‹ Théories et impressionsChapitre 28 sur 49 · I.KS CONTF.NTS - IV · texte numérisé non relu

I.KS CONTF.NTS - IV

en rentleiil l)it'ii le son! (iens l)ien posés, gens ;i trogne, copieux, et pleins clepnid iioniie. La plaisanterie massive des esclaves et des parasites romains s'est allégée dans la bouche d('S Antoine et des Nivelet, ces gavroches parisiens, loustics et déhrouillards. L'antique « mérétrice » a subi une modification plus heureuse encore : elle est devenue M'"'^Alix, cette bourgeoise ribaude, amie des ripailles et qui, ayant sans doute besoin d'argent pour ses ailiquels, s'en procure par les moyens ijue Dieu lui a donnés. Le marchand d esclaves, le Icno, est devenu ici le jovial Saucisson, qu'Odet de Turnèbe qualifie << écornitleur et m.... », un rufian, ua gueux de Paris, un personnage do Callot. Le mites (jloriosus est devenu le capitaine Rodomont, dont les admirables vantardises restent sans doute conventionnelleset « littéraires », mais ([ui, dans son fond, n'est pourtant ]ias de fantaisie pure, en ce temps d'armées mercenaires, où la guerre est un métier, et quel métier! »... Combien que mon maistre face aussi bien valoir son estai qu'homme de sa robe, soil à piller, rançonner, desrober les gaiges des soldats, faire trouver force passevolansà la monstre, partir le gain avec le trésorier et le contrôleur, et chaulTer les pieds à son hosle, si n'a-t-il jamais assemblé cent escus en une bourse qu'il ne les ayt aussitôt despendus aux dez, aux bordeaux et aux cabarets...» C'est ainsi que son laquais, .Nivelet, nous décrit les occupations du digne soudard, (lit je ne vous ferai pas l'injure de croire qiiè

nr, IMPRESSIONS

vous iij;iioro/c(' que c'élaiont que les i< piissovolans », ni foqiie signiiie <■ cliaufTer les pieds ;\ son lioste ». car an nioinsavez vous entendu parler dos fliaudeurs d'Orgére.) Bref, il y a dans les Conlcnts tout un coin grouillant du Paris pittoresque d'alors, rendu à miracle, et qui, certes, vaut les « coins de Rome » dont Piaule et Térence nous ont laissé la peinture. V.\ cnlin, la vieille femme qui, dans le tlK'àtre romain, l'ail la popote des jolies « mérétrices » et négocie |)(iur elles, s'est muée, ici, en dame Françoise, un(! vieille dévote onctueuse qui se charge, non gratuitement, des commissions ris([uées, qui est une sorte de Macette, [ilus inconsciente, moins « professionnelle », peut-être plus vraie, et qui est déjà mieux ([u'un premier crayon de l'illustre entremellcusr de liégnier.

Le « milieu » est excellemment élalili.C.i's lioui'geois d'il y a trois siècles sont bons catholiques et pratiquants. Les femmes surtout mêlent sans cesse à leurs propos des formules de religion. La sonnerie des cloches de l'église voisine accompagne les facéties de Saucisson et de Nivelet; c'est à 1 église (|ne M""' l''rancoise va endoctriner Geneviève, et c'est pendant les vêpres (pie liasile s'inlriMluil au logis de son amoureuse... Cela fait, parfois, de curieux contrastes, les habitudes de langage étant inécaniquemont rhr(''tiennes, (st les actes aussi ellronlés l't tranquilleuiiuit païens ([ue dans une farce de Piaule. Et cela est peut-être un Irait de vêrili', et (jiu! je re-

grette do ne plus retrouvci- clu-z Molière, dont les pcrsonnafîes n'ont plus du tout Tair d'être « nés clirétiens », sinon dans les comédies impies de Don Jwin et du Tartufe.

EnHn, ce qui est émineiit dans /es CoH<en<i, e'est le style. Le ragoût en est exquis. Odet y a su mettre l'élégance, l'harmonie et l'ampleur de ses modèles latins, tout en gardant la saveur populaire de notre lillé'rature gauloise. Ce style n'a pas seulement la franchise, et la couleur, et le nombre : il a la pureté et la limpidité. Entre les Conlenls et les premières comédies de Corneille,vousnetrouverez rien, je crois, qui, pour la forme, vaille li's Contents

THEORIES ET IMPKESSIONS. I'2

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