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SEBASTIEN MERCIER

La vio elle personnage de Sébastien Mercier sont assez amusants. C'était un bon type, et dont respécc n'a pas disparu; un type d'écliaufré, d'outrancicr, de faux liomme de génie et de faux inventeur, — non sans proijilé du reste, ni sans esprit, ni môme sans talent. M;iis avec tout cela son cas est bienfait pour nous renili't' modestes, et vous verrez comment.

Il iiai|iiil à Paris en IT'rO. 11 l'ut iiuelque temps professeur au collège de Uordeaux. i'uis il revint à Paris faire de la littérature. Il composa d'abord des <' liéroïdes », parce que c'étaitun genre à la mode, et ses liéroïdes ne valaient rien.

C'est alors qu'il trouva son chemin de Damas. C'était aux environs de 1770. On traduisait beaucoup le théâtre anglais. Mercier s'en éprit, un peu aveuglément, comme d'autres, aujourd'hui, du théâtre Scandinave. 11 découvrit, à la suite de Diderot, le « drame », par opposition à la tragédie et à la comédie classique.

Là-di'ssus, il écrivit un Essai sur Viirt dicvmaliquf . Il apiielait Racine et Boileau les « pestiférés de la littérature ». (Les romantiques plus tard se conten-

tèreni de les Irailor de perruques.) Il disiiil ijuc R;icin(i « avait perdu la poésie française ». 11 disait aussi que les contes de Perrault valaient mieux (]ue V/Iiiidi'. 11 raillait la tragédie, n'en voyait que 1(!S conventions, secouait les <■ règles », disait qu'il fallait emprunter ses sujets à l'histoire moderne et surtout à la société vivante. Bref, il prêchait le modernisme et le réalisme.

Pour mettre ses théories en pratique, il écrivit NatlKilic, drame en quatre actes. La pièce fut reçue, mais indéliiiiment ajournée par les comédiens français. Mercier les poursuivit en justice et se lit recevoir avocat pour soutenir son procès, car c'était un esprit propre à tout et d'une effroyable facilité. Mais l'alfairo traîna et, finalement, fut enterrée.

Alors Mercier lit imprimer ses drames. On les joua en province, puis à Paris, à la Comédie Italienne. Le J)rscrteur et la /Jiùiiillr du oinaKiiier eurent un très grand succès. Le /h'Sfrli-ur plut beaucoup à Maric- Anloinette, qui crut ([ne c'était du nouveau, cette charmante femme n'étant pas exempte de snobisme.

Kn 1770, Mercier lit paraître VAn '2440, rrce s'il en fut, prophétie facile et insigniliante sur l'évolution des moeurs et sur les progrès de la science appliquée, — et, en 17S1 et les années suivantes, le Tahli'uu tir Paris, en douze volumes, — qui est son (cuvri^ la plus intéressante.

La {{évolution éclati;. D'abord révolutionnaire exalté, Mercier ronqil bienti'it avec les Jacobins, car,

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avec un cerveau bri'iU', il avait l'Amn douco. Député à la Convention, il no vote pas la mort du roi, mais seuleuioul sa détention perpétuelle.

Après le triomphe de la Montagne, ail^ol mai, il est de eeux tjui signent une protestation contre les actes do cette journée. Il est incarcéré avec 72 de ses collègues. Il échappe à la guillotine et, après le î) tlierniidor, reprend sa place dans l'assemblée. Puis, en 17!to. il passe au Conseil des Cinq-Cents.

Il avait écrit eiuitre la loterie, et il acceple, en 1797, une place tle conlroleur dans cette administration. Il avait écrit conire les Académies, et il devient membre de la deuxième section de l'Institut (Sciences morales)... Il ne craignait pas de se contredire, et peut-être ne s'apercevait-il pas de ses contradictions. Ce n'est d'ailleurs pas par là qu'il est original. Professeur d'histoire aux Écoles centrales, il ne cesse de travaillera étonner ses contemporains. Un jour, il accuse Voltaire d'avoir di'truit la morale; il t'ait son procès à la philosophie et s'élève contre la dilVusion do l'instruction dans les masses, ce qui lui vaut le surnom, assez mérité, de « singe de Jean- •lacques ». Une autre fois, il attaque dans son cours Locke, Condillac et les idéologues (ju'il appelle les idioliiijurs . Il soutient (pourquoi ?) que la terre est ronde et plate, et que le soleil tourne autour, comme un cheval de manège. Il dénigre les arts et appelle les statues des « poupées de marbre ». — Il aurai! voulu supprimer, disait-il, jusqu'au n(uii ih- Corrège,

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de Raphaël, de Titien, « dont les leuvres ont été si

pernicieuses pour les mœurs ».

11 publie, en 1801, un livre intituli' : Néologie, vocabulaire des mois nouveaux ou à renouveler. Il conseille de renoncer totalement aux vers, chose puérile et artificielle. « Les prosateurs, dit-il, sont nos vrais poètes. » — Il imagine une bibliothèque française, d'où il exclut Malebranclie, Pascal et Bossuel ; mais ily place Marmontel et Lotourneur. Enfin, pour ennuyer Lavater, l'homme des bosses du crâne, il prétend qu'on peut arriver à la connaissance de l'homme par la seule inspection des pieds. — Voilà quelques-uns de ses paradoxes. Ils sont faciles et ne sont pas très piquanls. Et le l)ire, c'est qu'il y croyait.

Sous l'Empire, il resta républicain, prudemment, mais fermement. Il appelait l'empereur un « sabre organisé ».

Il mourut en 181 4, quelques jours après le retour des Bourbons. Il avait, pour ce qui le regardait, grande confiance dans la postérité. Il s'appelait luimême « le plus grand livrier de France », et en effet son O'uvre est volumineuse. Il disait que Greuze et lui étaient deux grands peintres. C'était d'ailleurs un fort honnête et fort brave homme.

Avant d'arriver à son théâtre, disons un mot di son l'ablcau t/c J'aris.

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