HISTOIRE DU THKATRE DES VARIÉTÉS
Ci commence l'oraison de mon l)on mailie Francisque Sarcey :
« Mesdames et Messieurs, M. Fernand Samuel, le jeune et intelligent directeur, al'intention de donner le jeudi, en matinée, quelques-unes des pièces les plus intéressantes du répertoire des Variétés. Il m'a chargé d'annoncer et de patronner cette ingénieuse entreprise.
" .l'aurais voulu vous lairc un pt-u l'histoire de cet aimai)le théâtre. Mais le croiriez-vous :' on ne la coniiait pas. Moi, il y a seulement quarante ans que tous les jours, de huit heures à minuit, je m'assieds dans un fauteuil d'orchestre ou de balcon, en sorte que l'avenir verra en moi un des plus beaux exemples de l'absorption totale d'un homme par la vie professionnelle et des curieuses « déformations », — je parle en philosophe, — qui peuvent s'ensuivre. ,\c sais à peu prés ce qui s'est passé aux Variétés pendant ces quarante années. Pour remonter plus haut, il faudrait interroger lès vieillards, ou conq)ul-
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scr les joiiriKuix du temps. Mais ces journaux n avaient point, au même degré que les nôtres, le nohle souci de l'information théâtrale. Les annales des Vari('t('s, sous la Restauration et le gouvernement de Juillet, resteront toujours enveloppées, plus ou moins, d'une douloureuse obscurité. Aii ! qu'il est diilicile d'écrire l'histoire!
« Heureusement, si les Variétés n'ont pas d'archives, elles ont une bibliothèque. Quand M. Fernand Samuel prit possession du fauteuil directorial, il avisa dans son cabinet une façon de porte secrète qui semblait n'avoir pas été ouverte depuis de longues années. Derrière cette porte, il d('roiivril le prodigieux dépôt des pièces jouées dans ce tiiéàtre depuis sa fondation. L'héroïque directeur lut ces manuscrits et ces brochures; et, tout en lisant, il songeait : « Mais vraiment, ça n'est pas plus bête que ce que je joue aujourd'iiui ! »
« Et alors il eut l'idée de vous faire part de cette lieureuse découverte. Chacune des représetitations qu'il prémédite comprendra deux pièces : l'une marquera quelque date dans l'histoire des Variétés et sera pour vous instruire ; l'autre, choisie parmi les . chefs-d'œuvre de ce répertoire, sera pour vous amuser, du moins je l'espère. Cette fois, vous entendrez /'• l'anoramn de Momus, de Désaugiers et C'"^, et les '/'rois /■.'picii'rs,de Lockroy et Anicet-Bourgeois.
M h' Panorama de Momus, c'est un à-propos qui fui donné en juin 1807, pour l'inauguration de la
'2Si IMPHESSUiNS
salle OÙ nous sommes, et où viiil s'installer alors la
troupe de la Montansier.
i< Cette troupe était, comme vous savez, celle du Falais-Royal, fondé en 1789. De 178U à 1807, ce petit théâtre du Palais-Royal fut très vivace et tlorissant. On y faisait de l'opposition en couplets; les pièces qu'on y jouait étaient des sortes de feuilletons-vaudevilles, pamphlets aristophanesques où manquait seulement Aristophane. L'empereur en pritombrage. D'autre part,leThéàlre-Fran(ais et l'Opéra-Comique ne cessaient de dénoncer ce guignol, dont la vogue les exaspérait. Hrunet, l'illustre Brunet, l'incomparahle jocrisse du Palais-Royal, avait beau dire : « .le ne peux pas faire de tort à M.Talma : je ne joue pas le même genre... »
a Hrunet... ah I ce Brunet 1 .le ne l'ai pas connu, mais quel acteur c'était I Jamais on ne jouera les jocrisses comme lui. Il les joua pendant soixante ans. Quelle magnifique destinée !
« Mais enfin l'empereur ordonna la fermeture du Palais-Royal. La représentation d'adieux fut déchirante. Ah I c'était le bon temps ! Paris était alors une toute petite ville. 11 y avait cinq ou six mille bourgeois, — mettons dix mille, — qui allaient tous les soirs au théiUre, qui connaissaient les acteurs et les adoraient. Auteurs, acteurs et habitués ne formaient qu'une famille. Pas de « vedette » : à ([uoi bon ? l.,es noms des acteurs ne figuraient même pas sur l'affiche, mais seulement les noms des auteurs,