HISTOIRE DUNE « MERVEILLEUSE
Si l'on danse éperdument, et si l'on se crève de inangeaillc, c'est peut-être qu'on ne sailpns parlcrct que la conversation est un art aboli...
Mcttrai-jo aujourd'hui ma perruipir à l'csija^uole, ma [)erru(iiie à la turque, ma pcrruquf à la Vénus, ou à l'Aspasie, ou à la Caracalla ?
Meltrai-je mon bonnet à la paysanne, mon bonnet à la frivole, ou mon bonnet ù la Délie ?
Mettrai-je ma robe à la Flore, ou à la Cérès, ou à la Diane, ou à la Vestale ou au lever deFAurore ? Hiiimporte ? toutes sont également transparentes. L'autre jour, à la fin d'un souper cliez le directeur Barras, une femme de mes amies paria que tout son cosliune, bague des mains et des pieds et cotluirnes compris, pesait moins de deux écus de six livres ; et, se déshabillant séance tenante, elle gagna son pari...
Ilarement a-t-on mieux oImW cpi 'aujiiurd'liui aux lois de la nature. Chacun fait ce qu'il veut, et nul n'y trouve à redire. On suit librement les mouvements de sa sensibilité. Les nueurs ont fort allégé le joug du uuiriage ; mais, du mariage lui-même, un se passe de plus eu plus.
C'est le règne du plaisir ; et le plaisir n'est-il pas le premier de nos droits? Mais le plus grand plaisir, c'i'St l'amour. D'où vient donc (pie, depuis que je
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suis veuve, je n'ai point pris crainanl ? De Ijeaux jeunes gens m'ont fait la cour, et l'élreinle impérieuse de certains bras, pendant la valse, n'a pas laissé de m'èlre agréable. Mais, quand il s'agissait de conclure, je ne pouvais, l'oui'tant nul préjugé golliique ne me retient. Ou'esl-ce donc ?...
J'ai fait, à Tivoli, la rencontre d'un ofiicier de l'armée d'Italie, un de ces guerriers libérateurs des peuples, qui ont accompli tant d'exploits sous la conduite du général Bonaparte. Colonel à trente ans, ce favori de Mars n'a point les ridicules alTectations de no.s um.scadins. 11 ne zézaye pas ; il ne supprime pas les r : il les ferait philol rouler un peu. Libre, comme moi, de vains préjugés, il ne croit qu'à l'honneur et à la patrie. Celui-là est un homme. Jai été ravie de sentir ce héros presque timidi; devant moi. 11 y avait, dans les compliments qu'il m'a faits, une sincérité et un respect dont j'ai été vivement touchée.
Je l'ai revu au Tliéàtre de la République, où l'on jouait Qiiinlus Fabius ou la discipline romaine. Le sublime de cette tragédie l'enthousiasmait. Je n'osais lui dire qu'elle m'ennuyait un peu, quoiqu'elle soit évidemment fort belle.
Je l'ai rencontré une troisième l'ois au bal de Fhotel de Longueville. Je m'étais mise en frais pour lui plaire. La mode est en ce moment, chez les ^ mer-
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veilleuses » de ne point mettre de chemise sous la robe 'parce que la chemise dépasse la taille, s'arrange gauchement, et qu'un jush' bien fait perd de sa grâce par les plis maladroits de ce vêlement antique t. Je suivis cette mode nouvelle et j'en attendais un grand succès. Je l'obtins, mais non auprès du colonel. Il parut maussade et contraint, et m'évita toute la soirée.
Je me demandai pourquoi, et je crus avoir compris.
Quehjues jours après, je le rencontrai chez madame Tallien. J'avais une tout autre toilette qu'à l'iiotel de Longueville. Outre que j'avais remis ma chemise, j'avais couvert une partie du moins de ma gorge et de mes bras et fortifié d'un jupon la gaze légère de ma robe. Le colonel me montra l'empressement le plus tendre.
L'amour m'avait appris la pudeur; et la pudeur m'avait donné de nouveaux charmes aux yeux du héros dont je suis aimée...
En sortant de la fête, au petit jour, je vis des espèces de fantômes grelottants qui, à deux genoux dans les ordures, disputaient aux chiens quelques os mal rongés. Sous les roues d'un char doré, un hommi' tomba d'épuisement au travers de la rue. 11 avait quelque chose entre les dents ; on me dit que c'était de l'herbe broutée sur les places publiques.
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Je donnai à ces infortunés tout l'or que j'avais sur moi, et j'eus honte, un moment, d'être riclie, d'être belle, et de ne vivre que pour le plaisir...
Au petit Coblenlz, qui est une partie du boulevard des Italiens, où se donne rendez-vous la société aristocratique et antirépublicaine, j'ai fait la connaissance d'une émigrée, la marquise de X... Elle était venue là en simple curieuse, car elle est très sensée et très bonne, et n'a point rapporté de l'exil le sot orgueil ni les préjugés vaniteux de beaucoup d'autres émigrés.
Elle m'a témoigné très vite une vive affection. Elle aime, dit-elle, mon ingénuité et ma candeur. Et je ne me laclie poini qu'elle me parle ainsi, car je sens qu'elle m'est bien supérieure par l'esprit et l'éducation.
Elle m'a présentée chez M'"^' Uéramier. C'est là que j'ai connu clairement quelles devaient être la grâce et la politesse de l'ancienne société, et tout ce qui nous manque à nous, les nouveaux venus...
Nous fûmes, la mar(iuise et moi, voir Abu far, drame touchant et d'une nouveauté hardie. Mais, plus que de Talma ou de M"'-' Georges, j'étais occupée de M""-' Tallien qui trônait, divinement belle, dans une avant-scène. Je demandai à la marquise son opinion sur cette dame célèbre. Elle me ré|)ondit :