‹ Théories et impressionsChapitre 4 sur 49 · I..V TlIKiiniK ItOVALISTE lo · texte numérisé non relu

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La deuxième dillicuUé, c'est qu'il y a, cliez l'immense majorité des Français, une prévention formidable, et peut-être irréductible, contre' la royauté. C'est un fait. Pour d'innombrables ouvriers et paysans, et pour beaucoup de bourgeois, la royauté, c'est, essentiellement, le « gouvernement des curés » . Chez presque tous, les sentiments anticléricaux ne sont pas autre chose, au fond, que la peur de la monarchie. « Ce n'est pas le ministre du Christ qu'ils redoutent dans le prêtre, c'est uniquement l'homme du roi, percepteur des dîmes et porte-parole du châtelain. » (A. .lacqu'et, la République plébiscilairc, brochure de propagande.) C'est en exploitant cette séculaire association d'idées (royauté : règne du clergé) que tant de gredius se font élire et peuvent ensuite se moquer impunément du peuple. Je crois bien que c'est la faute de la Restauration plus encore que de l'ancien régime ; la faute du milliard des émigrés, des missions, des « fourgons de l'étranger », de la « Congrégation », du billet de confession, etc. Le peuple se souvient de tout cela pclc-mclc, et il y ajoute instinctivement la dime, le droit de jambage, et je ne sais quelles autres mystérieuses horreurs. Le peuple a encore dans le sang toute la substance de ce que M. Maurras appellerait le venin des petits pamphlets de Paul-Louis et des

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cliansoiis imlitiiiues de Béranger... Sérieusement, je crois que la Ueslauration a été particulièrement funeste à la royauté, et que, sans la Restauration, le rêve de M. Maurras serait aujourd'hui un peu moins irréalisable.

« Mais, dira-t-il, les fourgons de l'étranger nous ramenaient la paix. — Sans doute. — Mais le milliard des émigrés était une restitution. — D'accord. — Mais la politique extérieure de la Restauration a été excellente. — Il est vrai. — Mais la Restauration avait refait la France forte et prospère. — Assurément. — Le peuple est donc absurde. — 11 l'est. — Mais il faut léclairer. — Ce n'est pas commode. — Mais nous avons le billet de confession maçonnique, et la Congrégation rouge, pire que la noire. Mais les rois de France n'ont jamais été cléricaux. Mais Charles X lui-même a rendu des ordonnances contre les Jésuites. Mais mon prétendant n'a rien d'un bigot, et il le fera bien voir... »

.le réponds comme ci-dessus : « A la bonne heure. Mais, pour le montrer, il faudrait déjà qu'il fût roi ; et il ne l'est pas. » Et vous verrez pourquoi je m'en tiens à cette réplique toute ua'ive.

Le peuple voit aussi, Invinciblement, dans la royauté, le gouvernement des nobles; et il le redoute.

C'est, chez lui, un seulimenl très profond, trans-

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luis avec le sang, perptitué par la tratlilioii orale. II faut être juste : le peuple a eu lerribleinent à se plaindre des nobles, surtout depuis le milieu du xvi!'= siècle. Je viens de relire T/ljuieii Héginir, de ce Taine que le néo-royalisme considère comme un de SCS docteurs. Le tableau est afl'reux et semble bien véridique. Il est, en tout cas, documenté de la plus imposante façon. Les nobles qui résident, pauvres eux-mêmes, sont parfois obligés de pressurer les pauvres. Quant à ceux qui ne résident pas, qui paradent ;\ la cour, qui y vivent des libéralités du roi, c'est-à-dire de l'argent sué par le peuple, comment qualifier leur conduite et leur rôle ? Sauf par le service militaire — où encore ils ont tant d'avantages et de compensations — ces privilégiés ne justifient absolument plus leurs privilèges. Le peuple le sent, et s'en irrite. Il ne voit jamais ses anciens chefs naturels ; il ne les connaît que par le poids dont ils pèsent sur lui... Les droits du roi, si lourds, passe encore ! Mais les droits seigneuriaux sont d'autant plus odieux qu'ils viennent par surcroit et qu'ils achèvent d'écraser des mallieureux... Les procédés du fisc sont atroces, la misère inexprimable... C'est de tout cela que le paysan garde encore le souvenir obscur, mais tenace.

Le roi lui-même, je ne dis pas que le peuple soit aujourd'hui tout prêt à l'accepter : cependant, il sait que le roi s'est appelé saint Louis, Charles le Sage, Louis XI, Louis XII, Henri IV ; il sait, tout en gros,

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que if roi a soiitonu les communos cftnirc ia noblesse et qu'il a (Hé assez souvent le « père du peuple », — jusqu'aux jours où la royauté paternelle et prot(!e- Irice s'est transformée en monarchie absolue, centralisatrice et fastueuse.,. Mais il se souvient aussi que les nobles ont combattu contre la I*"rance ; et il n'est pas assez bon historien ni assez bon moraliste pour se représenter avec équité les raisons qu'ils en ont eues. Enfin, il croit que, aujourd'hui encore, le roi rentrerait nvec Ifs nohlrs ; et cela lui fait peur.

De fait, celte perspective n'aurait rira ilengaf^eant. A [)art des exceptions honorables, admirables même ("et j'en connais quelques-unes), ce (}ui survit tle l'ancienne noblesse paraît être resté, duns son rnsnnhle, la classe oisive, futile et dédaigneuse. On craint que les gentilshommes ne se ruent autour du roi et que la royauté ne devienne leur butin, comme la République est celui de la secte jacobine. Bref, on craint la noblesse et « la cour » plus encore que le roi.

— « Mais, dira sans doute M. Maurras, tout cela est bien injuste. Taine a beaucoup exagéré ; il a généralisé avec excès. — A-t-il donc exagéré aussi, lorsqu'il a décrit les absurdités et les horreurs do la Révolution ? — Mais le roi, tout en ruinant la France, l'agrandissait. Mais il y avait encore de bons seigneurs. Mais Louis XIV a fait les Orands-Joiirs (si gais dans les Mémoires de Fléchier) contre les

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seigneurs bandits. Mais, si la noblesse a cessé do compi-endre ses devoirs, c'est qirelle s'est laissé séduire clle-iiième aux « nuées » révolutionnaires, et c'est donc la faute à Rousseau. Mais Louis XIV comme Louis XI n"a guère employé rjue des bourgeois. Maïs, enfin, en admettant que vous ayez un peu raison sur les faits, un régime qui est théoriquement le meilleur reste tel mètne après qu'on l'a faussé dans lapratii[ue, même après une perversion de deux (m trois siècles. Mon prince réparera l'erreur de ses pères. Il reviendra à l'orthodoxie royaliste. Presque tous ses conseillers actuels sont des roturiers. 11 emploiera jusqu'aux jacobins qui ont ([iielque capacité. Il sera le roi de tous. Il tiendra les nobles à distance et n'aura qu'un minimum de cour. Il est pénétré de toutes mes idées, et il le fera bien voir. »

A quoi je réponds, pour la troisième fois : — Piuir nous en convaincre, il faudrait déjà qu'il fût roi ; et il ne l'est pas.

Une grande partie des classes dites éclairées partage d'ailleurs plus ou moins les préventions populaires contre la royauté. Mais, en outre, ces bourgeois fonl (les raisonnements. Je reçois beaucoup de lettres oùl'on conteste la théorie même de M. Maurras, et où l'on prétend me démontrer que certains de ses arguments ne, sont que des affirmations gratuites

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Par Pxomi)Ii', quelqu'un m'écrit : a Les néo-royalistes nous parlent de dix siècles de monardiie, de staiiilih', de tradition ininterrompue... Oui. il y a eu de lions souverains, soucieux du bien puMic ; mais il y en a eu très peu. La plupart se sont montrés soucieux de leur gloire personnelle, de leur bonheur en ce monde el dans l'autre... Où est la stabilité, oi^i est la tradition dans cette politique de; la monardiie française, tantôt protestante avec Louis XllI, tantôt catiiolique avec Louis XIV, anticoloniale avec Louis XV, coloniale avec Louis XVI ?... La trop grande durée du pouvoir d'un liomme mène aux abus, à la vieillesse et à l'épuisement : M. Maurras songet-il à détendre les dernières années de Louis XIV '? La tradition des enfants, princiers ou bourgeois, est de prendre le contrepied des idées de leurs pères. Témoin le roi Victor-Emmanuel et le roi Ilumbert, (Guillaume i'"' et ("niillaume IL.. Un chef vieilli est un mauvais chef. Un chef trop jeune veut toujours faire autre chose que son prédécesseur. Etc. »

J'ignore ce que répondraient les théoriciens royalistes à ce tohu-bohu d'objections. .l'imagine que sur l'un des points touchés par mon correspondant, ils diraient : « Ceci n'est que jeu de dialectique. Si les alliances politi([ues de nos rois ont varié, c'est tout simplement que les intérêts extérieurs de la l-'rance se déi)lacaient. . ■■ .Mais n'est-il pas un ])eu vrai que la monardiie française est morte de l,i longueur démesurée, accablante, des règnes de

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Louis XIV et de Louis XV ? U l'st vrai ((u'un ne peut prendre de garanties contre la longévité des rois, — laquelle, d'ailleurs, a aussi des chances d'être utile (!t bienfaisante à la nation.

11 demeure évident que le système de l'hérédité fait une plus grande place au hasard que ne le voudrait >L Maurras. A quoi ce philosophe répliquerait incontinent que le système électif laisse au hasard et, en outre, à la cupidité, à la crédulité et à la sottise, une place plus grande encore.

Knfin (car je tiens à imliquer toutes les objections), le néo-royalisme s'étant qualilié lui-même de « nationalisme intégral », des nationalistes ont regimbé et ont produit cette argumentation (la /^■publiqui' pliihiscitaire, pages 32-33) :

« La famille régnante dans un pays monarchique est-elle au moins une famille vraiment nationale? Pas le moins du monde. Elle est plut(')t la famille la moins nationale de toutes. C'est une famille dont la véritable patrie est circonscrite dans le cercle des maisons princières de l'Europe, c'est-à-dire une famille essentiellement cosmopolite. Sans chercher hors de France, voyez les Bourbons depuis Henri IV jusqu'au comte de Chambord.

« Tous sont nés de femmes étrangères et tous se marient à des femmes étrangères.

« Henri IV est l'époux d'une Italienne de Toscane.

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