SÉBASTIEN MERCI EH
C'est un énorme paquet de notes, — mallieureuseincnt sans aucun ordre, — sur Paris, sur sa vie, ses rues, SCS spectacles, ses divertissements, ses nueurs et usages, ses métiers et professions et ses diflérentes classes sociales. Un mérite de l'auteur, c'est d'avoir t'ait la place très large au petit peuple, même à la populace, même aux bas-fonds. L'enquête, très décousue, parait assez complète. Nous serions très iieurcux d'en posséder une pareille sur chaque grande période de l'histoire des mœurs.
.le feuillette, un peu négligemment, ce Tahlrau de l'avis (entimdcz de Paris aux alentours de ITSO) :
« Lé peuple, dit Mercier, est mou, pâle, petit, ratiougri. Il 11 ajoiile : « (In voit liii'ii au premier coup d'ii'il que ce ne sont pas là des républicains. »
" 11 n'y a plus A'hommfs à honin's fortunes ; nous n'avons plus même de petils-mailres ; mais nous avons l'e/e'/fl»/... Sa fatuité est calme, tranquille, étudiée: il sourit au lieu de répondre... Il parle de la retraite où il vit, de la chimie qu'il étudie, de l'ennui où il est du grand monde... Les femmes, de leur côté, n'épuisent plus les superlatifs... elles parlent avec une simplicité affectée : les événements les plus tragiques ne leur arrachent qu'une légère exclamation ; les nouvelles du jour, narrées sans réflexions, et les expériences chimiques, fournissent à l'entretien. »
licef, en 17<S(). la mode, dans le monde, était à la science et à un certain air dédaigneux et ennuyé. On
« piocliail » la simplicité et la froideur. A ce propos, une note curieuse : « Lorsque M. de Voltaire est venu à Paris en 1778, les hommes du grand monde ont remarqué qu'après une si longue absence de la capitale, l'écrivain renommé avait perdu ce point juste qui détermine l'empressement ou la retenue, l'enjouement ou la réflexion, la louange ou le badinage. 11 n'était plus d'accord ; il montait trop haut ou descendait trop bas ; il avait d'ailleurs une démangeaison de paraître ingénieux à cliaque phrase; on voyait l'effort.. . »
Cela veut dire qu'on eut beau l'acclanier et couronner son buste, on se moqua de lui par derrière et on le trouva « coco » : et voilà l'envers de bien des apothéoses.
" La finance est alliée aujourd'luii à la noblesse. La dot de presque toutes les épouses des seigneurs est sortie de la caisse des fermes...
<t La mode, dans les grandes maisons, est de dîner son épée au côté; on s'esquive sans saluer... On reparaît dans la maison huit ou dix jours après, sous peine d'impolitesse.
a Les riches ne font plus bonne chère, parce qu'ils ont commencé de trop bonne heure, el (ju'ils ont le goût émoussé. Souvent le maître de la maison, au milieu d'une table délicieusement servie, boit tristement du lait.
« Avec des nourrices, des gouvernantes, des pri'repteurs, des collèges et des couvents, certaines
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l'omiiies ne s'aperçoivent presque pas ([ii elles sont mères.
« ( )n (léelanie toujours contre les financiers, et moi tout le premier. Ils ont fait tant de mal, a dit quelqu'un, qu(! ceux d'aujourd hui, qui en font moins, payent pour leurs devanciers.
« Une seclc nouvelle, composée surtout de jeunes },'ens, parait avoir adopté les visions répandues dans un livre intitulé les /{rrrurs et la ]'éiilr, ouvrage d'un mystique à tète échaiilTéc, qui a néanmoins (pielques éclairs de génie. » Bref, le mysticisme était liien porté.
« On a aujourd'hui l'air d'un sot écolier quand on se met à déclamer contie les mystères et les dogmes. Il n'y a plus que les garçons perriujuiers ([ni fassent lies ]il;iisaiiteries sur la messe. » Bref l'impiété n'i^lait [)lus à la mode.
<c I.o noml)re des tilles publiques, ne favorisant que trop le désordre des passions, a donné au.\ jeunes gens un tonlibre qu'ils prennent avecles femmes les plus honnêtes, de sorte que, dans ce siècle si poli, on est grossier en amour.
" Les mots proscrits de la langue (l'argot) sont positivement dans toutes les bouches, depuis les princes jusqu'aux crocheteurs. Les femmes aujourd'hui se les permettent.
« Le second ordre de la bourgeoisie a des moeurs, et des moeurs plus pures peut-être que dans tout autre lieu du monde.
0 L'idole de Paris, c'est le joli... »
J'ai choisi ces quelques remar(iues dans le premier volume, — et j'en aurais pu recueillir des centaines, — ])Our vous montrer que bien des cho.ses n'ont j)oint tant changé en cent vingt ans. Si, de ce tableau des mœurs en 1780, on rapprochait un tableau des mœurs en 190U, je ne sais si les ressemblances ne l'emporteraient pas sur les diflérences.
Celles-ci, néanmoins, sont considérables, cela va sans dire. Mercier constate, il est vrai, un adoucissement général des mœurs et reconnaît que lieaucoup des abus de l'ancien régime étaient aku-s atténués dans la pratique. Mais cette société déjà plus humaine garde pourtant des cruautés que nous pouvons à peine concevoir. (Je vous renvoie aux chapitressur les prisons, le bourreau, et les supplices.) (",e qui est charmant, c'est le pittoresque de cet ancien Paris ; il l'emporte par là, et de beaucoup, sur le Paris d'à présent. 11 est moins grand (000.000 habitants) et beaucoup moins propre et commode ;mais la vie, y étant jilus resserrée et sur un plus petit nombre de points, y est plus grouillante, plus diverse, plus colorée. Les classes sociales, plus séparées par les lois et les institutions, y sont, dans la l'éalité, plus rapprochées et mêlées par les mœurs ([u'elles ne le paraissent aujourd'hui.. Notre Paris hy- ;;iéni([U(^ et monumental, où les pauvres vivent si loin des riches, semble froid, dur, et bien peu familier et fraternel auprès de celui-là.
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Il faut lire les chapitres sur la Courtillc et Ham-
ponneau, sur les Piliers des Halles, sur la Fête-Dieu
etsurle Palais-lloyal. Que ce vieux Paris devait être
amusant !
Le Tableau d<; Paris est tout pénétré de l'esprit de ,lean-.lacques. Ce sont de continuelles dissertations d'iiygicniste, de sociologue, et de philosopiie de la nature. Cela le rend plus ennuyeux, mais bien estimable...
Passons au théâtre de Mercier.
L'évolution de la comédie au xviii'" siècle est vraiment bien curieuse. Car, partie de la comédie proprement dite, celle de Molière, elle aboutit à la comédie larmoyante et à la tragédie bourgeoise et populaire ; elle va de la pièce ijui fait rire à la pièce qui fait pleurer et de la comédie à son contraire.
De cette singulière évolution on suit parfaitement toutes les étapes ; et, d'une étape à l'autre, on voit la comédie se vider peu à peu de ce qui est comique. D'abord, tandis "que Molière s'était contenté de marquer çà et là le sentiment de l'amour, en quelques traits sommaires, ^Marivaux fait de l'amour le sujet même de sa comédie, qui devient ainsi tendre et touciiante autant que subtile. D'autre part, Destouclies invente, le maliieureu.x I la comédie didactique et pédagogique, écrite en style d'épître mo-
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raie, et, pour y maintenir quelque intérêt, cherche lesefTets patliétiques et sentimentaux. Puis LaChaussée, conlinuaiil Deslouclies, crée la comédie larmoyante, à peine mêlée encore de quelques scènes comiques. Laissant la peinture du monde et des ridicules mondains, il prend pour objet la vie intime, les douleurs domestiques. — Enfin Diderot s"empare de la nouveauté mises à la mode par La Chaussée et l'agrandit. — non par ses deux insupportables drames, le Fils naturel iil le J'i'rede faniillc, mais par ses théories. Il fait le procès à tout notre théâtre. Il demande plus de vérité, naturellement ; c'est toujours à plus de vérité qu'on a voulu ramener le théâtre, et cela, cinq ou six fois par siècle. 11 demande la suppression des mots d'auteur et des tirades et l'exactitude du décor. Il y a deux points où il insiste surtout : 1" il veut non plus des coups de théâtre, mais des tableaux, c'est-à-dire, à le bien entendre, une mise en scène plus semblable à la vie; et 2° il veut qu'on peigne, non plus seulement les caractères, mais surtout les conditions, c'est-à-dire, — à l'interpréter avec bienveillance, — des caractères encore (car que serait la condition toute seule, le juge en soi '.' le négociant en soi? etc.), mais des caractères particularisés, localisés, modifiés par les circonstances de la vie réelle, dont la plus considérable estl'attacheprofessionnelle. Il veut, en somme, un théâtre réaliste. Et je ne sais pourquoi (mais c'est un fait), voulant un théâtre réaliste, il a, pour sa •
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pari, uitiuicIk' d ini tlu'.'iti'r cxcliisiveinriil iilciirard, et déclariiatuiri", cL taux coiniiie un jcloii.
Or, tandis que lai'Oiiiédie, avuc Destouclios, l'agaii, La Chaussée, Diderot, Saurin, Sedaine, se dirigeait vers le drame bourgeois et populaire, la tragédie, avec Créhiilon, Voltaire, Ducis, sachemiiiail au mélodrame historique. Ainsi, elles tendaient à se rejoindre ; et au lieu que le xvn" siècle, parti d'une entière confusion des genres, était allé les débrouillant, les distinguant, et les séparant de plus en plus, jusqu'à la tragédie pure de Racine et à la comédie pure de Molière, — par un mouvement contraire, le xviii" siècle avait travaillé à les rapprocher et à les mêler de nouveau. Car toute l'histoire n'est que retours et oscillations.
Ce drame réaliste, dont Diderot avait donné l'intéressante formule, c'est ce bon Mercier qui se charge de l'exécuter et le théâtre de Mercier est un exemple impayable de l'énorme différence qu'il y a quelquefois entre ce que nous croyons faire et ce que nous faisons.
La Brouette du vinaigrier (1774) ressemble un peu, et même beaucoup, à ces drames puérils et moraux que l'on jouait autrefois, dans les écoles primaires ou chez les Frères de la doctrine chrétienne, à la distribution des prix
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Le commerçant Delomer a promis sa tille à M. Jtillefort, homme à la mode et coureur de dois. M"'' Delomer se soumet, bien qu'elle aime secrètement le commis Dominique, pauvre et vertueux, dont elle est adorée. Mais — comme ca se trouve ! — M. Delomer ayant subitement fait faillite, .inllcfort se dérobe ; sur quoi Dominique père, un bonhomme qui vend du vinaigre au détail, demande pour son lils la main de M"*" Delomer, et l'obtient : car, — comme ça se trouve encore ! —le baril qu'il brouette dans les rues contient toute une fortune amassée sou par sou.
La liroiictli' du vinavjncr est, je crois bien, la j)lus enfantine des pièces de Mercier. Pourtant c'est celle qui eut le plus de succès. Elle dut ce succès, j'imagine : 1" au réalisme de certains détails extérieurs ; 2" à l'idée qui y est partout répandue, de l'égalité des bommes. (Et cependant ce qui triomphe au dénouement, ce n'est pas l'égalité, c'est l'argent, ce grand maître d'inégalité, puisque c'est l'argent ([ui rend possible le mariage de Dominique avec M""' Delomer ; mais Mercier ne s'en est pas aperçu); ;$° la pièce dut son succès au typi! du vieux vinaigrier ambulant, philosophe de la rue, sorte de Thomas Vireloque vertueux et décent, et qui fait songer à la foisau bonhommeRichard etun peu au cliiHonliicr lie l'\''li\ P^ al .
Toulel'ois le Juge (177'i), Atilhulic (ITT.'m et Vfiuliijciit [HHH) me paraissent nii |h'ii moins insigni-
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tiitiils, — niiiins af;r(''aliles aussi, jp le rccdiinais. Voyons le Jinje. — Un gcntillioiiimc terrien veut contraindre un magistral à lui donner gain de cause, contre toute équité, dans un procès qu'il a avec un paysan. Note/, que ce seigneur est le liienfailcur de ce juge : néanmoins celui-ci, après beaucoup <!'angoisses, a le courage de l'aire son devoir. Heureusement le seigneur condamné est enlin touché luimême, et complètement retourné, par la -< naïve » élotiuence de son adversaire le paysan, — un de ces vertueux villageois comme les concevaient alors les liliilosoplies et les littérateurs. Et puis, — comme ça se trouve ! — ce juge intègre est précisément le lils de ce gentilhomme impétueux mais sensilile, qui l'a eu d'un mariage secret ; et cela facilite encore le dénouement, mais n"a, du reste, aucune espèce de rapport avec l'idée de la pièce.
Voyons ['Indiqetil, drame en A actes, 1782.
— De Lys, « riche jeune homme », cherche à séduire la pauvre ut vertueuse ouvrière Charlotte, qui vit avec le tisserand .Joseph, qu'elle croit son frère et qui la croit sa sœur. Mais, — comme ça se trouve ! — Charlotte est justement la sœur du jeune de Lys, et .loseph n'est que son cousin. Comment? Il serait trop long de vous l'expliquer. Quand de Lys sait cela, il voudrait frustrer Charlotte de ce qui lui revient de l'immense fortune de son père. Mais un notaire sensible et vertueux déjoue ses manœuvres, l'amène
par SCS discours à ili' inciUciirs snntimonls, cl marie
Clinrloltc et .loscpli.
Voyons enfin AV7^//a/(<', drame en quatre actes, 177;;.
— C'est une pièce assez compli(iuée, — une des premières ([uc Mercier ait écrites, et peut-être la meilleure, — et celle qui ressemble le plus, d'une part au drame bourgeois selon Scribe, de l'autre au mélodrame populaire.
M. de r.lumar, ancien capitaine de vaisseau, déjà vieux, a pour llllc (du moins il le dit) .\gatlie, qui a dix-liuit ans. Un vnisiii de campagne, Fondmaire, homme déjàmi'ir,aimc Agathe, et la demande en mariage; l't Ciumar la lui accorde, un peu malgré elle.
Or, Fonilinaire a secrètement, à Paris, une ancienne maîtresse, do bonne famille, et qu'il a enlevée autr(>fois : Nathalie. Nathalie vient relancer [■'oudmairc ; elle a avec lui une explication à la suite (le laquelle elle tombe (Ml syncop(> et reste malade. Mile est soignée parla.jeune Agaliie, sa proprt^ rivale; elle trouve cette enfant charmante, si cliarmante ([ue, ayant revu F(indmairc, eih' lui dit : » Fpousez- 1,1. .le vous rends votre liberté, je me .sacrifuî à votre boniienr, el j'entre au couvent, » Sur quoi Fondmaire est tellement ému d admiiation qu'il dit à Nallialic : '< C'en est trop ! l'cnmie sensible cl vertueuse, c'est toi (]ui seras mon épouse ! ■>
Or, — comme ca se trouve ! — Nallialic est la lillc
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(le Cliimnr et la mère (rAgalhc. Jadis onl(>vi'0 par un séducteur, Natalie a été reniée et oubliéi; par son père. Comment Clumar ignore que le séducteur de Nathalie est justement Fondmaire, et comment Fondmairc et Nathalie ignorent qu'Agathe est leur tille, cela nous entraînerait dans trop d'explications. I,e plus clair, c"est ([ue l'ondmaire eût épousé sa propre lille. si la Providence n'eût veillé. « 0 maître de nos destinées, c'est donc loi qui me ramènes ma lille ! j) dit Clumar. « Par quelle voie merveilleuse, mon Dieu, m'as-fu conduit à ce moment ! » dit Fondinnire. El tous deux ont raison (h; s'étonner.
Tels sont (pielques-uns des drames de Mercier. Il faut maintenant considérer : 1" par où ils ont réussi jadis, et ce qu'ils sont quant à l'histoire des idées et des mieurs ; 2° ce (ju'ils sont dramatiquement et quant à l'histoire du théâtre.
Ils ont plu autrefois par ce qui nous en parait aujourd'hui le plus suranné et le plus fade, par ce qu'on appelait alors leur « philosophie ». Dans ces drames inspirés des théories de Diderot, Mercier a versé à Ilots la philosophie de Jean-Jacques, épaissie et vulgarisée. Ils sont pleins de lieux communs de morale naturelle ; ils sont déistes et de tendances révolutionnaires; ils proclament l'égalité des hommes; ils prêchent la tolérance ; ils dénoncent les abus de l'ancien régime ; ils glorifient, vous l'avez vu, le
liourj^eois éclairt', le nt''gociant, le juge, le nolaire, c'esl-à-dire précisément l'espèce d'homme (]ui représenterale tiers état à l'Assemblée constituante. Us préparent 89, comme tout, à cette époque, le prépare. De plus, comme presque toute la littérature du même temps, ils sont pleins d'une << sensibilité » qui nous semble aiTreuse, ridicule et répugnante, mais qui paraissait alors délicieuse et distingu('e. Cette sensibilité-là n'avait souvent de la sensil)ilitr' que le nom : c'était surtout l'application à paraHrc (■■prouver jusqu'à l'excès les émotions d'un caractère altruiste, parce qu'on tenait cet excès pour lioniiralile. 11 y avait donc là lieaucoup d'artilice et de vanité, et, par suite, très peu de pitié et de bonté réelles, puisque cette vanité, ce souci de soi-même, cette préoccupation d'être, aux yeux des autres et à ses propres yeux, dans une posture qui vous fît honneur, étaient foncièrement contradictoires à l'idée de la véritable bonté, qui implifpie justement l'oubli de soi ou du moins l'eil'ort de s'oublier. Et c'est pour- ([uoi leur « sensibilité » n'empêcha nullement les hommes de la Révolution d'être souvent impitoyables.— Puis cette sensibilité étant une mode, et, par suite, étant affectée par les êtres les plus médiocres, revêtit rapidement une forme d'une inexprimable sottise. Et enfin, comme cette sensibilité passait pour noble, elle entraîna la c< noblesse du slyl(! >) comme la concevaient les sots, c'est-à-dire la plus emphatique, la plus incolore et la plus niaise
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pliraséologie, un charabia sans nom. Par là, quelquesuns des (Ti'ivains du siècle dernier nous paraissent plus éloignés de nous, plus étrangers, plus iroquois ([ue les précieux ou les burlesques du xvii" siècle ou <iue les pédants du wi". L(!s personnages de Mercier s'appellent couramment entre eux homme, sensible., créa ture vertueuse., noble épouse, l'especlnhle vieillard... Dans Jean llennugcr, drame sur la Saint- Barthélémy, l'évèquc de Lisicux, parlant au lieutenant du roi, l'appelle : « militaire féroce » !
Cette sensibilité vaniteuse, em|)halique et bêle, de la lin du wiii" siècle, je ne sais pas, après tout, si l'on n'en retrouverait pas quelque chose, sous une t'irnie ([ui nous paraît moins sotte, dans notre évangélisme des dernières années et dans notre « religion de la souffrance humaine », devenue, elle aussi, une mode... Mais ce qui est plus sur, c'est qu'un peu de cett(i sensibilité banale, et sous la forme même qu'elle eut au xviii'^ siècle, est demeuré longtemps dans notre mélodrame populaire.
Cela m'amène à mon second point (la ipialilé dramatique des pièces de Mercier et leur place dans riiistoire du théâtre).
Mercier voulait et croyait faire des drames nv/Zis/c?. Voyons ce qu'il a fait.
Le réalisme, chez Mercier, est dans la condition sociale des personnages, dans leur costume, dans le décor et dans les accessoires : ainsi, la brouette et le baril dans la llrouelle du vinaif/rier ; ainsi, dans
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YIndiijrnI, le laliouri't dépaillé du lisscraïui Joseph, et, la lablfi de toilette de l'élégant de Lys ; ainsi les détails de procédure dans le /»'/'' et dans Ylndiçienl. Mais le réalisme n'est que dansées détails extérieurs: il est aussi absent que possible de tout le reste, action, sentiment? et style, c'est-à-dire du drame luimême.
Car, d'abord, dans ces pièces, le hasard règne en maitre, je dis le hasard le plus invraisemblable. Ce nesont, è la suite de mariages secrets, de naissances cachées, d'abandons, de dispersions de familles, que rencontres inopinées entre des gens unis à leur insti par des liens naturels ; et par suite, les dénouements sont tout en « reconnaissances », — comme d'ailleurs ceux de Voltaire, la tragédie, à cette époque, subissant une dégénérescence parallèle à celle de la comédie.
Ce n'est pas tout : tandis que l'action est, presque toute, gouvernée par un liasard romanesqu(% les personnages sont entièrcnn'ut siiliordonné'sàraction. Ils n'ont aucune vie pro]iri'. Ce sont des ombres vaines qui déclament. Ils sont presque tous d'une vertu démesurée, monotone et insipide ; et, (juand ils sont méchants, ou moins bons, ils revienin'iil au bien ave(' une incroyable rapidité. Il n'est presque pas une de ces pièces oii nous n'ayons vu de ces revirements moraux ijui s'opéraient tmil d'un bloc, comme au coup de silllet d'un machiniste.
Or, tous ces caractères, réalisme purement e\l(''-