I. Rûpa, ou : Sthùla Sharîra. Corps physique
l^râna Vie, principe vital.
Linga Sharîra Corps astral, double, corps
phantomatique.
Kâma Rûpa Siège des désirs animaux,
des passions.
II. Manas Entendement, intelligence, voùç humain supérieur, dont la lumière, ou radiation, unit, par la durée de la vie, la Monade à l'homme mortel.
Buddhi Ame spirituelle.
Atmâ Esprit, une même chose
avec l'Absolu, dont il ' est la radiation.
L'homme animal est constitué par l'union éphémère de quatre principes inférieurs, dont l'ensemble, soumis au devenir, et illusoire, est condamné à mourir tout entier. L'homme réel, moteur unique et impérissable de l'homme animal, est constitué par le cinquième principe, le Manas. C'est là le nœud vital de l'anthropologie théosophique ; ce Manas, en effet, a deux fonctions distinctes : unique dans son essence, il se dédouble, en s'unissant pour un temps à la matière. Sous sa formalité inférieure, le Manas régit, en se servant du cerveau comme d'instrument, le corps animal ; sous sa formalité supérieure, il tend à dominer le Kâma, l'attrait sensible qui cherche à l'entraîner en bas. La mort consiste dans la séparation, ou, pour mieux dire, la libération du Manas : l'homme spirituel entre alors, après un stade de dissolution plus ou moins lent, dans a un état mental
heureux, nommé Dévachan, où l'âme s'assimile les expériences de la vie terrestre qui vient de finir et où elle se développe, et termine toutes les pensées commencées pendant cette vie (1). » Ce Dévachan est « la vie normale de l'âme )) interrompue par des incarnations successives; il n'a pas pour tous la même durée, bien qu'on s'accorde à lui donner une durée moyenne de quinze siècles (2).
C'est dans le Dévachan que l'homme recueille ce qu'il a semé, et prépare la suite de son évolution. Cette activité dévachanique, qui aboutira à une réincarnation, est dominée par « la loi universelle de justice distributive (3) )).„le Karma. Le Karma est « la LOI, sans exception, qui régit Tunivers entier, depuis l'atome invisible et impondérable jusqu'aux soleils ; depuis Pinfusoire jusqu'aux Dieux les plus élevés de la hiérarchie..,, et cette loi est que toute cause produit son effets sans que rien puisse empêcher ou détourner l'effet, une fois la cause produite (4). )) Les théosophes entendent là-dessous un million de choses, et d'abord que, dans le règlement de comptes, il n'y a intervention efficace possible d'aucune volonté, humîiine ou surhumaine : « Ni le repentir, ni le regret tie peuvent rien racheter. )) Pas de pardon, pas de rédemption, pas d'indulgence ; le Karma est « aveugle, automatique, et non intelligent (5) » ; ce qui est fait est fait. Et, dans l'admiration de cette justice impitoyable et mécanique,
(1) A. Besant, Une introduction à la théosopliie^ p. 29, 30.
(2) îbid., p. 30.
(3) H. -P. Blavatsky, The Key to Theosophy, p. 133.
(4) A. Arnould, Op. cit., p. 56.
(5) H. Snowden Ward, Karma^ and its twin doctrine Ue^ Incarnation, p. 6. Loncjon, s. d.
M. Arnould s'indigne contre la conception chrétienne d'un Dieu que l'expiation satisfait, et qui pardonne au repentir (1) ! Mais en quoi consiste au juste le Karma? Ici les auteurs s'embarrassent : obligés, pour répondre aux exigences des esprits occidentaux, de préciser en l'élaguant la complexe et fuyante notion bouddhique (2), ils se réfugient : M"""" Blavatsky dans l'inconnaissable (3), ce qui est bien commode ; M^^^ Besant dans l'hypothèse, à la fois enfantine et subtile, de quelques bouddhistes de basse époque : « Dans toutes ces étapes, dans toutes ces vies, sur différents plans, l'homme récoltera ce qu'il aura semé... Cette vérité est exprimée dans le mot Karma... Gomme un maître le fait remarquer : tout homme génère des pensées ; ces pensées prennent forme, et ces formes-pensées se réunissent dans le monde astral aux élémentals et s'animent d'une vie propre qui en fait des entités indépendantes, bonnes ou mauvaises, selon que la pensée qui les a créées était elle-même bonne ou mauvaise. Ces entités, qui remplissent l'atmosphère astrale de l'àme qui leur a donné naissance, forment son Karma ; et vie après vie, elle construit sa destinée au milieu de ces forces qui l'entourent et dont elle est elle-même la créatrice (4). » Quoi qu'il en soit, chaque homme dépend absolument, dans ses incarnations successives, de deux Karmas, l'individuel et le distributif :
(1) A. Arnould, Op. cit., p. 35.
(2) Sur le Karma bouddhique, on peut consulter le savant mémoire de M. L. de la Vallée-Poussin, Dogmatique bouddJtique. Nouvelles recherches sur la doctrine de VActCt Paris, 1904.
(3) H. -P. Blavatsky, The Key to Theosophy, p. 136.
(4) A. BesanTj Une introduction à la théosophie^ p. 32-33,
selon la bonté et la malice de ses actes et des actes de ceux dont il est solidaire, il renaîtra dans un état meilleur ou pire que celui qu'il a quitté pour entrer en Dévachan.
Le cycle des renaissances n'est pas fermé cependant : les méchants, de chute en chute, s'acheminent au néant; les bons montent, et-sentent grandir en eux le germe spirituel, le Boddhi : quand le Boddhi sera pleinement évolué, ce sera l'entrée dans le Nirvana. Le Nirvana lui-même est défini par l'union à l'Atmâ, la fusion dans l'Unité. En quoi consiste cette union, et quelles sont ses conséquences pour l'homme spirituel ? Ici encore, fm de non-recevoir : « Cela (ie Nirvana) ne peut ni se décrire, ni se définir (1). » Sur un point cependant, il y a accord entre les théosophes : le Mirvâna n'est pas l'anéantissement, c( comme on le croit vulgairement, et comme le racontaient les orientalistes, ignorants du premiier mot de ce dont ils parlaient (2) ». Qu'est-ce donc? — C'est, répond M"'^ Blavatsky, « l'absorption dans l'essence universelle ))... Le Souffle (partie spirituelle de l'homme), arrivé à cet état, « n'est plus rie?2, car il est tout (3). » En d'autres termes, il a acquis « la conscience complète de sa divinité, et perdu tout sentiment de séparativité {sic) (4) ». Etrange immortalité !
La morale théosophique, dans ses préceptes, n*est guère qu'une transcription modernisée de la morale bouddhique : l'altruisme en est la clef de voûte. « Le Devoir est ce qui est dû à l'humanité, à nos compa-
(1) A. Arnould, Op. cit., p. 50.
(2) Ibid., p. 47.
(3) IL -P. Blavatsky, The Keij io Theosophij, p. 78.
(4) A. Arnould, Op. cit., p. 48,
gnons humains, à nos voisins, à notre famille, spécialement à tous ceux qui sont plus pauvres et plus abandonnés que nous-mêmes... Finalement, si vous me demandez comment nous comprenons le devoir théosophique pratiquement, et en vue du Karma, je vous réponds que notre devoir est de boire jusqu'à la dernière goutte, et sans un murmure,, le contenu, quel qu'il soit, que la coupe de la vie nous présente, de cueillir les roses de la vie seulement en vue du parfum qu'elles épandent pour les autres (1)... » Le théosophe, dans l'accomplissement de cette tâche ardue, ne doit s'appuyer sur aucun motif d'intérêt personnel, mais « agir droitement parce que c'est le droit, et non parce que cette action peut lui apporter du bonheur (2) ». Et, pour ce faire, il ne doit compter que sur lui-même : cr l'homme ne peut être sauvé par un pouvoir extérieur à lui-même (3). » Il n'y a pas de place, dans le système, pour quoi que ce soit qui ressemble à la grâce, à un secours venu de plus haut : l'appel à un Dieu personnel est une flèche lancée dans le vide, la prière une faiblesse fondée sur une erreur (4), le sacrifice une impiété. On a reconnu déjà l'étrange orgueil, et l'accent désespéré, du bouddhisme authentique :
Ne priez pas. L'obscurité ne s'éclairera pas. Ne demandez
llien au siJence, car il ne peut parler!
Ne tourmentez pas vos esprits en deuil de peines pieuses.
(1) H. -P. Blàvatsky, The Key to Theosophij, p. 154-155.
(2) Ibid., p. 154.
(3) G. Wachtmeister, La Théosophie pratiquée journellement (traduction française A. B.), p. 34. Paris, 1900. Cet opuscule contient une série de conseils pratiques pour tous les jours de la semaine.
(4) H. -P. Blàvatsky, The Key (o Theosophy^ p. 47 sqq.
Ah ! frères, sœurs, ne demandez
Rien aux dieuximpuissants par des offrandes ou des hymnes...
C'est en vous-mêmes qu'il faut chercher la délivrance (1).
Les théosophes accordent cependant que l'homme encore mineur peut s'aider, dans l'accomplissement de ses devoirs, des rites et des symboles que lui offrent les religions positives. Et cela nous amène à considérer la théosophie dans ses rapports avec ces religions, en particulier le christianisme.
(1) Edwin Arnold, The Light of the East.