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lent, dans ce tlramp, non point comme ils ont parit'', en effet, si l'on s'en rapporte au Moniteur et aux autres documents du temps, mais comme ils ont cru parler — et surtout romme ih niiniii'tU di'i parler, (''tant données la force de leurs passions et la ^l'audeur de leur rôle.
Une autre chose que Biiclmer a vue ou pressentie, c'est qu'il est à peu près impossible, dans im drame ou dans un roman, de montrer les révolutionnaires tels qu'ils ont probahlemenl été, sans risquer par là même de donner une idée amoindrie et fausse de la Révolution. Car la Révolution parait bien avoir ét('' une grande chose accomplie surtout par des hommes médiocres. Mais comment ces médiocrités ont-elles pu agir si puissamment '? C'est que ces hommes, tout médiocres qu'ils étaient à les considérer en eux-mêmes, étaient éminemment représentatifs des itlées, des passions, des besoins, et des appétits de toute une multitude humaine et de nombreuses s;('nérations à travers les âges : et ainsi, à ce qu'ils ont iHé, le poète ajoute ce qu'ils représentaient ; et tout à coup, ces robins, ces avocats sans génie, ces sous-philosophes et ces hommes de lettres de troisième ordre grandissent, deviennent démesurés... Et dès lors le verbe même de Shai<si)eare n'est pas trop pour leur bouche d'airain, car ce n'est plus eux, c'est la Révolution, c'est toute une humanité qui ijouillonue sur leurs lèvres de minces rlii'tiMirs. liref, l'histoire de la R('VolntiiMi doit être
LA MUHT ni-; DANTON i"
symbolique, cnr, si olle n'est syiiiboliijuc, elle est piètre ; et si elle est piètre, elle ne semble plus vraie.
Une chose encore que Georges Hiiclincr a su exprimer, et non sans puissance, c'est le caractère de fatalité lie la Révolution française, soit que les hommes d'alors aient pris pour les elTorts d'une volonté sublime la poussée irrésistible de leurs instincts (sua cuique di'us fil dira cupido), ou qu'Usaient constamment subi les événements qu'ils croyaient gouverner. Toujours est-il qu'ils ont dû demeurer stupéfaits les premiers de ce qui leur était arrivé, ou de ce qui était arrivé par eux. L'audace même des grands crimes, il ne paraît pas qu'ils l'aient eue pleinement, ni d'une claire conscience. On dirait que c'est par terreur qu'ils ont fait des choses terriliantes. Ceux d'entre eux qui ont survécu à la tempête sont restés pour la plupart, nous le savons, hébétés, placides et nuls, comme s'ils avaient été vidés eu une fois de leur énergie.
Cette passivité cachée des révolutionnaires les plus elTrénés, Bïichner l'a rendue d'une façon saisissante dans une scène qui vaut la peine d'être résumée. Danton est dans sa chambre, à la fenêtre, le soir. 11 rêve, et, sans s'en douter, il parle tout haut : « Cela ne va-t-il point cesser ? La lumière no s'éteindra-t-elle jamais '? Le bruit ne linira-l-il pas ? N'y aura-t-il jamais silence et obscurité, de façon que nous n'entendions plus, que nous ne voyions plus nos vilaines fautes"? » El ses lèvres continuent à
remuer malgré lui et prononcent ce mot : « Septembre ! )' Sa femme l'appelle de l'intérieur de la cliamlire : « Danton ! Que cries tu ? — Ai-je crié ? — Oui, lu as gémi : Septembre ! — Moi ? \on. Je n'ai pas parlé, je rêvais... et j'ai entendu ce cri qui venait de la rue. » Et alors il est pris d'un grand besoin de se rappeler le passé et de se démontrer à lui-même que ce qu'il a fait , il a dû le faire :
— Oh ! aide-moi, Julie, mon esprit est alTaibli. N'était-ce pas en septembre, Julie ?
Jllie : Les rois étaient à quarante lieues de Paris.
Da.nton : Les forteresses tombées, les aristocrates dans la ville...
Ji'LiE : La République était perdue.
Danton : Oui, perdue. Pv'ous ne pouvions attaquer l'ennemi, ayant un autre ennemi dans le dos .. Nous aurions été fous... Deux ennemis à la fois. . Nous ou eux... Le plus fort abat le plus faible... N'est-ce pas juste ?
Jllie : Oui, oui.
Danton : Nous les avons frappés. Ce n'était pas un meurtre, c'était la guerre à l'intérieur.
Jllie : Tu as sauvé la pairie.
Danton : Oui, Je l'ai sauvée ; c'était la défense légitime, nous le devions. L homme qu'on a crucilié a su se tirer d'affaire : " 11 faut qu'il y ail du scandale, malheur pourtant à celui qui l'apportera ! » // /«?/<.' c'(!tait ce: il fa ni ! ■ — Qui maudira l.i main sur laquelle esl tomljée la malédiction de cette l'a-
L\ MORT DE DANTON SlO
talilé ? — Oui ;i dit : il faut ! Qui '.' Ou'i>sl-ce qui, en nous, ainie, nient, vole, assassine'.' — Nous sonunes des pantins mis eu mouvement [)ar des l'orees ineonnu(^s ; nous ne sommes rien, rien nous-mêmes : nous ne sommes que les glaives avec lesquels les esprits combattent. Seulement, on ne voit pas les mains, comme dans les contes. — A présent, je suis calme. »
Troisièmement, je loue le révolulionnaii'e Bucliner de n"avoir point fait, de Danton et de ses amis, des héros à la Plutarque, des hommes de foi et de vertu, mais plutôt dos sortes de cyniques généreux, de jouisseurs désespérés à qui l'approche de la mort élargit le cieur. Danton est athée et ne croit ipi'à la nature. « Je ne comprends pas le mot : châtiment, dit-il à Robespierre... Tu es insupportablemenl iionnéte. J'aurais honte de m' agiter trente années entre terre et ciel avec la même physionomie morale, uniquement pour jouir du misérable plaisir de trouver les autres pires que moi. N'y a-l-il donc en toi rien qui te dise parfois tout bas et en secret : Tu mens, tu mens ? » Et comme Robespierre lui dit : '< Tu nies la vertu ? — Oui, répond Danton, et It! vice pareillement. 11 n'y a que des épicuriens, les uns grossiers, les autres délicats. Christ fut le plus délicat. C'est la seule différence que je puisse trouver entre les hommes. Chacun agit conformément à sa nature, c'est-à-dire qu'il l'ait ce qui le rend heureux. » Et, ailleurs, Hérault expose un
petit projj;ramiiK' de Uépuljliquc « iialui'isU' », (ii'i J'ai note de singulières rencontres avec les petites i)rociiures anarchistes du prince Kropolivine, dont je venais par hasard de nie nourrir.
lùitin, (ieorges Biiclineravouln ijue son drame fût plein de luxure et de mort. — La mort est sur les lèvres de tous les personnages. Saint-.Iust, — qui est, avec Barrère, la figure la mieux caractérisée du drame, — fait cette théorie : (c II semble y avoir, dans cette Assemblée, quelques oreilles sensibles ([ui ont de la peine à supporter le mot : sang. Quel- (jues considérations générales sur la nature et sur l'histoire les convaincront que nous ne sommes pas plus cruels que la nature et le temps. » II développe, et conclut :
" Et maintenant, je demande si la nature morale, dans ses révolutions, doit avoir plus d'égards que la nature [ihysique? Une idée, tout aussi bien ([u'uiie loi physi(juc, ne peut-elle anéantir ce (jui lui fait obstacle? Un événement qui transforme l'état entier de la nature morale, c'est-à-dire de l'humanité, ne peut-il, d'une façon générale, s'accomplir par le sang?»
Le sang, la mort, tous y songent ; tous ont ces images devant les yeux Ils en parlent avec une gaieté fausse et des métaphores outrées. Les propos d'Ilamlel au cimetière reviennent dix fois, avec une monotonie obsédante. Ce drame a des odeurs de charnier, — et de stupre. « Je llaire quelque chose dans l'atmosphère, dit Danton, conirae si le soleil