L'OPERA COMIQUE ET LE THEATRE DE LA FOIRE
A propos de Famrl cl l'Opéra Comiqia', par A. Kunt.
Vous savez que l'opéra comique naquit dans les théâtres de la i'oire, qui recueillirent, eomaie ils purent, la succession des Italiens expulses (KlilT).
Ali ! ces foires du vieux Paris !... Uni-' les pâles foires qui nous restent, Neuilly ou Pain d'épice, nous en donnent une faiblu et inexacte idée !
La foire Saint-(jermain, qui remontait au douzième siècle, se tenait sur une place dont une partie est occupée aujourd'liui par le marclié Saint-(jerniain. lîUe s'ouvrait le 3 février et se prolongeait ordinairement jusqu'au dimanche de la Passion. Elle aidait les Parisiens à supporter le Carême.
Le couvert qui l'abritait « était le plus grand qui soit au monde, dit Sauvai. {fJisloirc ri licchercJie dus anlïijuilt's de la ville de Paris, 1733 )... Ce sont deux halles, longues de 13U pas, larges de 100. compo.sées de 22 travées et couvertes d'une cliarpente fort exhaussée, où les gens du métier admirent i[iiantité de traits de leur art ; aussi est-elle célèbre au-
L'ol'KItA COMIQUE ET LE THEATRE DE l,\ FiilUE j;il tant [loiir sa grandeur que pour sa uiagnificence... ?\euf rues tirées à la ligne la partagent eu vingtquatre ilcs et sont bor(lé(!S de tant de loges que le nombre en est surprenant.
«Les principales sont pleines d'orfèvres, de merciers-bijoutiers, d(î lingùres et de peintres ou marcliaiids il(^ tableaux.
« Mais Cl' qui est de pa>rticulier à cette foire et de merveilleux tout t'useinble est qu'elle estaussi fréquentée la nuit (jue le jour... De jour, on dirait qu'elle n'est ouverte que pour le peuple qui y vient en foule, et la nuit que pour les personnes de qualité, pour les grandes dames. Et tous viennent là pour jouer et se divertir ; de sorte que ce lieu est moins une foire qu un palais enchanté, où tout le monde se trouve assemblé commeà un rendez-vous.»
La foire Saint-Laurent, qui remontait au quatorzième siècle, se tenait derrière 1 église Saint-Laurent sur une place de cinq à six arpents occupée aujourd'hui par les bâtiments du ciiemin de fer de l'Est. Elle durait du l'""' août au 29 septembre.
En lt)G3, des l)ouliques solidement bâties y remplacèrent les tentes en plein vent. Couverte alors par quatre halles spacieuses, cette foire fut « entrecoujiée de rues larges et tirées à la ligne, ornées de loges et de boutiques de même symétrie, claires et commodi's, bâties agréaI)loment ; si bien que le tout ensendjle composait un quartier propre et galant ». (Sauvai).
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Ces foires étaient donc aménagées coinmr de petites « expositions >;. Et, à la vérité, elles étaient ])our nos aïeux ce que fut pour nous la k rue du Caire », et bien d'autres choses encore. On y trouvait d'abord, bien entendu, ce qu'on trouve dans nos foires dégénérées: les saltimbanques y pullulaient, et les animaux savants, et les phénomènes. Mais, en outre, — au lieu de ces pauvres buvettes en plein vent, et toujours désertes, delà foire de Neuilly ou de la foire au pain d'épice, où l'on sert des " bocks » exigus et tièdes, — des bals où l'on dansait réellement et des guinguettes où l'on buvait du vin de France et du café bruissaient autour des boutiques. Songez aussi que les foires de Saint-»iermain et de Saint-Laurent, c'était, pour les Parisiens de jadis, l'équivalent du Casino de Paris et du Moulin-Rouge ; c'était les Folies-Bergère et le Cirque ; c'était le café-concert. Et, — puisqu'il n'y avait alors d'autres théâtres reconnus que la Conuklie-Frani-aist' cl l'Opéra, — les théâtres de la foire étaient iloiuleur Vaudeville, leurs Variétés et leur Palais-lioyal. Songez enfin que le Paris de ce temps-là était dix fois moins grand et plus ramassé que le nôtre (|ui, trop vaste et fâcheusement cosmopolite, est si peu « »(;».s' .que la distinction des classes, théoriqueiurnl sépnr(''es, — mais peut-être, dans la vie n'-elle, itlus inélé'es ou plus « voisinantes » qu'eUes ne son! aujourd'hui, — entretenait le pittores(iue et la variiHé des mœurs et des costumes ; que les habits étaient
L'OPKUA CD.MlnLE ET LE TIIÉATKE \)E L\ FdlUE 233 clairs et joyeux ; que les âmes étaicut légères, et que, bien certainement, ces gens-là étaient plus gais que nous ne sommes...
M. Au};uste I'"onl nous dit, avec une nuance de sévérité : « Il faut se représenter en imagination toute la débordante gaieté de cette foule où Henri 111 venait avec ses mignons, où Henri IV menait sa mie (ialiriclle et la reine, où sous Louis XIV le Dauphin se promenait, ainsi que Monsieur et les autres princes; il faut se l'appeler que la foire était un réceptacle de débauclies, un vaste tripot, un lieu de rixes et de combats, pour comprendre le ton, les hardiesses, la licence et le genre des jeux qui pullulaient dans les préaux des spectacles, sous les acacias et sous les beaux marronniers, au milieu des jardins remplis de reslaurants, de calnirets et de guinguettes... »
Lliistoire de la lutte des théâtres forains contre la Comédie-Française et l'Opéra est elle-même amusante comme une farce italienne. On dirait la lutte d'-Vrlecpiin contre Cassandre. Et l'on y voit de combien de manières, grâce à la lenteur des procédures et à la diversité des juridictions, grâce aussi au pouvoir très réel de l'opinion publique, on pouvait éluder la loi sous l'ancien régime.
Donc, les Italiens partis, un imprésario forain, Bertrand, s'empare tranquillement de leur répertoire : on va chez lui en foule, même le beau monde et les clients de la Comédie-Française. — Les places
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àevaient ùlre d'un prix assez modii)iic, si l'on en ju^epar les appointements des acteurs. Une « amoureuse » f^çagnait cliez Bertrand vingt sous par jour et la soupe.
Mais la Comédie-Franraise veillait. Elle se plaint au lieutenant de police de l'atteinte portée à son jirivili'ge. Deux sentences de police interdisent aux acteurs de la Foire de représenter aucune comédie ni farce, et les condamnent à l.'JOO livres do dommages-intérêts (20 et 27 février l()99i.
Bertrand et deux autres entrepreneurs en appellent au Parlement, et, pendant i[ualre années, continuent de jouer tranquillement la comédie à la barbe (c'est une façon de parler) des comédiens français.
Le Parlement rendit enfin son arrêt le 20 juin 1703. 11 confirmait purement et simplement les sentences (le police : interdiction était faite de « représenter toute comédie ou farce ».
Les forains feignirent alors de croire ijus le Parlement n'avait pas entendu défendre les scènes détachées. Ils jouèrent donc des fragments de farces italiennes « que des personnes d'esprit prirent soin d'arranger ».
Le lieutenant de police interdit ce genre de spectacle. Les forains ajipelèrcut de celte nouvelle sentence an l'arlement. Le l*arli'ment avait mis quatie ans à rendre son arrêt; il en mit quatre autres à l'interpréter.
L'OPÉK.V CdMIQL'E ET LE TllEATUE DE L.V rolKE 2:!o Le 2:i février 1707, il contirina rinlerdiclion des « comédies, colloques et dialogues ».
Les forains ne furent pas embarrassés pour si peu. L'arrêt ne pariait point des monologues : donc il les autorisait. Des >■ personnes d'esprit » inventèrentles pièces en monologues. Un seul acteur parlait, les autres mimaient. Ou bien, quand l'un avait parlé, il se retirait un instant dans la coulisse, laissait àl'aulre le temps de répondre et reparaissait ensuite... Forcément, les danses et les jeux prirent encore plus d'importance dans ces pièces en monologues. l)n recourut enlin aux chansons, que la police n'avait pas interdites expressément.
Et ce n'est là que le premier épisode de cette lutte homérique.
... Quelques années plus tard, l'Académie de Musicfue s'unit à la Comédie-Française pour réduire au silence les malheureux forains, et leur interdit les chansons. Ainsi ils ne pouvaient ni dialoguer, ni monologuer, ni chanter. La danse et la pantomime seules leur étaient permises. Et, chose merveilleuse, ce fut dans ces dures conditions qu'ils créèrent l'opéra comique ! Ils eurent une idée de génie, et même deux : 1° Comme le public se plaignait de ne pas toujours comprendre les pantomimes, ils imaginèrent, disent les frères Parfait, « l'usage des cartons sur lesquels on imprima en gros caractères et en prose 1res laconique tout ce que le jeu des acteurs ne pouvait ren-
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lire. Ces cartons étaient roulés, et chaque acteur en avait dans sa poctie droite le nombre qui lui était nécessaire pour son rôle ; et, à mesure qu'il avait besoin d'un carton, il le tirait et l'exposait aux yeux des spectateurs, et ensuite le mettait dans sa poche gauche, u
2° Mais tout de même, c'était triste, ce silence, ces pièces» à la muette », comme on disait alors. Et voici laseconde idée géniale desmagnanimes forains. Le Parlement pouvait bien défendre aux acteurs de chanter; mais enfio il ne pouvait l'interdire aux spectateurs, si c'était là leur faataisif. Dès lors, rien de plus simple : les acteurs feraient les gestes, et le public se chargerait des paroles, k la prose des écriteaux on substitua des couplets sur des airs connus ou « vaudevilles ». Tandis que l'orchestre jouait ces airs, le texte descendait du cintre, lisiblement écrit sur une pancarte soutenue par deux enfants habillés en .\.mours. Et les spectateurs, excités par des chanteurs-compères placés dans la salle, répétaient en chœur les couplets pendant que les acteurs en scène se livraient à une pantomime animée.
On ne devait pas s'ennuyer, et ce n'était certes pas un médiocre divertissement que celte collaboration et cette complicité de la salle avec la troupe : rappelez-vous seulement les gaietés du petit théâtre familier et souterrain de l'.Xthénée. — Et c'est ainsi que les forains et le peuple de Paris triomphèrent de la
I.OPKRA COMIQIF, ET LE THEATRE DE LA IiMliE i;37 Comcdic-Française, et de l'Acadénfiie de Musique, cl du Parloment, cl de la Loi.
L'opéra comique, sous sa première forme, est donc une façon de ballet-pantomime chante par le public. Un des cliofs-du-uvrc de ces « pièces i\ écriteaux », — genre bizarre, — est, je pense, l'Arlequin, roi de Screndib, d'Alain Lesage.
« Le llu'i\tre représente une solitude où l'on voit des rochers escarpés. » Arlequin, ayant fait naufrage sur la côte de Serendib, s'avance dans l'île. Il tient uni' hdursi', l't parait un peu consolé de sa disgrâce.
Kt là-dessus, crac 1 un écriteau descend, un cartouciie de toile que déroulent doux gamins suspendus jiar un système de cordages. Le cartouche porte ces vers, quii'vprinicul la ])('nsi''e d'ArlriiMiu:
Aiiprrs <K' ce rivage, Hclns ! notre \',aisseaii Avec tout Létinip.Tgt?
\'ient de rondre sous l'eau !
L'n procureur du .^L^lue Dans la litpiide plaine A tr'ouvé son tombeau :
Moi, grâce à mon génie, ,î ai su sauver ma vie Kl l'argenl du Manciau.
L'orchestre attaque un air connu. Kt les spectateurs, les yeux fixés sur l'érriteau, chantent ou fredonnent...
Mais je ne puis vous citer tous les couplets, et je m'attacherai surtout au scénario.
Trois voleurs, accompagn(''S de Irois jolies femmes, entrent en scène. Ils arrachent sa bourse à Arlequin en le menaçant de leurs escopettes. Danses variées. Puis, nouvelle descente d'écriteau; et les voleurs, — toujours par les mille voix de la foule, — expriment ainsi, quarante ans d'avance, l'essentiel de la pliilosopliic de Rousseau (car on ne sait, en liitéralure, ni où rien commence ni où rien finit) :
Nous nionoiis jo^'ciise vie ; Sans déliais nous vivons tous ; Di's (jrdiulcs villes hiinitie^ L' lùjiiitr vient aree jio/fx :
.lainais crt'uvic ; Cliacun.ne t'ait les yi'U\ doux
Qu'à sa Syl\ii'.
Dans le même moment, parait une charrette tirée par un âne et portant une table, deux bancs, un tonneau. Los voleurs dressent la table, tirent le vin de la l)arrique, invitent Arlequin à boire avec eux. Après quoi (et je cite ici le texte même de l'auteur de ^i/ ^/ns) » les voleursprennent le tonneau, le défoncent, y mettent Arlequin et s'en vont, après avoir remis le fond. Arlequin, se voyant sans espérance de salut, pleure, crie en roulant son tonneau. Vient un loitp affamé qui clierche de la pâture. Il va tlairer le tonneau, et, comme il y sent de la chair fraiciic, il fait tous ses efforts pour en briser les douves. Fendant qu'il s'y prend de toutes les manières. Arlequin passe la main par le trou delà bonde, attrape la queue du loup qui, se voyant saisi, a peur et veut
(.•(^PfniA |-.(iMI(,>rF. ET r.K THÉATIŒ DE E\ Fnlisr: 239 prendre la l'iiile ; mais, en tirant le tonneau, sa queue demeure entr(! les mains d'Arleqtiin, ci, dans le moment, le tonneau se partage en deux. Le loup se sauve d'un côté et Arlequin de rautrc. »
a Le lliéiUre change en cet endroit et représente la capitale de l'île. >>
Or, une loi tout à fait singulière veut que, tous les mois, on place un étranger sur le trône de Serendih et que, après lavoir couronné, on l'immole au dieu Késaïa. Symbole profond des misères de la condition royale ? Allégorie jacobine (déjà I) pour signilier que ce ([u'il y a de mieux à faire d'un roi, c'est de le supprimer ? .\|)plication figurée de la théorie de Joseph de Maisire (encore déjà I) sur la vertu du sacrifice sanglant, puisque, par ces immolations royales, le peuplede S(>rendib semble vivre heureux?... Je ne saurais vous dire, mais c'est ainsi...
Donc, le grand sacrificateur, et la grande prêtresse, et le grand vizir, et le chef des eunuques, et les officiers du palais viennent chercher Arlequin en grande pompe jiour le couronner, — d'abord. Ici, je laisse encore la parole à Lesage : « Le grand sacrificateur et ses suivants se laissent tomber sur le cul : .Vrlequin l'ait la même chose. lisse relèvent. >i Alors le grand sacrificateur prend un livre; il lit, et ses suivants répondent :
Jhisih'os, f//isi, fiiint/i afonni...
etc.. Lt cela sent de très près la parodie des chants
et cérémonii's catholiques ; et cela prouve que l'ancien régime tantôt permettait tout et tantôt ne permettait rien, et aussi que ce Lesage fut un grand pince-sans-rire.
Et à ce propos je veux vous transcrire encore l'hymme schopenhauerien chanté parla grande prêtresse à la gloire du dieu Késaïa. Le pessimisme en est joyeux, mais radical, et c'est une assez verte parodie des ciiuMirs de l{acine :
C Cst lui (|iii ImiI la pimpriMifilt' ; De cliaitlons il pai-c nos champs ; C'est lui qui. quand 1 hivi-i- nous grlc, lïcl.ardf It's jours du prinlcinps ; C'est lui (pli l'ait toinhec la grêle, (Juaild nous deniandous le lieau temps.
C'est lui ([u'imploi-ent nos vestales Pour sortir des mains des tultnn's ; C'est lui dont les faveurs vénales Trouvent mille et mille aehetem-s, (]e (|ui l'ait bouillir les timbales De tous nos saerilieateiu's.
M'oubliez pas que cela était « giieuh' >■ à l'iiuisson par les sujets du roi très chn'ticn. Il se pourrait qu'Arlef/iiin, roi de SiTcndih, C(-t aïeul si peu prétentieux de nos opéras comiques, fût moins insignifiant que le Chalrt ou les IVoces de Jmnnelte.
Expédions le reste. Arlequin, couronné roi, passe quelques moments assez doux, grAce aux bons offices du chef des eunuques. Mais ensuite le médecin du palais lui iniligc mille désagréments, renouvel(''S de l'avtMiture de Sanclio gouvernetir. l-jilin,le
LOPEIt.V COMIQUE ET LE THEATliE HF. LA FdlHE 241 grand sacrilicalcur lui annonce ([uo sa deriiiùre lienre est venue. Arlenuiii s'al)andonne à sa douleur avec simplicité. On le dépouille de son costume de prince pour lui passer « un habit de victime », tout parsemé do pierreries. « Pendant qu'on le désliabille, il met la main dans la poclie du j;rand sacrificateur, et lui dérobe sa bourse, par l'iiabitude qu'il a de voler; mais à peine a-l-il faille coup que, se souvenant qu'il va perdre la vie, il Jette la bourse en faisant connaître par un geste que ce vol lui est inutile... y.
Cependant la fçrande prêtresse s'approclie d'Arlequin, le poignard levé. Mais tout à coup elle s'arrête et ilil aux sacrificaltHirs et aux prêtresses : « Le dieu Ivésaïa me parle ; il veut que nous remettions à demain ce sacrifice. Laissez-moi avec ce pauvre diable. .Je vous réponds de lui. »
C'est que la grande prêtresse n'est autre que Mezzetin, qui, jeté naguère dans l'île, a eu l'esprit de prendre un habit de femme et de gagner, sous ce déguisement, la faveur du grand vizir. Mezzetin a reconnu son ami au moment de le frapper. Resté seul avec .\rlequin, il lui dimiande noblement :
l);iiis qiul cliinal :ivi'z-vous pris naissance, Jenne étranger ? l'arlc/. ditrs-lo-nous.
.\rlequin répond :
\'(Hls (l<-niaiH]i-/ 11- ninn (1<- ma pallie. .ie \ais i)ai-lei- avec .sincérité.
("'est à Herganie, Ilélas ! en Italie, Qii'iMU- tripière en ses Hanes m'a porte.
Tlll;iJlilES liT IMI'RESSIO.NS. Ili
— Quel triinsporl s'empare de mon ni'iir I dit Mezzetin. Oui, ('."est Arlequin, c'est bien lui.
J'en crois mes iilom cnu-tits sci-ix-ls, lll mrs ijeux i-ncor dinitinlitfji-,
VA Arleijuin :
C'est lui... l*iaif^nfz ses ninlheurs î (Vest lui que le sort ballotti'.
Hec-oni\;\isse/,-le à ses plem-s.
Kneor plus à sa culotte.
Et Mezzetin ayant fait secrètement |iré|tan'r un vaisseau, les deux amis s'embaiiiuent pour la l'rance.
Tout cela se chantait surde.s airs aussi connus que l'était hier i/a Gigolctte, que l'est aujourd'hui Virus, puupoulc. C'était : Quitnd je lims de ce jux d'urto- Im..., Pierrot se plaitU que sa femme..., /{éveillczvuus, belle endormie...^ LaiHurlii..., La Fiiridondainc..., Et zon. zon, zon.... Les pauvres filles ija- (jtienl peu..., Ma mère, mariez-moi..., La lionne .Aventure.,v ijné.... Monsieur de La Palisse est mort..., etc., etc.
Très sérieusement, je recommande aux directeurs de cafés-concerts ce genre de speclacles, où les spectateurs, guidés par quelques compères, seraient ravis de collaborer.
NKPOMUCENE LEMERGIER
Nr'pdmiict'nc LiMiicrciei', génie iiicoiiiiilcl, liémiplégiiiue, mal servi par la langue fatiguée <iu ilixliuilième siècle, est le lype, en liltéraUire, de 1' « inventeur malheureux ». Il a écrit un énorme poème épico-satirico-apocalyptiquo, la Panlt\jpocr\isiadi' ou laComédw infmuili' du sriziimc si'rr/r, où il l'ait songer quelquefois à Itabelais, à Vristopliane, à Lmien, à Danle, !\ Millon, — mais seuleuK-nt quelquefois, ce qui est tViclieux. Il a écrit l' Allanlindi- ou lu Throgonie nrirloiiinine. Il 'A vrril des tragédi(!S qui s'appelaient C/oui'.v, la Démence de. Charles Vf, Frédégunde el Brunehaul^ Charlcmagne, Beaudoin, Saint Louis en L'gyple^ et créé (après Voltaire) la tragédie historique nationale. l-]t il a très réellement créé, avec Pinlo, la comédie historique, c'est-à-dire un genre qui nous montre les petits côtés et comme l'envers familipr des grands événements, et qui fut plus tard cultivé et développé par Dumas le père, — et, plus ou moins, par tous les romantii[ties, et aussi par Scribe et par M. Victorien Sardou.
Comédie historique, drame historique, c'est tout
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un. Lemercier lui-même hésitait sur r(Hi({uolte : les premiers feuillets de l'édition originale de J'inla portent alternativement, de page en page, le titre courant de « drame » et celui de » comédie ». La pièce est l'un et l'autre. Les plus graves intérêts y sont débattus ; il s'agit de la conquête d'une couronne et de l'indépendance d'un peuple, et l'un des personnages, le ministre Vasconcellos, est égorgé dans la coulisse. Mais c'est aussi une comédie, car le Ion est presque toujours comique (le tour et le mouvement du dialogue sont, d'ailleurs, comme calcjués sur le Mariage de Figaro). On y voit une dame d'honneur, M""" Dolmar, traverser étourdiment l'action, brouiller et débrouiller, sans le savoir, la trame du complot ; se coucher, en manière de jeu, dans le lit de la duchesse de Bragance, et, sans le savoir, la sauver par là ; enfermer dans une armoire un muel qui tout à l'heure y enfermera Vasconcellos, et, toujours sans le savoir, préparer ainsi le dénouement. On y voit un amiral, chargé d'arrêter le duc de liragance, escalader le balcon de la duchesse qu'il aime, rencontrer à l'improviste le mari qu'il ne connaît pas, et finalement se laisser, pour notre plus grande joie, arrêter à la place du duc. ,\illeurs, c'est la querelle d'un capitaine et d'un moine à propos d'une lille ; c'est un poltron (jiii fait le brave et que la peur oblige à se montrer h(''roïque ; c'est un archevêque optimiste et bredouillant (fantoche digne de Musset) ; et c'est un juif ([ui " jiarle français avec l'accent
NEI'nMLCIAK l.llMKKC.IKl! 2«
!;'('i'manii|iie, sous prétexte (|ue l'action s(! passo en Portugal ».
« Ne relrouvez-vous pas dans tout cela, dit M. Larronniet, de vieilles connaissances, ^ue le drame; romantique, voiri' le mélodrame, vous ont rendues lamiliùres, depuis Victor Hugo et Alexandre Dumas père, jusqu'à M. d'Ennery et Anicet-Bourgeois ? Don Carlos dans son armoire, au début d'/Zcrnani^ Casildaetdon César de Bazan, dans ////y /Uns, Gorentlol, dans 1(1 Ih'tnc. Mnr(jiit, Poulain de la Sorcière des /■.'lais ilr /Unis, le juif de }/iirir Tiulor, les cOurtisans ridicules ou odieux ^ \\\\ \w\\ partout seraient à l'aise dans l'into, et comme chez eux. » — Rien n'est l)lus vrai. Et le troisième acie de Pinln, notamment, I)ar là-mème qu'il ressemble au deuxième acte du MdriiKjr de /■lijaro (à cela près qu il fait d(''pendre iTiine intrigue privée un grand ('vénement public) ressemble aussi, et d'une façon criante (sauf un peu de gaucherie, çà et là, à faire passer la muscade), aux actes les plus « mouvementés » des drames historiques du père Dumas.
Et, d'autre part, Pinto, i un peu laquais et beaucoup patriote », étant un Figaro révolutionnaire, est déjà un premier exemplaire de Ruy Blas. De Ruy Rlas, il a l'emphase, la prétention, et, par endroits, la mélancolie. \u second acte, quand, les conspirateurs perdant leur temps en mesquines querelles, Pinto apparaît au fond de la salle, le front pâle et les bras croisés, instantanément j'ai cru voir surgir
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Moiincl-Siilly devant le Conseil des ministres et. j'attendais presque le « Bon appétit, Messieurs ! » Joignez que la même antithèse est dans le rôle de Ruy IJlas, laquais devenu premier ministre, et dans celui de Pinto, petit secrétaire qui fait une révolution. Pinto est un Ruy Blas qui réussit...
liref, on peut dire, sans aurunemenl abuser des mots, que Pinlu ou la Journée d'une ronspiraliun est, complètement, un « drame historique « et, partiellement, un « drame romantique».
Or, Pinto est de 181)1 (l" germinal an VIII).
Il en ressort une vérité que nous connaission.s certes, et qui est môme banale, mais que nous touchons ici du doigt : c'est qu'il est absolument impossible de ilNer avec exactitude le comiucncement d'une période ou d'un mouvement littéraire. Oii commence le théâtre romantique ? On répond ordinairement : o A lli'rnani. >■ Mais Henri lllesi antérieur à Ihrrnani ; mais Louis AI, écrit en i8!27, est antérieur à Henri III, et Marino Fuliero est de la même année que le drame de Dumas ; mais 7'i;i/o est antérieur à Lohm .W et fi Marino Fuliero. Dumas fut donc aussi « inventeur » que Hugo ; et Casimir Delavigne le fut plus que Dumas ; et Népomucène Lemercier plus que Casimir Delavigne. Et ainsi l'on pourrait soutenir (et ce ne serait point, je vous assure, un jiaradoxe) que 1(> grand lliign l'ùt, imi somme, un « esprit à la suite » ; car, avant lui, on lit des pièci's mêlées de ciunique el de tragique, sans unilé
NKPnMlCÈNE LEMEUCIEU 2n
(le ti'inps ni di' lieu, et où l'ormii'il lûmaiiliqiio t'^tiiit t'xpriiué ; car, avant lui, Auf^ustin ThieiTy connut la a coiilinir locale » ; car, avant lui, Duels dans Abu far ol Di'lavigne dans le Paria décrivirent rOrient, et u de chic », tout comme lui ; car, avant lui, Laniarlini^ répan<lit iiuiiinifiijucnu'nl sa luélancolic ; car, avant lui, AUVimI de Vigny, dans ses Voi'hic).-, et Lamartine dans la Chute d'un nage, conçurent la Lé^ (jeiule des siècles ; etc.
Seulement, voilà ! Ihigo avait son génie et sa langue. Et c'est pourquoi Népomucône et même Casimir, ^- ces précurseurs ! — ■ ont été mangés si aisément par lui.
(Jui, rien n'est plus dillicile que de savoir quels ont été, en littérature, les premiers inventeurs. La seule chose dont on soit à peu près sûr, c'est que toutes les innovations ont été commencées et tentées, non i)ar des hommes d'un grand génie, mais par desincomplets, des i ratés ». Et ces ratés eux-mêmes, s'ils ont failli trouver quel([ue chose de nouveau, c'est que « quelque ctiose tlotlail, comme on dit, dans l'air ». De sorte qu'en lin de compte le grand Inventeur, c'est Tout-le-.Monde.
Renonçons donc à fixer la part de chaque écrivain dans ce qu'on appelle improprement une » ri'volution » littéraire, car c'est " évolution » qu'il faut dire. Chaque génération collabore avec celle (jui l'a précédée! et avec celle qui la suivra. Les hommes de génie recueillent et expriment définitivement ce qui
fut pressenti et imparfaiteinent exprimé avant eux. Uii dirait que l'invisiljle multitude des àines contemporaines, — j'entends celles qui ont quelque noblesse et qui sont capables d'inquiétude, — sollicite et détermine, par on ne sait quelle pression, quelle pesée obscure, les ratés, les « essayeurs » (tel Népomucène Lemercier) à tenter leurs essais, et les inventeurs de la forme (tel Victor Hugo) à les reprendre et à les consommer. Et donc, nous qui sommesla foule, nous qui n'avons que des désirs confasetqui ne savons rien créer, nous contribuons en un sens à tout ce qui se fait de beau de notre vivant ; nous y contrilju )ns à force de l'attendre et de l'aimer d'avance... Cette pensée est consolante, et même llMtlcuse.