LA DOCTRINE THÉOSOPHIQUE
Un premier point, très important à noter, c'est que la théosophiene se donne pas pour une religion. « La théosophie n'est pas une religion. Mais on peut trouver quelque chose de la théosophie sous tous les symboles et dans tous les dogmes religieux, par la bonne raison qu'elle est la Religion^Science d'où sont sorties toutes les religions et toutes les sciences (IV » Dans le catéchisme officiel de M"'^ Blavatsky, la première demande de la première leçon est celle-ci : « La théosophie est-elle une religion ? » Réponse : c< Elle ne Test pas. La théosophie est la connaissance, ou science divine (2). » Il serait sans doute malaisé de concilier ces déclarations catégoriques avec les paroles des maîtres rapportées par M^^^ Besant dans son Introduction, par exemple : « C'est bien (l'ensemble des doctrines théosophiques) une religion qui mérite ce nom, puisque en elles se rencontrent l'homme physique, l'homme psychique
(1) A. Arnould, 0/7. cii.^ p. 5.
(2 H. -P. Blavatsky, Ihe Key io Theosophy, p. 1, 3e édition, London, 1893. Même déclaration, p. 40.
et tout ce qui en dépend (1) » ; ou encore : « La Société théosophique a été choisie comme la pierre angulaire des futures religions de l'humanité..., le chaînon pur et béni entre ceux d'en haut et ceux d'en bas (2). » Ce qu'il est aisé de voir, c'est l'avantage de la tactique adoptée par les théosophes. En présentant leur doctrine comme une religion, il fallait ou bien dater cette religion du 17 novembre 1875, ou bien la rattacher à quelqu'une des religions déjà existantes, et par exemple au bouddhisme. La première alternative exposait la jeune société au ridicule ; la seconde la privait de la liberté, si utile, de prendre son bien partout oii elle le trouvait. L'attitude adoptée permettait par surcroît de présenter la théosophie comme la source première et immaculée, où toutes les rehgions positives avaient puisé, et ces religions elles-mêmes comme « les filles dégénérées (3) » d'une mère auguste. On n'avait pas enfin à exiger des adeptes une abjuration préalable : chacun d'eux restait libre de garder ses croyances, tout en les expliquant désormais dans le sens nouveau révélé par l'initiation.
La théosophie est donc une philosophie, un ensemble de conceptions ordonnées touchant le inonde et la vie, ce qu'on nomme en Allemagne une IVeit^ a7ischauu7ig . Voyons ce qu'elle enseigne sur le divin et les dieux, sur l'homme et ses destinées.
« Groyez-vous en Dieu ? — Gela dépend du sens que vous donnez à ce terme. — J'entends par là le Dieu des chrétiens, le Père de Jésus, le Créateur... — A ce Dieu-là nous ne croyons pas. Nous rejetons
(1) A. Besant, Une introduction à la théosophie^ p. 11.
(2) îbid., p. 12.
(3) A. Arnould, Op. cit.f p. 7.
l'idée d'un Dieu personnel, d'un Dieu extra-cosmique et anthropomorphique (1)... ; le Dieu de la théologie est un tissu de contradictions et une impossibilité logique. Aussi ne voulons-nous avoir rien à faire avec lui... — Alors vous êtes athées? — Non, que nous sachions, à moins qu'on applique Tépithète à' athées à ceux qui ne croient pas en un Dieu anthropomorphique. Nous croyons en un Principe Divin Universel, racine de tout, dont tout procède, et dans lequel tout sera résorbé à la fin du grand cycle de l'Etre... Notre Déité n'est ni dans un paradis, ni dans un arbre, un monument ou une montagne : elle est partout, dans chaque atome du Cosmos visible et de l'invisible ; dans, au-dessus et autour de chaque atome invisible et de toute molécule divisible : car c'est {It is, au neutre) le mystérieux pouvoir d'évolution et d'involution, l'omnipotente, omniprésente, et même omnisciente (!) Potientialité créatrice (2). » Tels sont les enseignements du catéchisme de M™* Blavatsky : M""*" Besant ajoute : (( La théosophie postule l'existence d'un Principe éternel connu seulement par ses effets. Cela, nul mot ne peut le décrire, car les mots impliquent distinction, et cela est Tout, Nous murmurons : Absolu, infini, inconditionné, mais ces vocables n'ont pas de sens. Les Sages disent : SAï, ou : Be-7iess^ pas même Etre ou Existence... L'espace est la seule conception qui puisse représenter Cela sans trop le fausser ; mais le silence est ce qu'il y a de moins déplacé dans ces hautes régions où les ailes de la pensée défaillent, où les lèvres peuvent seule-
(^) Extra-cosmique signifie, je pense, transcendant; anthropomorphique est un synomyme péjoratif (et tout à fait inexact) ^ouv personnel.
(2) H.-B. Blavatsky, The liey to Theosophi/y p. 42-44.
ment balbutier, non prononcer (1). » Et l'on pourrait désirer dans le détail une clarté plus « tourangelle », mais la doctrine générale est suffisamment caractérisée. En deux mots : c< La théosophie^ en matière théologique, est panthéiste : Dieu est tout, et tout est Dieu (2). »
Ce panthéisme est, de plus, émanatiste :'« L'Univers est créé par l'émanation du grand souffle de l'unité (3) » ; « il y a un grand battement rythmique dans l'Infini, dans le Tout Uiiigiie, qui^ alternativement, émane les formes transitoires et les réabsorbe, quand par elles ont été acquises l'Expérience et la Connaissance (4). »
Comment s'opèrent ces émanations successives? On nous répond, avec une assurance qui, malheureusement, n'éclaircit pas la matière : a Le Logos ou Verbe, jaillissant du silence, début de toute manifestation, émane, Trinité première sous un triple aspect : le Premier, substance que notre imagination ne peut concevoir : le Second, Esprit dans la matière, énergie dans la forme, vie dans le manifesté..., essence d'esprit, essence fie matière, inconcevable à nos intelligences humaines ; le troisième aspect est T intelligence,, la conscience universelle... De lui tout procède, par gradations et combinaisons infinies allant du plus subtil au plus grossier (5). » Au-dessous de ces premières émanations de Sat, il y a les « dieux »,
(1) A. Besant, Theosophijy dans Beligious Systems of the World, p. 642, 3« édition, London, 1892.
(2) A. Besant, Why l became a Tfieosophist, p. 18. London, 1891.
(3) A. Besant, Une introductio7i à la théosophie, p. 21.
(4) A. Arnould Op, cit., p. 13.
(5) A. Besant, Une introduction à la théosophie, p. 21.
nés des Logos, « qui s'occupent de l'évolution des mondes, qui construisent les Univers, et dirigent les forces cosmiques. Ce sont les « Dieux » des religions hindoue, égyptienne ei chaldéenne. Ce sont les « Archanges » des chrétiens (1)... » Viennent ensuite les <( Elémentaires supérieurs », l'homme, et les « Elémentaires inférieurs », formés d'entités vivantes dont l'homme peut capter les forces au moyen de la magie pratique (2).
Les théosophes insistent peu, en général, sur ce gnosticisme extravagant, que ne peuvent justifier ni l'appel au mystère, — contraire d'ailleurs aux prétentions rationalistes du système, — ni des rapprochements évidemment fantaisistes. Ils ont hâte d'arriver à ce qui leur paraît la partie la plus solide de leur doctrine, aux enseignements de la sagesse antique sur l'homme et ses destinées.
Il faut distinguer dans l'univers, et dans l'homme, a image en miniature (3) » du monde, sept plans, sept degrés d'êtres différents. 11 y a deux hommes en nous : l'homme spirituel et l'homme physique : celui-ci est composé lui-même de quatre principes hiérarchisés^ celui-là de trois; sept en tout. Le tableau suivant que j'emprunte à M"'^ Blavatsky (4), rendra claire cette division acceptée, avec quelques différerxes (5), par tous les théosophes.
(1) A. Besant, Une inlroduciion à la théosophie, p. 22. {2)Ibid., p. 23.
(3) Ihid.y p. 23.
(4) H. -P. Blavatsky, The Key to Theosophy, p. 63.
(5) M™e Besant, dans son Introduction à la Ihéosophie (p. 25), intervertit l'ordre des principes 2 et 3^
24 THÉOSOPHBS ET THÉOSOPHIE
Noms : Signification exotérique :