M. Clédat, ;"i laquelle je ne saurais rien ajouter. Mais je veux, en linissanl, vous conter un « fablcau <• do Uuteheuf, lu Voie du l'amdis.
11 m'a ])aru si joli, que je voudrais qu'un lialule poète on l'it, pour la Comédie-Française, un pendant à Grisélidis.
Il y avait, dans la môme ville, la dame d'un chevalier, très belle et vertueuse, et un excellent chanoine qui élail sacristain de son abbaye. Tous deux étaient 1res dévots à la Vierge. La dame rencontrait li^ chanoine sacrislain à l'église. Jaloux de leur piéti', le diable leur inspira de l'amour l'un pour l'autre. Ils étaient donc dans un grand trouble ; mais chacun d'eux ignorait encore, en aimant, qu'il fût payé de retour. Le diable y pourvut. Ici, je traduis en prose, pour votre commoditi'. la traduction de M. Clédat ; car celte traduction, tout eu gardant le nombre des syllabes, supprime la plupart des rimes, ce qui vous gênerait.
« De temps en temps, le diable le tire par l'oreille et lui dit : « Va, fou de chanoine, pourquoi larder?
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« Va vers celte dame et parle-lui. » L(ï diable tant le tourmente que le chanoine va trouver la dame. La dame en le voyant ne peut s'empêclier de rire. Si elle écoutait son cn'ur, elle lui crierait : « Embras- « sez-moi, mon doux seigneur ! » Mais une honte naturelle relient sa voix, et elle ne desserre les dents que pour rire. Quand elle eut ri, elle resserra les dents et ne dit mol. Le moine la prend par la main : « Dame, vous venez tous les jours à l'église de grand « malin. Est-ce bien pour entendre la messe? .. Moi, « je ne puis plus celer ma peine et je parle malgré « moi.Vousme serrez souvent le cœur. Dame, je vous « aime d'amour ! » La dame lui dit : « Vousèles fou 1 « — Dame, dame, pardonnez-miii ! Désormais je souf- « frirai, jour et nuit, mon mal et ma peine avant « que de vous faire ofl'ense. Il faut me taire, je me « tairai. Vous ne serez pas tourmentée par moi. — « Mon beau seigneur, je ne puis me taire, .le vous « aime tant que cela ne peut se dire. »
Cette scène me parait tout bonnement exquise. Elle est comme le prototype et, pour le mouvement du dialogue, comme le srhi}ma de scènes innombrables de drame ou de roman, dont les meilleures sont peut-être celles qui s'en rapprochent le plus.
Après l'aveu, nos amoureux fuient ensemble, et le chanoine emporte avec lui le trésor de l'église, lis vonlainsià quinze lieues. Pendant ce temps-là...
" Le couvent dort et ne remue point ; le couvent ignore la (li'coiivenue : mais il faudra iiiou qu'il
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rapprenne, car un loiivi'i-.s vient an couvent et dit " « — Seijjjncurs, levez-vous vite, si toutefois vous a avez l'intention d<î vous lever aujourd'hui, car « voilà loniclenips qu'il est grand jour ! «Tousse lèvent à la iiàto, fort éliaiiis, car ils n'avaient entendu sonner cloche, horloge ni campanule. Ils disent que, sans doute, leur sacristain a trop bu la veille au soir et que le vin est la cause de son oubli. Mais, par Notre-Dame ! il y a bien autre chose.
« Ils viennent à l'église, petits et grands, jeunes etchenus. Ils appellent le sacristain. Personnel... « Seigneur, leur dit l'abjjé, nousvoilà bien! Le sacris- « tain nous a volés. Frère, dit-il au trésorier, lais- « sàtes-vous hier le trésor bien fermé ? » Le trésorier y regarde ; il n'y trouve plus ni or, ni croix, ni calice. « Seigneur, dit-il, nous sommes volés, il n\v « a pas à dire. Nous n'avons plus ni croix, ni calice, « ni li-ésor qui vaille lieux noix. »
De son coté, le chevalier s'aperçoit de la fuite de sa femme. Plus de doute, elle est partie avec le chanoine. Ils se mettent tous, au grand galop de leurs chevaux, à la poursuite des coupables. On arrive à la ville où ils se sont arrêtés, on s'informe, une béguine les dénonce, ou s'empare d'eux, et on les met eu prison. .Vprès quoi, le chevalier et les moines s'en retournent chez eux en attendant le jour du procès.
Cependant le chanoine et la dame reprennent leurs esprits. 11 leur semble (juils ont été ivres, lis
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invriijin'iil iNôtic-Daini'. Ndlic-D.iine leur .ipiiarail . dans la prison, au milieu d'une clarté « dous-lleurante « Elle tient enchaînés les deux diables tentateurs qui ont fait tout le mal, et leur ordonne de le réparer. Ils prennent sur leur dos l'un le liianoine, l'autre la dame, et les rapportent dans leur lit.
« L'un met le moine dans sa couelie ; l'autre a étendu la dame près de son seigneur, si doucement que lui, qui dormait ferme, ne s'éveilla ni ne dit mot. » Puis les diables remplacent dans le trésor du couvent les objets volés. A l'heure de matines, le sacristain se lève comme d'habitude et sonne la cloche. Vers la même heure, la dame se lève pour aller à l'église. Le chevalier s'éveille, n'en croit pas ses yeux. Il va au couvent : « Seigneur, dit-il, je « tiens ma femme. Avez-vous votre sacristain ?
« — Oui, oui, lui répondent les moines. Un fan- « tome se joue de nous. »
On se rend ensemble à la ville voisine, et on trouve dans la prison les deux diables, qui avaient pris le costume et la ressemblance de la dame et du chanoine. On va chercher l'évèque, qui obtient des diables l'aveu de leurs méfaits ; ils reconnaissent qu'ils ont perdu leur peine et n'ont pu faire pécher le chanoine et la dame. Amen.
Comédie en ciuq actes, en prose, d'Odet de Turnèbe {lo77).
C'est une vraie « première » que l'Odéon nous a donnée. Les Conlents n'avaient jamais été joués, que je sarlie. J'imagine que l'ombre d'Odct errait, dans les coulisses, en proie à <■ l'émotion inséparable d'un premierdébut. » Lepublica été bon pourcette ombre.
— Mais, demanderez-vous, qu'est-ce donc que cet Odet de Turnèbe? — Voici. Il naquit en 1.5.53. Il était fds de l'illustre helléniste et imprimeur. 11 fut nourri de la moelle de l'antiquité. A quatorze ans, il savait plus de latin que vous n'en saurez jamais, et, son père étant mort, ce fut cet enfant qui écrivit la dédicace latine des « Commentaires » de Turnèbe sur les Discours de Cicéron du Leijc aijraria.
Il fut avocat au Parlement et prit part, comme légiste, aux « grands jours » de Poitiers. Il y avait alors, à Poitiers, une belle demoiselle qui s'appelait Madeleine Desroches, et chez qui se réunissaient les beaux esprits. Dans une de ces assemblées, il advint qu'une puce fut aperçue sur la porge de cette de-
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moisellc. Là-dussus, on se mit à faire de rospril. Ciiacun y alla de son madrigal. Plusieurs poussèrent, jusqu'au poème. Odct ne se contenta pas fi moins de deux cents vers, — octosyllabiques, il est vrai. Kt tout cela, comme vous savez, forma un recueil qui fut célèbre.
Et maintenantvons êtes aussi renseij:;nés (]ue moi sur Odi't de Turnèbe. 11 mourut en i.'iSi, à vint;t-luiit ans. Ses héritiers trouvèrent dans ses papiers une comédie manuscrite, qui fut imprimée en i'M\. Et c'est de cette comédie que l'audacieux Odéon nous a régalés.
... Je n'ai pas à vous rappeler ce que fut la jienaissaiice, ni comment, il y a bientôt quatre siècles, la littérature grecque et latine nous fut autant dire révélée, ni quel fut réblouissiMiieiit de celte révélation, ni comme quoi de généreux esprits cnlrepi-irent de nous donner, de toutes pièces, une litli'l'alure à l'imilalion de celle-là.
On s'est demandé : — Ne faut-il point la di'plorer, cette « renaissance » ? Notre littérature, laissée ;'i son mouvement naturel, ne se serait-elle pas développée tout aussi bien et mieux, quoique peut-être plus lentement, et ne serait-elle pas demeurée plus originale, plus nationale, moinsarislocratiqne,moinsséparéc du peuple ? (J'ai consciencieusement agité celle liypnthèse, jadis, à propos des travaux de M. (lastou l'àris.) — Ouestion insoluble, futile peul-étre sous un air de sérieux. Un peul toujours ré[)ondre que, si
l'antiquité classique, aussitôt (Irvoiloe, a séduit ri subjugué à ce point les plus iiitelligeuls de nos ancêtres, c'est apparemment qu'ils avaient déjà l'instinct et le sentiment de cette forme accomplie ; qu'ils ont reconnu cette beauté plut()t ({u'ils ne l'ont découverte ; que l'imitation de l'anticjuité n'a pas été peureux une a renaissance », mais un achèvement, el ([u'ainsi elle n'a pu faire dévier tant que cela le naturel développement de notre littérature.
Mais il y a plus. Tout ce que les poètes du seizième siècle ont directement imité des Grecs et des lîoinains est caduc. Ce qui vit, c'est ce qu'ils ont tiré d'eux-mêmes. Ce qui vit, ce n'est point /« Franciudc de llonsard, ni ses odes pindariques ; ce sont ses sonnets, où ni les Latins ni les Grecs ne sont pour riiMi : ce sont les sonnets de Du Bellay ; ce sont les Miif^nardises, italiennes et françaises, de Haïf et de Hemy Belleau. Ce qui vit des poètes de la l'iéiade, c'est ce qu'ils auraient écrit .sans le secours des anciens, ce qu'ils devaient presque nécessairement écrire, venant après Villon, Charles d'Orléans et Marol El, certes, on conçoitqu'un iuimanisle comme Udtît de Turnèbe ait trouvé nos a sotties » et nos « moralités » froides et fades; que les meilleures même de nos farces, le Cuvicr ou l'Avocat l'allirlin, lui aient paru quelque chose d'un peu mince, d'un peu court et d'un peu humble, et qu'il ait songé, après d'autres, à introduire chez nous ce que la comédie latine a d'élégance et , cpiehiuefois , de
« dignité » dans la l'oriiio ; mais, an fait et au prendre, il apparaît que ce qu'il y a de moins heureux dans les Cunlenls, ce sont les procédés de composition empruntés à Plaute et àTérence, et que ce qu'il y a de meilleur, c'est la peinture des mœurs dans les endroits où elle n'est imitée ni de Térence ni de l'iaute. En somme, la beauté de la forme grecque ou latine nous a été bienfaisante tant qu'elle n'a agi qu'à la façon d'un « excitant ». Partout où elle a servi de modèle qu'on s'est proposé de copier, il n'en est sorti rien qui vaille. 11 ne faut d'ailleurs pas se laisser abuser par ce mot de « renaissance », ni oublier que l'antiquité classique était connue ch(;z nous, dans quelques-unes de ses plus notables parties, bien avant le seizième siècle.
Voyons enfin cette comédie d'Odet de Turnèbe, où il a essayé d'accommoder à nos mœurs l'élégance savante du théâtre latin.
Basile, jeune Parisien de bonne famille, voudrait épouser M"*^ Geneviève, qu'il aime et dont il est aimé. Mais M"^'= Louise, mère de la jeune Mlle, ne veut pas entendre parler de ce mariage, et veut donner deneviève à un autre jeune homme un peu plus riche, nommé Eustache. (Eustache, Basile, nous ne donnons plus de ces noms-là à nos amoureux ; mais ces noms sont chrétiens et furcMit aulrelVus noms de Paris.)
Que va faire Basile ?
D'abord il s'arrange de façon à écarter son rival, lue vieille femme complaisante, .M"" l'rançoise, se
LES CONTENTS ni
charge de l'en dél)aiTasscr. Elle prend Euslaclie à pari et lui confie, en grand secret, que Cicneviève a un chancre au sein. (Vous voyez, comme c'est simple I) Eustache, qui n'est pas, d'ailleurs, un amoureux très ardent, croit M""" Françoise sur parole et renonce à Geneviève, — sans faire d'enquête.
Mais Eustache écarté, ce n'est que la moitié de la tâche. Comment Basile ohtiondra-t-il la main de (ieneviève ?
Son valet, Antoine, a une idée, une bonne grosse idée : — Monsieur, dit-il cà peu près à Basile, il faut que vous voyez .M"'' (ieneviève, dans sa chambre, en l'absence de sa mère. Elle vous aime et n'a rien à vous refuser... Elle vous « laissera bien prcmlrc un pain sur la fournée ». Après , il arrivera ci' qu'il arrivera, vous aurez du moins l'.lme en repos.
Et, en effet, Basile, toujours par les bons offices de M'"^' Françoise, pénètre chez Geneviève, qui est seule à la maison. 11 s'est, pour cette équipée, velu d'un certain habit incarnat qu'il a emprunté à Eustache (car le bon Eustache est son ami, j'avais oublié de vous le dire). Or, juste au moment où Geneviève a pitié de son amoureux, M°"= Louise, de retour, regarde parle trou de la serrure, prend Basile pour Eustache à cause de l'habit incarnat, enferme à clef les deux amants et s'en va, furieuse, faire ses plaintes au père d'Eustache.
Voilà donc Basile prisonnier. Heureusement le
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valet Antoine s'entend avec la servante Ferretle, qui fait évader le eaptil' par la fenêtre...
Mais Anloine a encore une autre idée. Sur son conseil, Basile fait endosser l'habit incarnat à une certaine M'""" Alix, jeune bourgeoise sans préjugés, qui, sous ce déguisement, s'introduit à son tour auprès de ticneviève. En sorte que, lorsque M™ Louise revient ù la maison, c'est M""' Alix ([u'elle trouve avec sa lille, en habit d'Iiouime, au lieu du i;ahint qu'elle croyait surprendre. (Comment M"" Alix lui explique ce travestissement, ce serait trop long à rapporter.)
Tout est donc bien, et les deux amoureux sont saufs. Seulement nous ne sommes pas plus avancés qu'au di'but, car M""' Louise continue à ne pas vouloir de liasile pour gendre.
Mais il faut finir. M""^ l^ouise apprend enfin que Basile a abusé de Geneviève. Elle tempête d'aiiord et veut le traduire en justice ; puis elle s'apaise et marie les deux amants.
J'ai négligé quel((ues épisodes, qui se rattaciicnl plus ou moins à l'action i>rinci}iale. Par exemide, Geneviève a un troisième prélemlant. le capitaine Uodomont, qu'un de ses créanciers, le marchand Thomas, fait arrêter pour dettes ; qui parvient à s'échapper, et (jui, ayant connu la conduite de Basile avec Geneviève, la révèle à M""' Louise. — Quant à cette dame Alix, (jui se substitue à Basile [uiur sauver provisoirement Ihonneur de son amoureuse.
ollc n'est antre (jue la feniine du niarcliaiid Tlioinas. C.ette hourgeoi.se sans préjugés a i'ail aceroire à son mari qu'elle allait en pèlerinage à Xotrc-Dam(! de Messe, et au lieu d'y aller s'est gentiment retirée eliez le... mettons chez 1 rntremetleur Saucisson, " pour faire plaisir aux compagnons et prendre du bon temps pendant ces jours gras. » Et c'est avec cette aimable ribaude que le bon Eustache s'est philosophiquement consolé de sa déconvenue au sujet de Geneviève. Et il y a encore d'autres personnages accessoires: le laquais Mvelet, le laquais (ientilly, Alplidiise, frère de M'"' Louise, et trois sergents,
La partie faible des Conlenls, c'est évidemment la fable et la composition, c'est-à dire ce qui est imité de la comédie latine. Odet ne s'est pas avisé que rien ne l'obligeait à faire une conK'die de rue et de place publique, qu'il pouvait écrire, lui, pour un Ihéiltre fermé et non plus, comme l'iaute et Térence, pour une espèce de cirque à ciel ouvert où s'entassaient des milliers de spectateurs, et combien il lui eût été avantageux de placer l'action tantôt chez M""' Louise et tantôt chez Basile ou Eustache. Tout se passe donc dehors, comme dans les comédies latines; et, comme dans les comédies latines, les redites abondent. Tout ce qui, dans notre système a(;tu((I, serait en action et ferait « coup de théâtre », se passe, ici, dans la coulisse ; nous ne le connaissons que par le récit qu'on nous en fait; et tel récit est répété trois ou quatre fois.
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VA je ne parle piiiril de Irlrangi! coiiiliiilc de M'"' Louise. Une mère, qui, surprenant sa fille en conversation intime avec un jeune homme, tourne doucement la clef, se retire sur la pointe des pieds et laisse les amoureux en tète à tête pendant qu'elle s'en va demander conseil, il n'y a pas à dire, c'est droIe. Mais c'est à prendre ou à laisser ; toute une moitié de la ])ièce croulerait sans cela, et c'est ce que mon bon maitre Sarcey appelle un postulat moral.
Il convient de regretter aussi la grossièreté du fond, plus latine encore que gauloise. L'invention du chancre de Geneviève ; cet honnête garçon qui demande si simplement des arrhes à 1 honnête fille qu'il aime, et cette honnête fille qui les lui accorde si facilement ; le rijle de 1' « écornitleur » Saucisson et de la gourgandine Alix... Mais n'insistons pas. Cela encore, c'est la faute des anciens ; et vous vous souvenez que le viol et la prostitution forment le plus souvent la trame de la délicate comédie latine.
En revanche, dans cette espèce de gauche et cynique vaudeville, que de qualit('S déjà, à ne considérer que l'allure, les façons d'être et le ton des i)crsonnages ! Ce sont bien encore ceux de la comédie romaine: mais (ju'ils sont habilement transposés I l'A avec quelle justesse Odet de Turnèbe a su les assimiler aux lypes correspondants du Paris de L'iTT 1 Une M""' Louise, le boi.iiomme (iirard, le boniiomme 'l'homas, sont bi(>n des bourgeois de Paris et (ju'ils